Publié le 27 octobre 2025. Un nouveau rapport alarmant révèle que près de 200 peuples isolés, répartis dans dix pays, risquent la disparition d’ici dix ans sans une action immédiate pour protéger leurs droits et leurs territoires.
- La moitié des quelque 196 groupes autochtones isolés recensés dans le monde pourraient être anéantis dans les dix prochaines années.
- Plus de 96 % de ces peuples sont menacés par des industries extractives (exploitation forestière, minière, pétrolière et gazière), ainsi que par des activités criminelles et des projets de développement.
- Survival International appelle à la mise en œuvre effective du droit international pour garantir la survie de ces populations, qui ont le droit de choisir de rester isolées.
L’acteur et militant Richard Gere a participé au lancement du rapport « Peuples isolés : au bord de la survie », une publication sans précédent qui tire la sonnette d’alarme sur le sort critique des peuples non contactés.
Survival International a identifié 196 groupes de peuples isolés vivant dans dix pays, tous confrontés à des menaces existentielles. Selon le rapport, qui s’appuie sur des années de recherches rigoureuses, plus de 96 % de ces groupes sont menacés par les industries extractives, notamment l’exploitation forestière, minière, ainsi que le forage pétrolier et gazier.
« Combien de temps encore, dans le monde industrialisé, les considérerons-nous comme de malheureux dommages collatéraux pendant que nous pillons leurs terres pour nos voitures, nos maisons, nos besoins énergétiques, nos bijoux, nos divertissements ? »
Richard Gere, acteur et militant des droits de l’homme
Le rapport, disponible sur le site peuplesisoles.org, souligne que ces peuples sont actifs dans leur résistance aux intrusions.
Lucas Manchineri, membre du peuple Manchineri du Brésil, a exprimé avec force la nécessité de soutenir ces populations : « Nous devons les soutenir en racontant leurs histoires et en montrant au monde que les peuples isolés n’ont pas disparu. Ils sont là. Ils se battent dans leur forêt, parfois en silence. Nous avons l’obligation spirituelle et politique de les protéger. »
Les recherches de Survival International démontrent que les peuples isolés exercent leur droit, reconnu par le droit international, de refuser le contact et de résister aux invasions. Lorsque leurs droits sont respectés, ils parviennent à survivre et à prospérer.
« Les peuples isolés ne sont ni passifs ni ignorants », a affirmé Caroline Pearce, directrice de Survival International. « Ils connaissent les étrangers, ils font le choix de rejeter et de résister au contact, et ils sont puissamment soutenus par leurs voisins autochtones. »
Outre les menaces traditionnelles liées à l’exploitation forestière, minière et à l’élevage, de nouveaux dangers émergent. Des influenceurs des réseaux sociaux cherchent à établir un « premier contact », souvent simulé, dans le but de monétiser du contenu. Des missionnaires, soutenus par des organisations évangéliques influentes, utilisent la technologie pour localiser et tenter de convertir des tribus isolées. De plus, des groupes criminels organisés exploitent et trafiquent des drogues, ou mènent des opérations minières illégales au cœur de l’Amazonie.
Herlin Odicio, un dirigeant autochtone Kakataibo de la région d’Ucayali au Pérou, a souligné le rôle crucial des organisations autochtones : « Nous travaillons pour défendre leurs droits fonciers. Parce qu’ils n’ont pas de personnes pour sortir et se battre pour eux-mêmes. Ils sont rendus invisibles par le gouvernement. »
Maipatxi Apurinã, membre du peuple Pupīkary (Apurinã) du Brésil, a conclu : « Le fait de ne pas reconnaître l’existence des peuples isolés est une énorme violation de leurs droits… Leur droit à être protégés doit exister non seulement sur le papier, mais dans la réalité. »
Ce rapport s’inscrit dans le prolongement de plus de 50 ans d’expérience et de recherche de Survival International. Sa publication vise à sensibiliser le public à un « génocide silencieux et en cours ».
« J’ai grandi dans un pays qui a été construit sur la misère des peuples autochtones – l’Amérique – et j’en ai énormément honte. Beaucoup d’Américains ressentent cela », a déclaré Richard Gere. « Ce n’était pas la bonne chose à faire. C’était cruel. C’était inutile. »
Principales conclusions :
Survival International recense 196 groupes autochtones isolés répartis dans 10 pays (Amérique du Sud, Asie, Pacifique), une estimation la plus précise et actuelle à ce jour. Sans action immédiate, la moitié de ces groupes risque la disparition d’ici dix ans. Ces peuples choisissent délibérément de rester isolés pour se protéger des invasions, conformément au droit international. Leur survie dépend du respect de leurs droits territoriaux.
Menaces :
Les activités industrielles (exploitation forestière, agroalimentaire, minière, construction de routes) détruisent leurs habitats, polluent leurs ressources et facilitent l’arrivée de colons. Cela entraîne malnutrition, empoisonnement et destruction communautaire, même sans contact direct. La transmission d’une simple maladie par un visiteur peut être fatale. Les violences et meurtres sont également fréquents. L’exploitation forestière affecte 65 % des groupes isolés, suivie par l’exploitation minière (plus de 40 %) et les bandes criminelles (près d’un tiers). L’agro-industrie menace plus de 20 % d’entre eux. 38 groupes isolés sont menacés par des projets de développement gouvernementaux (routes, ports). Un individu isolé sur six est exposé aux tentatives de conversion par des missionnaires. L’exploitation du nickel pour les batteries de véhicules électriques met en péril une tribu en Indonésie. Le changement climatique et la perte de biodiversité constituent également une menace majeure.
Menaces croissantes :
- Les influenceurs des réseaux sociaux recherchant du contenu monétisable.
- Les missionnaires, financés par des organisations évangéliques, utilisant la technologie pour convertir des tribus isolées.
- Les gangs criminels pratiquant le trafic de drogue et l’exploitation minière illégale en Amazonie.
Résilience des peuples isolés :
- Ces populations sont autonomes et prospèrent tant que leurs terres sont protégées.
- Experts de leurs écosystèmes, elles tirent tous leurs besoins de leur environnement.
- Les groupes résistent activement au contact par la fuite, des signalements ou des pièges, et parfois des attaques.
- Leur santé physique est souvent bonne, et des personnes récemment contactées témoignent d’une plus grande satisfaction dans leurs forêts.
Recommandations :
- Les gouvernements doivent appliquer les lois protégeant les peuples isolés et leurs territoires, et traduire en justice les contrevenants.
- Les entreprises doivent respecter les droits et les terres de ces peuples et assurer que leurs chaînes d’approvisionnement sont exemptes de matériaux provenant de leurs territoires.
- Les missionnaires doivent cesser toute tentative de contact.
Intervenants lors du lancement du rapport :
Richard Gere : Acteur, producteur et défenseur des droits de l’homme.
Lucas Manchineri : Président de MAPPHA, organisation du peuple Manchineru, surveillant le territoire des Mashco Piro isolés.
Maipatxi Apurinã : Responsable de la surveillance des terres au COIAB (organisation des peuples autochtones de l’Amazonie brésilienne) et responsable de l’OPIAJ (Organisation des peuples autochtones Apurina et Jamamadi).
Herlin Odicio : Dirigeant autochtone Kakataibo (Pérou), vice-président de l’Organisation régionale AIDESEP Ucayali (ORAU), dédié à la protection des territoires ancestraux.
Caroline Pearce : Directrice de Survival International.