Alors que le monde navigue dans une ère de tensions géopolitiques accrues, deux résolutions ont été déposées au Congrès américain, appelant à une action diplomatique mondiale pour juguler une nouvelle course aux armements nucléaires. Ces initiatives législatives, soutenues par une coalition croissante d’organisations de la société civile, visent à réorienter la politique américaine vers le désarmement et la prévention d’une catastrophe nucléaire imminente.
Au début de l’année, des parlementaires américains ont présenté des résolutions conjointes, H. Res. 317 à la Chambre des représentants et S. Res. 323 au Sénat. Ces textes exhortent le gouvernement des États-Unis à prendre l’initiative sur la scène internationale pour inverser la tendance actuelle vers une prolifération et une modernisation des armes nucléaires. Co-parrainées par 36 députés et 5 sénateurs, ces résolutions demandent notamment la poursuite du désarmement nucléaire, l’abandon de la doctrine de « premier usage » des armes atomiques, la fin du pouvoir présidentiel exclusif de les déclencher, l’annulation des projets de développement de nouvelles armes et de leurs vecteurs, le maintien du moratoire sur les essais nucléaires, et la mise en place de transitions économiques justes pour les communautés affectées par ces programmes.
Le contexte de ces propositions est préoccupant : le monde assiste à une escalade rapide de la course aux armements nucléaires. Les États-Unis et la Russie, détenteurs combinés de 87 % des ogives nucléaires mondiales, ont démantelé la quasi-totalité de leurs accords de contrôle des armements, ne laissant que le traité New START, dont l’échéance est fixée à février 2026. Parallèlement, les neuf puissances nucléaires reconnues – Russie, États-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Israël, Inde, Pakistan et Corée du Nord – s’engagent dans une modernisation substantielle de leurs arsenaux. À titre d’exemple, les États-Unis ont lancé un programme colossal estimé à 1 700 milliards de dollars pour refondre leur complexe militaro-industriel nucléaire et développer des armements plus dévastateurs.
Cette accumulation globale s’accompagne d’une résurgence des menaces nucléaires publiques de la part de dirigeants de nations dotées de l’arme atomique, émanant de personnalités comme Donald Trump, Kim Jong-un et Vladimir Poutine. Le Bulletin of the Atomic Scientists, qui surveille ces menaces, a placé son célèbre « Horloge de la fin du monde » à 89 secondes avant minuit, son réglage le plus alarmant jamais atteint.
Ces résolutions législatives sont largement le fruit de la campagne « Back from the Brink » (Retour du gouffre). Lancée en 2017 par des organisations américaines de premier plan telles que Physicians for Social Responsibility et l’Union of Concerned Scientists, cette initiative a fédéré une vaste coalition d’organisations, d’individus et de responsables publics dédiés à la création d’un monde exempt d’armes nucléaires.
La campagne bénéficie du soutien d’une multitude d’organisations nationales, incluant des groupes de paix et de désarmement (American Friends Service Committee, Federation of American Scientists, Pax Christi USA, Peace Action, Veterans for Peace), des organisations religieuses (Église épiscopale, Église presbytérienne, Unitarian Universalist Association, Église unie du Christ), des groupes environnementaux (350.org, Natural Resources Defense Council, Sierra Club), des collectifs militants politiques (Hip Hop Caucus, Indivisible), ainsi que des associations de maires (U.S. Conference of Mayors).
Le mouvement a également rassemblé le soutien de centaines d’organisations locales dans les domaines de la paix, de l’académie, de la société civile, de l’environnement, de la santé et de la politique. Plus de 78 municipalités et comtés, 8 législatures d’États, 488 élus locaux et étatiques, ainsi que 53 membres du Congrès ont exprimé leur adhésion.
Malgré cette mobilisation impressionnante, les perspectives immédiates de « Back from the Brink » restent mitigées. Les résolutions, en attente d’examen par la Chambre et le Sénat à majorité républicaine, ont peu de chances d’être adoptées, aucun élu républicain n’ayant pour l’instant co-parrainé ces textes. De plus, le président Donald Trump, connu pour son admiration envers la puissance militaire américaine, ne devrait pas plaider pour un arrêt, et encore moins une inversion, de la course aux armements nucléaires.
Cependant, à plus long terme, les perspectives s’annoncent plus favorables. Contrairement au Parti républicain actuel, le Parti démocrate a historiquement soutenu diverses mesures de contrôle des armements et de désarmement nucléaire. Si les démocrates remportent un contrôle significatif du Congrès lors des élections de mi-mandat de 2026, il sera plus probable que ces résolutions soient adoptées. Par ailleurs, en cas de victoire démocrate à la présidence en 2028, le contrôle des armements nucléaires pourrait redevenir une priorité de la politique étrangère américaine.
Il est essentiel de rappeler que même avec des avancées politiques, le risque existentiel d’anéantissement nucléaire mondial, mis en lumière dès 1945 avec les bombardements de Hiroshima et Nagasaki, ne disparaîtra pas tant que ces armes de destruction massive existeront. Un avenir véritablement sûr pour la civilisation ne pourra être assuré que par l’abolition totale des armes nucléaires.
Cette abolition est-elle réalisable ? L’histoire montre que face à une menace directe pour la survie de l’humanité, la majorité des populations exprime un désir profond de voir la menace nucléaire éradiquée. L’atteinte de cet objectif pourrait passer par la signature et la ratification universelles du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Ce traité, négocié aux Nations unies en 2017 et entré en vigueur en 2021, compte déjà 95 signataires et 74 ratifications, représentant la majorité des nations mondiales.
Bien que les neuf puissances nucléaires ne fassent pas partie de ce traité, une mobilisation publique significative, soutenue par un renforcement des garanties de sécurité internationales et une ONU plus puissante, pourrait potentiellement surmonter la réticence des États récalcitrants et établir un monde libéré de la menace nucléaire.
En attendant d’atteindre cet objectif ultime, la priorité immédiate demeure la nécessité de sortir de la dangereuse proximité d’une guerre nucléaire, un péril que nous ne devons jamais ignorer.