Publié le 2025-10-21 14:48:00. À l’occasion du centenaire de la radio lettone, Ingvilda Strautmane, journaliste culturelle renommée, partage sa vision sur l’évolution des médias, le rôle crucial de la radio et les défis actuels du secteur culturel.
- La radio lettone fête ses 100 ans cette année, une longévité marquée par une programmation culturelle riche et diversifiée.
- Ingvilda Strautmane, animatrice de l’émission phare « Kultūras Rondo », explore les coulisses de la radio, ses spécificités face à la télévision et l’importance de la culture dans l’information.
- Elle aborde également les enjeux de financement de la culture et le rôle des médias publics dans un paysage médiatique en constante mutation.
La radio lettone célèbre cette année un siècle d’existence. Au fil de son histoire, elle a accordé une place de choix non seulement à l’actualité et à la musique, mais aussi à la diffusion d’événements culturels. Parmi ses programmes phares, l’émission « Kultūras Rondo », animée depuis plusieurs années par Ingvilda Strautmane, jouit d’une grande popularité. Dans un entretien accordé à l’émission télévisée lettone « Kultūrdeva », elle a levé le voile sur les coulisses de la création radiophonique, soulignant les différences fondamentales entre les médias radio et télévision, et défendant la nécessité pour un journaliste de couvrir autant l’actualité mondiale que la sphère culturelle.
Ingvilda Strautmane, qui anime également « Mazā radio laštava » sur la première chaîne de la radio lettone, ne se limite pas à la scène culturelle de Riga. Elle porte un intérêt marqué aux régions, estimant que cette immersion élargit considérablement la perception de l’environnement culturel et affine la compréhension du public.
« Elle aime connaître non seulement la vie culturelle de Riga, mais aussi ce qui se passe dans les régions, car cela élargit considérablement la perception de l’environnement culturel et la compréhension du public. »
Diplômée en journalisme de l’Université de Lettonie, Ingvilda Strautmane a poursuivi ses études avec une maîtrise en gestion des médias et de la culture, obtenue conjointement à l’Académie lettone de la culture et à l’Institut de théâtre et de musique de Hambourg. Actuellement, elle prépare un doctorat à l’Université Riga Stradin, se penchant sur l’évolution du pouvoir et des médias.
Son parcours professionnel à la radio lettone a débuté en 1984 avec l’émission « Mikrofons ». Après une expérience dans la radio commerciale, la rédaction du journal « Diena » et même au Musée de Ventspils, elle a dirigé le service d’information de la télévision lettone avant de devenir directrice des programmes d’information de la radio lettone. Après dix années à ces fonctions, elle s’est consacrée au journalisme culturel en 2007, lançant ainsi « Kultūras Rondo ». Paradoxalement, dans sa vie quotidienne, Ingvilda Strautmane se considère davantage comme une auditrice que comme une oratrice, estimant que l’essentiel a déjà été dit à l’antenne. Elle confie apprécier le soleil, la mer, les chats et ses petits-enfants.
« D’un autre côté, Ingvilda Strautmane préfère écouter la radio dans la voiture – seule et dans l’obscurité, car elle a alors l’impression que la radio lui parle directement. »
Ce qui fascine Ingvilda Strautmane dans le travail radiophonique, c’est « l’intimité, c’est la concentration sur le contenu, où il n’est pas nécessaire de penser à toutes sortes d’effets extérieurs comme les grimaces, le maquillage et les lumières. Et en même temps, on peut évoquer de si belles scènes, des associations si miraculeuses infinies. »
Dans un entretien, elle a souligné l’importance de cette « magie invisible » de la radio, particulièrement dans un contexte où radio et télévision sont désormais regroupées au sein d’un même média. Cette fusion amène à une réflexion approfondie sur les forces respectives de chaque médium. L’avantage de la radio, selon elle, réside dans la mise en avant du contenu et de la conversation, permettant une expérience d’écoute plus directe et moins tributaire de l’apparence. Si la radio se filme désormais, elle reconnaît que l’adaptation se fait progressivement, suggérant même un léger maquillage pour les intervenants afin de combler le fossé visuel avec la télévision.
