Publié le 7 février 2024 23:03:00. Après des mois de tensions et de désaccords, l’Inde et les États-Unis ont finalement trouvé un terrain d’entente commercial, un revirement inattendu qui pourrait redéfinir les relations bilatérales et avoir des répercussions géopolitiques significatives.
- Un accord intérimaire a été conclu, ouvrant la voie à un futur accord commercial bilatéral plus large.
- L’Inde a réussi à éviter de céder sur des questions agricoles sensibles, notamment l’accès au maïs, au soja et aux cultures génétiquement modifiées.
- L’accord pourrait renforcer la position de l’Inde sur la scène internationale et contrer l’influence de la Chine dans la région.
L’annonce d’un accord commercial entre l’Inde et les États-Unis marque une rupture avec les prévisions récentes. Il y a encore quelques mois, les négociations semblaient au point mort, en raison de désaccords persistants sur les tarifs douaniers et d’autres questions commerciales. L’administration Trump avait notamment critiqué les barrières douanières indiennes, tandis que New Delhi refusait de valider les affirmations américaines concernant la suspension d’une opération militaire, nommée Sindoor.
Howard Lutnick, secrétaire américain au Commerce, avait même exprimé son pessimisme quant à une résolution rapide, déclarant dans un podcast que « le train avait quitté la gare ». Pourtant, les négociateurs indiens ont réussi à surmonter ces obstacles et à parvenir à un accord intérimaire, une avancée considérée comme spectaculaire par de nombreux observateurs.
Cet accord est particulièrement bénéfique pour l’Inde, qui se positionne favorablement par rapport à ses concurrents régionaux tels que l’Indonésie, le Bangladesh et le Vietnam. Il permet également à New Delhi de prendre de l’avance sur le Pakistan, qui s’était rapproché des États-Unis ces dernières années. L’impact positif ne se limite pas à l’économie : l’accord devrait renforcer la sécurité et la stabilité de l’Inde sur la scène diplomatique.
Les concessions accordées par l’Inde portent principalement sur la réduction des droits de douane sur les drêches de distillerie séchées (DDG) et le sorgho rouge, destinés à l’alimentation animale. Ces mesures devraient profiter aux petites et moyennes entreprises (PME) indiennes, ainsi qu’aux secteurs à forte intensité de main-d’œuvre comme le textile, le cuir et la pêche. Le ministre du Commerce et de l’Industrie, Piyush Goyal, a souligné qu’il existait une demande pour l’importation de ces produits par le secteur de l’élevage.
L’Inde a également réussi à préserver ses intérêts sur des questions agricoles sensibles. Les négociateurs ont résisté à la pression américaine pour autoriser l’importation de maïs, de soja et de cultures génétiquement modifiées, des produits issus d’États américains où la base électorale de Donald Trump est particulièrement forte. L’accord prévoit toutefois une clause permettant à l’Inde d’obtenir un meilleur accès au marché américain pour ses propres produits.
À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, la pression sur le président Trump pour satisfaire ses partisans était forte. L’accord conclu avec l’Inde pourrait donc être perçu comme une victoire politique pour l’administration américaine. Cependant, l’annonce a suscité des critiques de la part de l’opposition indienne, qui dénonce une « capitulation » face aux États-Unis. Des débats animés sont attendus au Parlement indien dans les prochains jours.
Lors d’une conférence de presse, Piyush Goyal a esquivé une question sur le fait de savoir si l’accord visait indirectement à contrer l’influence de la Chine, se contentant de répondre :
« Ceux qui comprennent comprendront. »
Piyush Goyal, ministre du Commerce et de l’Industrie
L’Inde estime qu’elle est en bonne voie pour atteindre l’objectif commun avec les États-Unis de porter le volume des échanges commerciaux à 500 milliards de dollars d’ici 2031, grâce à la croissance de son économie et à la qualité des produits américains, notamment dans les secteurs de l’aéronautique et de la fabrication de semi-conducteurs.