Publié le 20 février 2026 06:04:00. L’arrestation et l’emprisonnement temporaire de Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores, aux États-Unis, ont coïncidé avec une normalisation diplomatique inattendue entre Caracas et Washington, soulevant des interrogations sur l’avenir du chavisme et la nature des concessions mutuelles.
- L’arrestation de Maduro et de son épouse, survenue le 3 janvier, a été suivie d’une libération rapide d’une centaine de citoyens cubains et vénézuéliens.
- Un rapprochement pragmatique entre le Venezuela et les États-Unis est en cours, marqué par des visites de hauts responsables américains à Caracas et le rétablissement des relations diplomatiques.
- Des experts soulignent que cette évolution pourrait être interprétée non pas comme une capitulation, mais comme une stratégie pragmatique pour éviter un conflit plus large.
Le journaliste Clodovaldo Hernández, animateur sur IguanaTV, un média numérique lié au gouvernement bolivarien, s’interroge ouvertement sur ce revirement spectaculaire. Il se demande si Nicolás Maduro était réellement l’obstacle principal aux relations apaisées avec les États-Unis, une question qui résonne d’autant plus fort avec l’amélioration soudaine des liens entre Miraflores et la Maison Blanche. Comme le chante Paloma San Basilio dans sa chanson « Honeymoon », Hernández avoue ne pas savoir quels mystères l’avenir réserve. Le tournant s’est produit le matin du 3 janvier, lorsque Maduro et « la première combattante », comme Hernández continue de l’appeler, ont été appréhendés et transférés aux États-Unis.
Cette surprise est d’autant plus grande que le Venezuela a longtemps affiché une position anti-impérialiste inflexible, héritée des mouvements étudiants des années précédentes. Ce positionnement semble désormais mis de côté au profit d’une approche pragmatique audacieuse. Pour tenter d’éclaircir cette énigme, Hernández a invité Oscar Schémel, sociologue et analyste politique, souvent décrit comme « l’exorciste du régime », sur son plateau. Schémel, qui mesure depuis des années le soutien populaire à un accord entre Caracas et Washington, affirme que « 90% » de la population vénézuélienne soutient cette détente.
Spécialiste des « récits, grammaires et répertoires », Schémel minimise les éventuels regrets au sein du chavisme face à cette série de visites inattendues – notamment celle du directeur de la CIA au palais de Miraflores, sans le moindre incident – en les présentant comme une victoire du mouvement bolivarien. Selon lui, les États-Unis ont été contraints de s’asseoir à la table des négociations. Il souligne que même lors de l’arrestation de Maduro et de son épouse, une centaine de citoyens cubains et vénézuéliens ont été libérés en moins de deux heures, ce qui a convaincu Washington qu’une confrontation serait vaine et a permis aux dirigeants vénézuéliens de saisir l’opportunité de sceller une relation qui éviterait un bain de sang. « Cent, ce n’est pas grand-chose, après tout », relativise-t-il.
Schémel insiste sur le fait qu’il ne s’agit ni d’une concession, ni d’une soumission, ni d’une imposition. Il explique que le contexte a changé et que ce qui aurait été considéré comme une capitulation il y a vingt ans, à l’époque de Chávez, est aujourd’hui une simple question de pragmatisme, une situation gagnant-gagnant pour les deux parties. C’est à ce moment-là qu’Hernández, visiblement perplexe, se demande à nouveau si le problème était uniquement Nicolás Maduro. Peu après son arrestation, les relations diplomatiques ont été rétablies, un chargé d’affaires a été nommé, et des rencontres avec des responsables américains, dont celui de la CIA et le secrétaire à l’énergie, ont eu lieu.
Schémel conclut en qualifiant le 3 janvier d’« événement exemplaire », tout en prenant soin d’utiliser le terme d’« agression ». Il estime que le reste du monde a compris que les États-Unis étaient prêts à tout, sans avoir besoin de le dire explicitement.