Publié le 13 février 2024 20:29:00. La banque numérique britannique Revolut, valorisée à 45 milliards de dollars américains (environ 37,5 milliards d’euros), s’apprête à bousculer le secteur bancaire péruvien en proposant des services financiers moins coûteux et entièrement dématérialisés.
- L’arrivée de Revolut au Pérou devrait intensifier la concurrence dans le secteur bancaire de détail.
- Les banques péruviennes se préparent déjà à cette concurrence en renforçant leurs offres numériques.
- Cette transformation pourrait entraîner des changements significatifs dans les embauches, avec une demande accrue de professionnels de la technologie.
L’arrivée imminente de Revolut au Pérou promet de transformer le paysage bancaire local. Cette banque, qui se distingue par son modèle 100 % numérique – sans aucune agence physique – mise sur des coûts réduits pour proposer des alternatives plus abordables à ses concurrents péruviens.
Selon des analystes interrogés par Gestion, cette nouvelle donne obligera les banques traditionnelles à revoir leur stratégie.
« Les services bancaires de détail, tous les produits bancaires personnels, vont être confrontés à une forte concurrence, étant donné que (Revolut) est non seulement une banque numérique, mais qu’il s’agit également d’une très grande entité à l’échelle mondiale. »
Fernando Barrios, spécialiste des paiements numériques
L’absence d’agences physiques constitue un avantage compétitif majeur pour Revolut.
« Le fait qu’il soit numérique réduit beaucoup de coûts. Cet avantage pourrait être transféré aux clients dans des produits moins chers et c’est pourquoi il pourrait commencer à croître (une fois la licence obtenue) en part de marché. »
Fernando Barrios, spécialiste des paiements numériques
Les banques péruviennes ne sont pas restées passives face à cette menace. Ces dernières années, elles ont investi massivement dans le développement de produits numériques, tels que les prêts accordés via applications mobiles, afin de répondre aux nouvelles attentes des clients.

Selon les analystes, la banque de détail, tous les produits bancaires personnels, sera confrontée à une forte concurrence avec l’entrée de Revolut. (Photo : Joël Alonzo/GEC)
Cette concurrence accrue ne se limitera pas à l’offre de services aux clients. Álvaro Castro, associé chez Damma Legal Advisors, souligne que les banques devront également repenser leurs processus internes, notamment au niveau du « back-office ».
« L’ensemble du domaine commercial, la conception des produits, la gestion des risques, la conformité, sont des processus qui nécessitent beaucoup d’agilité. »
Álvaro Castro, associé chez Damma Legal Advisors
La modernisation des banques impliquera une automatisation accrue des tâches, ce qui pourrait entraîner des suppressions de postes et une demande accrue de compétences en technologie.
Un autre avantage compétitif des banques numériques réside dans leur capacité à capter les dépôts du public à un coût relativement faible.
« (Les banques) sont financées par l’épargne du public et c’est un financement bon marché car elles paient aux épargnants un faible taux par rapport à ce qu’elles facturent pour les placements (de prêts). »
Álvaro Castro, associé chez Damma Legal Advisors
Les quatre principales banques péruviennes, dont la Banque de Crédit du Pérou (BCP) avec son portefeuille numérique Yape, semblent les mieux préparées à faire face à cette concurrence. En revanche, les établissements plus modestes pourraient être plus vulnérables.

Les quatre plus grandes banques se préparent à une concurrence 100% numérique, notamment la BCP avec Yape. (Photo : composition du GEC)
Les jeunes consommateurs devraient être les premiers à adopter les services de Revolut, mais l’utilisation généralisée des smartphones au Pérou suggère que l’attrait de cette banque numérique pourrait s’étendre à tous les segments de la population.
Pour concurrencer Revolut, les banques péruviennes devraient s’inspirer du modèle de Yape, en transformant leurs applications mobiles en véritables plateformes de services financiers.
« Nous allons voir une concurrence pour les produits passifs, c’est-à-dire les dépôts à vue, les comptes d’épargne ou les dépôts à terme ; et puis nous allons aussi voir une concurrence pour l’accès au financement. Cela va être complété d’une manière ou d’une autre par un portefeuille. Je ne peux pas imaginer que Revolut entre au Pérou sans un portefeuille numérique. »
Álvaro Castro, associé chez Damma Legal Advisors