Une rotation notable s’opère sur les marchés financiers : les valeurs technologiques de grande capitalisation, longtemps favorisées, voient les investisseurs se tourner vers des actifs considérés comme plus modestes, comme les petites capitalisations et les valeurs cycliques. Cette dynamique, alimentée par un débat intense sur l’avenir de l’intelligence artificielle, pourrait redéfinir les stratégies d’investissement dans les mois à venir.
Au cœur de ce changement se trouve une interrogation cruciale : l’IA est-elle sur le point de révolutionner l’économie, ou s’agit-il d’une bulle spéculative prête à éclater ? D’un côté, les fonds spéculatifs et les banques d’investissement de Wall Street semblent adopter une position sceptique, voire agressivement baissière, en vendant massivement des actions de sociétés technologiques. Selon des sources de CNBC, ces ventes à découvert auraient généré jusqu’à 24 milliards de dollars de profits pour ces acteurs financiers, amputant 1 000 milliards de dollars de la valeur du secteur logiciel en trois mois, soit une baisse de 32 %.
« Les fonds spéculatifs sont actuellement tous vendeurs nets de logiciels », a déclaré un analyste de DA Davidson. Goldman Sachs confirme cette tendance, soulignant que le volume de ventes à découvert d’actions américaines a atteint des niveaux records cette semaine.
Ce scepticisme n’est pas nouveau. Certains analystes avaient déjà tenté de prédire l’éclatement d’une bulle liée à l’IA l’année dernière, mais leurs prévisions se sont avérées erronées. Pourtant, face aux gains records, aux revenus en hausse et aux investissements massifs dans le matériel informatique nécessaires au développement de l’IA, ces acteurs financiers semblent reprendre le même pari.
Le point central de la controverse réside dans les dépenses en capital (Capex) engagées par les géants de la technologie. Une véritable course aux armements est en cours dans le domaine de l’IA, chaque entreprise cherchant à dominer un marché perçu comme celui du « gagnant qui rafle tout ». Les dépenses d’investissement devraient passer de 10 milliards de dollars à mi-2023 à 40 milliards de dollars en 2025, avec Microsoft, Meta et Alphabet triplant leurs investissements.
En 2026, ces six entreprises devraient investir collectivement 735,5 milliards de dollars (sans compter les investissements d’xAI d’Elon Musk). Pour mettre ce chiffre en perspective, Bloomberg souligne que le total des dépenses prévues par les 21 plus grandes entreprises américaines dans divers secteurs (automobile, construction, défense, télécommunications, etc.) s’élève à 180 milliards de dollars.
Les investisseurs sceptiques estiment que ces dépenses massives ne pourront pas être rentables et que les entreprises qui les engagent ne savent pas ce qu’elles font. Ils ignorent cependant la forte demande actuelle pour les services d’IA et de centres de données, une demande qui dépasse actuellement l’offre et qui croît de manière exponentielle.
Certains observateurs soulignent une incohérence dans les arguments des vendeurs à découvert. Alors qu’ils prédisent un échec de l’IA, ils affirment également qu’elle détruira des entreprises établies comme Microsoft, Salesforce et ServiceNow.
La question est donc de savoir qui a raison : les dirigeants des grandes entreprises technologiques, qui investissent massivement dans l’IA, ou les traders et les fonds spéculatifs, qui parient sur son échec ? Pour les investisseurs, le choix est clair : croire ou non aux perspectives de croissance de l’IA et ajuster leurs portefeuilles en conséquence. Ceux qui privilégient la croissance pourraient conserver ou renforcer leurs positions dans les entreprises liées à l’IA, tandis que les plus prudents pourraient se tourner vers des valeurs plus stables comme Coca-Cola, Procter & Gamble ou Wal-Mart, ou opter pour des placements diversifiés via des fonds indiciels comme SPY et AGG.