Publié le 2025-11-02 09:44:00. Donald Trump a de nouveau plaidé jeudi pour l’abolition de l’obstruction systématique au Sénat afin de mettre fin à la fermeture du gouvernement, mais sa demande semble peu susceptible d’être entendue par les républicains qui dirigent la chambre haute.
- De nombreux Républicains craignent qu’affaiblir la règle des 60 voix ne se retourne contre eux si les Démocrates reprennent le contrôle du Sénat.
- Le leader de la majorité républicaine, John Thune, a réaffirmé son opposition à l’abolition de l’obstruction, malgré la pression interne.
- Les règles actuelles exigent 60 voix pour adopter une loi importante, un seuil que les Républicains ont du mal à atteindre pour les projets de loi de dépenses.
Le président Donald Trump, de retour de son voyage en Asie, a vivement exhorté les sénateurs républicains à utiliser « l’option nucléaire » pour éliminer l’obstruction systématique et débloquer la situation gouvernementale. Cependant, cette démarche semble peu probable d’aboutir, car une majorité de parlementaires au sein du parti conservateur redoutent les conséquences d’une telle réforme pour l’avenir. L’argument principal avancé par les opposants à cette mesure est la crainte que les Démocrates, s’ils retrouvaient la majorité, ne puissent ainsi faire passer un programme législatif progressiste, incluant potentiellement l’octroi d’un statut d’État au District de Columbia, ce qui ajouterait deux sénateurs démocrates.
Le sénateur John Thune, figure de proue des Républicains au Sénat et originaire du Dakota du Sud, a toujours défendu la préservation de l’obstruction systématique comme un pilier de son mandat. Bien qu’il ait déjà assoupli certaines règles, notamment pour accélérer les confirmations et pour les lois fiscales et budgétaires spéciales, il maintient sa position. Au début du mois, M. Thune a réitéré son refus de modifier les règles afin de permettre aux Républicains de contourner l’opposition démocrate pour adopter un projet de loi de dépenses par une simple majorité. Cette position le place sous une pression croissante, notamment de la part de figures plus conservatrices comme la représentante Marjorie Taylor Greene.
Un porte-parole du sénateur Thune a confirmé vendredi que « la position du leader Thune sur l’importance de l’obstruction législative n’a pas changé ». Même si une tentative était faite pour satisfaire la demande de Donald Trump, il est probable que les voix nécessaires fassent défaut. Plusieurs sénateurs républicains ont déjà exprimé leur scepticisme quant à l’utilisation de « l’option nucléaire », qui consiste à modifier les règles de la chambre par un vote à la majorité simple, contournant ainsi le seuil habituel des 60 voix.
Actuellement, l’adoption de toute législation majeure, y compris un projet de loi pour rouvrir le gouvernement, nécessite l’accord d’au moins 60 sénateurs. Les Républicains détiennent 53 sièges, et bien que trois sénateurs s’alignent souvent sur les Démocrates pour approuver des budgets provisoires, un sénateur républicain, Rand Paul, a voté à plusieurs reprises contre. Malgré ces alliances ponctuelles, le nombre de voix reste insuffisant, alimentant les appels de Donald Trump à une refonte des règles.
Les partisans d’une suppression de l’obstruction suggèrent qu’elle pourrait être limitée à des projets de loi spécifiques. Cependant, les détracteurs estiment qu’une telle modification des règles du Sénat, basée sur le précédent, mettrait fin à cette pratique pour toutes les législations futures. Ils considèrent également qu’une mesure aussi drastique serait disproportionnée pour obtenir une victoire aussi limitée qu’un projet de loi de dépenses provisoire.
Ce n’est pas la première fois que Donald Trump pousse à l’abolition de l’obstruction systématique. Durant son premier mandat, alors que les Républicains contrôlaient le Congrès, il avait plaidé en ce sens. Cependant, le alors leader de la majorité, Mitch McConnell, s’y était opposé, l’obstruction étant devenue une tactique familière pour lui face aux Démocrates.
En 2022, une tentative similaire des Démocrates du Sénat visant à supprimer le seuil des 60 voix pour les lois électorales avait échoué, notamment en raison de l’opposition des sénateurs Joe Manchin et Kyrsten Sinema, qui s’étaient joints aux Républicains.