Un chirurgien et son épouse anesthésiste assassinés en 1983, une cavale marquée par un meurtre de policier et une prise d’otages : l’affaire Aran, un des grands crimes de l’époque, a tenu en haleine la France pendant des années et a révélé au grand public le profil d’un criminel récidiviste, Lionel Cardon.
L’histoire commence le 11 octobre 1983 à Pessac, près de Bordeaux. Pierrette, l’employée de maison, découvre le corps de François-Xavier Aran, 37 ans, chirurgien, dans la baignoire, un câble électrique autour du cou. Sa femme, Aline Aran, 36 ans, anesthésiste, a disparu. La Renault 5 du couple est intacte, mais la BMW du docteur Aran est introuvable. Elle sera retrouvée le lendemain à Nevers, son siège bleu marine maculé de sang et présentant un trou de balle de calibre 7,65.
L’enquête s’oriente rapidement vers un suspect : Lionel Cardon, 25 ans, un voleur au casier judiciaire chargé. Il est soupçonné d’avoir ciblé des médecins de la région bordelaise, après avoir répertorié leurs adresses. Deux mois avant le double meurtre, il avait déjà dévalisé un centre médical à Pessac. Cardon devient alors l’homme le plus recherché de France.
Sa cavale prend une tournure tragique le 21 novembre 1983 à Paris. Interpellé par deux motards de la police après une infraction mineure, il déclenche une course-poursuite et abat de deux balles le gardien Claude Hochard. « Il a voulu occuper une place centrale dans le milieu du crime. Mesrine est mort en 1979 et la place est libre. Il occupe la place médiatique d’ennemi public numéro un qui le valorise », explique l’avocat David Sénat.
Quelques jours plus tard, le 24 novembre, Cardon retient quatre personnes en otage dans un appartement du 16ème arrondissement de Paris. Après sept heures de négociations, il se rend. En détention, il nie sa participation au double meurtre des Aran, reconnaissant uniquement la mort du motard.
Le procès pour le meurtre de Claude Hochard se déroule le 8 avril 1986 devant la cour d’assises de Paris. Cardon invoque un « réflexe » et ses avocats mettent en avant un concours de circonstances malheureux. Les jurés ne sont pas convaincus et le condamnent à la perpétuité.
Huit mois après sa condamnation, Cardon est jugé à Bordeaux pour les meurtres des époux Aran. Il affirme être arrivé dans la maison du couple, mais nie avoir tiré, désignant deux complices nommés Patrick et Isabelle. « Ces complices, nous ne les avons pas retrouvés, probablement parce qu’ils n’ont pas existé », estime Jean-Claude Pailhère, ancien commissaire de la police judiciaire de Bordeaux.
Libéré conditionnellement 26 ans plus tard, Cardon rechute dans la criminalité en août 2015, commettant deux braquages avec un complice. Interpellé sur la Côte d’Azur après une traque de deux mois, il explique avoir besoin d’argent pour réaliser un rêve : ouvrir une salle de boxe dans le quartier du Grand Mirail à Toulouse. « Il voulait ouvrir cette salle dans le quartier du Grand Mirail, à Toulouse. Un quartier assez largement influencé par le monde du crime organisé », précise David Sénat.
Le 11 juin 2018, Cardon est jugé à Toulouse et condamné à vingt ans de prison, peine réduite à dix-huit ans en appel. Sa demande de suspension de peine a été rejetée par la chambre de l’application des peines de Pau. Il pourra demander une libération conditionnelle à partir d’octobre 2024.