Publié le 18 février 2026 17h00. La production d’antibiotiques par le géant pharmaceutique Roche va cesser en Suisse, un symptôme de la crise qui touche ce secteur vital, confronté à la concurrence des génériques asiatiques et à une rentabilité en berne.
- Roche va arrêter l’embouteillage de son antibiotique Rocephin dans son usine de Kaiseraugst après 40 ans d’activité.
- La Confédération suisse maintient des stocks obligatoires du principe actif de Rocephin, la ceftriaxone, en raison de son importance médicale.
- La Commission européenne n’a pas trouvé de solution pour maintenir la production d’antibiotiques en Europe, malgré les discussions avec Roche.
La décision de Roche, annoncée ce mercredi, illustre les difficultés croissantes de l’industrie pharmaceutique occidentale à produire des antibiotiques. La hausse des coûts de fabrication, la baisse des prix et la concurrence des génériques, notamment ceux provenant d’Asie, rendent cette activité de moins en moins rentable. L’entreprise bâloise explique qu’une augmentation des prix ou une garantie d’achat ne suffiraient pas à assurer la pérennité du site.
Rocephin est un antibiotique à large spectre utilisé pour traiter diverses infections, telles que les pneumonies, les infections urinaires, les méningites et la maladie de Lyme. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a regretté l’arrêt de la production et a souligné avoir alerté Roche sur la possibilité d’une augmentation des prix, une option envisageable également pour d’autres médicaments essentiels afin de garantir l’approvisionnement.
Roche a également échangé avec la Commission européenne, mais n’a pu obtenir de solution européenne globale pour maintenir la production. HERA, l’autorité européenne créée en 2021 pour renforcer la sécurité de l’approvisionnement en médicaments, a été informée de la décision de Roche en janvier, qui a justifié cette fermeture par une rentabilité insuffisante liée à une demande trop faible.
Selon la Commission européenne, les prix ne sont négociés que dans le cadre d’achats conjoints entre États membres, une procédure qui n’a jamais été mise en œuvre pour les antibiotiques génériques comme Rocephin.
La production d’antibiotiques en Europe a considérablement diminué ces dernières décennies en raison des coûts. Sandoz, une société de médicaments génériques basée à Bâle, est aujourd’hui l’un des derniers grands fabricants européens, produisant ses antibiotiques en Autriche, à Kundl. Les principes actifs sont, quant à eux, majoritairement produits en Chine ou en Inde.
Roche se contentait d’embouteiller Rocephin en Suisse, le principe actif étant fourni par un tiers dont l’identité n’a pas été divulguée. Cette dépendance vis-à-vis des fournisseurs asiatiques inquiète depuis longtemps la Suisse et d’autres pays européens, comme le montrent les débats politiques en cours. Les entreprises pharmaceutiques occidentales ne sont plus incitées à produire des antibiotiques, les prix étant trop bas.
En 2023, Roche avait déjà vendu les droits de distribution de Rocephin en Chine pour 260 millions de francs suisses. L’entreprise prévoit désormais de rechercher un acheteur pour les droits européens, dans le cadre de la fermeture de l’usine de Kaiseraugst.
L’OFSP assure que l’approvisionnement en antibiotiques sera garanti en Suisse, même sans usine d’embouteillage locale, grâce à la présence de deux fabricants de génériques contenant de la ceftriaxone sur le marché suisse.
Une centaine de collaborateurs de Roche seront concernés par l’arrêt de la production, prévu d’ici 2030. L’entreprise a assuré qu’aucune lettre de licenciement ne serait envoyée et qu’elle s’efforcera de trouver un emploi interne pour tous les employés concernés.