« Pour qu’il n’y ait pas de contraste entre des gens très bien habillés et des gens de télévision safran. Nous sommes tous un peu délabrés là-bas. »
L’orientation d’Ingvilda Strautmane vers le journalisme culturel, après une carrière dans les services d’information, est le fruit d’un intérêt personnel de longue date. Les études à l’Académie de la Culture et un projet commun avec l’Institut de Théâtre et de Musique de Hambourg ont été des catalyseurs majeurs. « Je me souviens même d’un moment dans l’actualité où j’ai réalisé que je ne me souciais pas des résultats des élections pour le moment, et j’ai alors réalisé que je ne devrais plus travailler dans l’actualité », confie-t-elle, remerciant ses collègues de la radio lettone pour leur soutien dans son parcours.
Face à l’ère de l’attention fragmentée, symbolisée par les courtes vidéos de plateformes comme TikTok, attirer et retenir l’auditeur devient un défi majeur. Ingvilda Strautmane suggère que la tâche des médias publics est de capter l’attention initiale, par exemple via un titre accrocheur ou une image forte, pour ensuite guider le public vers des contenus plus approfondis et des discussions plus longues.
La sélection des sujets pour « Kultūras Rondo » est un processus collégial impliquant le producteur, les présentateurs et les journalistes, garantissant ainsi une approche diversifiée et concertée.
« Et c’est très rare, mais il y a des situations où l’un de nous a une sorte d’objection personnelle à l’égard d’une personne ou de ce qu’elle fait. Et cela s’entend aussi. Parce que tout se passe collégialement. »
Concernant l’émission « Mazā laštava », bien que Gundars Āboliņš, collaborateur de longue date, prenne de plus en plus d’initiatives dans le choix des œuvres, Ingvilda Strautmane conserve un rôle central dans la sélection des livres et des extraits, en collaboration avec la productrice Agita Bērziņus. L’objectif est de trouver un équilibre entre le texte lu, l’invité présent et la sensibilité de Gundars Āboliņš à transmettre l’essence de l’œuvre.
Dans un contexte budgétaire tendu où les financements de la culture risquent d’être réduits au profit des dépenses de défense, Ingvilda Strautmane estime que les secteurs culturels dont le média principal est la langue, comme la littérature et le théâtre en letton, ainsi que le journalisme culturel, sont les plus vulnérables. Elle affirme :
« Je crois qu’un journalisme fort et de qualité est une question de sécurité. Aussi cliché que cela puisse paraître. »
Interrogée sur la figure culturelle lettone qui pourrait être comparée à un sportif de renommée internationale comme Kristaps Porziņģis, elle évoque avec humour un chat nommé « Straumes », suggérant que de nombreuses personnalités aimeraient atteindre un tel statut. Elle mentionne des figures telles que Vija Celmiņa et Raimonds Staprāns, reconnus sur la scène artistique américaine et mondiale, tout en insistant sur l’importance de soutenir durablement les nouvelles générations d’artistes.
Le rôle des médias publics dans ce paysage culturel est de rester vigilants, de mettre en lumière les réussites tout en signalant les périls potentiels. Leur fonction première est de poser les bonnes questions et d’écouter attentivement les réponses.
La radio lettone, au travers de ses 100 ans d’existence, a effectivement rempli cette mission. Pour marquer cet anniversaire, un projet éducatif, « Kultūrdevas ABC », a été créé, s’appuyant notamment sur les travaux d’Ingvilda Strautmane pour l’Encyclopédie Nationale sur l’histoire de la radio lettone, une tâche qu’elle qualifie de particulièrement ardue.
« Ma récente surprise désagréable a été que dans la National Encyclopedia, par exemple, il n’y a aucune entrée pour Gemma Sculmi. Alors, chers collègues, écrivez-nous ! »
La force principale de la radio réside dans sa capacité à informer en continu et dans la liberté qu’elle laisse à l’imagination de l’auditeur. Cette intimité, cette possibilité de conversations plus longues, est considérée comme un luxe précieux à l’ère actuelle. Ingvilda Strautmane plaide pour une collaboration accrue entre les journalistes de la radio et de la télévision lettones afin d’identifier et de combiner leurs forces respectives.
« Même la radio peut permettre des conversations plus longues. Je pense que c’est un luxe de notre époque que nous pouvons nous permettre. Et c’est important. »
Concernant la fusion des médias publics, elle espère qu’elle permettra de mieux définir l’identité et le rôle de chacun, loin de l’idée simpliste que la radio n’est qu’une télévision sans image. L’objectif est une synergie où compétition, collaboration et apprentissage mutuel coexistent.