Publié le 2024-05-15 10:00:00. La série télévisée « Trente cas du Major Zeman », diffusée à l’origine dans les années 1970, demeure un phénomène culturel en République tchèque, faisant l’objet de nombreuses rediffusions et analysée aujourd’hui sous le prisme de sa dimension politique. Bien que présentée comme un recueil d’enquêtes policières résolues, cette production aurait servi de vecteur à une propagande subtile du régime communiste, déformant la réalité historique pour servir ses intérêts idéologiques.
La force des romans policiers réside souvent dans leur dénouement prévisible : le héros triomphe du malfaiteur, assurant ainsi une forme de justice morale. Les « Trente cas du Major Zeman » s’inscrivaient dans cette logique, mais avec une particularité : l’insertion d’un message politique sous couvert d’enquêtes criminelles. La série véhiculait l’idée que « cela ne paie pas de suivre le régime » communiste, une mise en garde déguisée pour dissuader toute dissidence.
Pour servir cette ligne narrative, certains faits réels furent adaptés, dissimulés ou déformés. L’épisode « La Bête » (Bestie), inspiré par l’histoire du passeur et agent des renseignements américains Josef Hasil, surnommé le « Roi de la Šumava », illustre cette manipulation. Alors que Hasil avait aidé des dizaines de personnes à fuir le régime, dans le film, le personnage inspiré de lui, dépeint comme un « méchant traître », est éliminé. Il est important de noter que le véritable Josef Hasil n’a jamais été capturé par les autorités communistes.
Un autre exemple frappant est l’épisode traitant du meurtre de trois fonctionnaires communistes à Babice. L’affaire réelle, qui a conduit à des procès spectaculaires et à l’exécution de onze personnes parmi plus d’une centaine de condamnés, est rebaptisée « Plánice » dans la série. L’intrigue impute la responsabilité des meurtres à un « agent impérialiste », occultant ainsi la réalité des exécutions judiciaires et présentant même la condamnation d’un prêtre, suivi de sa libération, comme un élément pacificateur.
« Aujourd’hui, les historiens parlent à juste titre d’une action à grande échelle du Parti communiste de la République tchèque et du StB (la police secrète), au cours de laquelle la fusillade d’une grand-mère, jamais expliquée avec précision, n’était en réalité qu’un épisode tragique. »
Daniel Růžička, Lidové noviny
Certains épisodes, en abordant des sujets sensibles, révèlent une vérité plus dérangeante. L’épisode « Le bateau pour Hambourg » (Loď do Hamburku) relate l’enquête sur un batelier assassiné qui introduisait clandestinement des médicaments en Tchécoslovaquie. L’article souligne cyniquement que si les médicaments avaient été disponibles en quantité suffisante dans le pays, ou facilement accessibles à l’étranger, le besoin de contrebande n’existerait pas.
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Au-delà de la simple enquête policière, la série s’immisce dans le domaine de la répression politique, rappelant les méthodes de la tristement célèbre StB (Secrétariat d’État à la Sécurité). L’épisode « Mimétisme » (Mimikry) dépeint de manière peu subtile la scène underground alternative comme un repaire de consommateurs de drogues dures, nécessitant une intervention radicale, prétendument justifiée par la mort d’un « étudiant innocent » par overdose. Cette narration s’inspire de l’acte de piratage d’avion et de détournement d’un avion Turbolet L-410 survenu en juin 1972, l’épisode ayant été tourné en 1979.
Malgré sa critique potentielle en tant qu’outil politique et de propagande, la série « Trente cas du Major Zeman » a connu un immense succès populaire, confirmant son statut d’œuvre cinématographique marquante.