Publié le 11 octobre 2025. Vivian Chu, cofondatrice de Diligent Robotics, partage son expérience de conciliation entre le monde entrepreneurial et la vie de jeune maman. Elle évoque les ajustements nécessaires pour gérer une entreprise technologique tout en assurant les soins à deux jeunes enfants.
- L’entrepreneuriat et la parentalité demandent une redéfinition de l’équilibre sur une échelle de temps plus longue.
- Le tire-lait et les contraintes de l’allaitement imposent une nouvelle structure à la journée, paradoxalement source d’organisation.
- Les infrastructures et les conversations autour de la maternité professionnelle restent insuffisantes, malgré les avancées notables.
Pour Vivian Chu, cofondatrice de Diligent Robotics, une entreprise spécialisée dans la conception de robots pour les hôpitaux, le parcours entrepreneurial a initialement primé sur le désir d’avoir des enfants. Aujourd’hui, à 38 ans, elle jongle avec la direction de l’innovation et la jeune maternité de ses deux enfants de 2 ans et demi et 10 mois. Une aventure qui a bousculé ses routines d’antan. « Avant les enfants, j’étais plutôt enrégimentée. J’avais mes journées de sport, mes pauses déjeuner et de longues plages de travail concentré. La parentalité a changé cela », confie-t-elle.
L’entrepreneure a appris à repenser la notion d’équilibre. « Je crois toujours à l’équilibre, mais pas sur une échelle de 24 heures. Si vous prévoyez d’avoir un équilibre sur une période d’une seule journée, c’est probablement peu probable. Mais si vous l’étendez sur une semaine, un mois ou un an, cela a plus de sens. » Cette vision plus large lui permet de s’assurer de passer du temps de qualité avec sa famille, une approche rendue nécessaire par les imprévus de la vie parentale.
La routine matinale est désormais rythmée par les impératifs de l’allaitement. « Je me lève à six heures pour pouvoir rapidement m’installer en tant que maman d’un enfant de 10 mois encore allaité et faire mon premier tirage de lait de la journée », explique-t-elle. Cette contrainte impose une planification rigoureuse des réunions et des repas, créant une structure inattendue dans son emploi du temps. Pendant les séances de tirage, Vivian Chu profite de ce temps pour consulter ses e-mails et avancer sur certaines tâches, optimisant ainsi chaque moment.
L’allaitement a également introduit de nouveaux— et parfois surprenants — comportements : « Tous les soirs vers 21h, je mange une collation de fin de soirée, ce que je n’ai jamais fait auparavant », note-t-elle, décrivant une collation riche en protéines comme un yaourt grec avec des fruits et des fruits secs. Avant de retourner à son ordinateur pour des vérifications de dernière minute et planifier la journée suivante, elle effectue une dernière séance de tirage de lait vers 22h30.
Un « reproche stupide » qui en dit long
L’expérience de la maternité biologique a mis en lumière les lacunes persistantes en matière d’accompagnement professionnel des femmes qui allaitent. Vivian Chu raconte son étonnement face au manque d’installations dédiées lors de certaines conférences : « J’étais à une conférence avec 2 000 participants, et aucun n’avait de chambre de mère. J’ai dû aller aux toilettes et rester là pendant 20 minutes. » Elle salue néanmoins les exceptions, comme la conférence Bezos Mars, qui avait mis en place une « chambre de mère » séparée et diffusait les sessions en direct, offrant une solution attentionnée aux participantes. Elle se réjouit également du développement des « chambres des mères à l’aéroport », les jugeant « fantastiques ». Pour elle, cette prise de conscience collective est essentielle pour améliorer les services offerts aux parents, en particulier aux mères actives.
Il faut vraiment un village
L’importance d’un solide réseau de soutien est primordiale pour concilier vie professionnelle et familiale. Le couple a recours à deux nourrices à temps partiel, garantissant ainsi une continuité de garde même en cas d’imprévu. La famille élargie joue également un rôle clé, les grands-parents s’impliquant activement et séjournant auprès d’eux pendant de longues périodes. Néanmoins, il arrive des moments où tous les soutiens sont sollicités, forçant à des arbitrages difficiles.
Vivian Chu relate l’expérience d’un collègue confronté à une situation similaire : « Oui, j’ai ces bouées de sauvetage, et je tire sur chacune d’elles. Et la semaine dernière, je les ai toutes retirées, et je n’en avais plus. Je n’ai donc pas pu aller rencontrer cet investisseur. » Ces moments où tous les recours sont épuisés sont, selon elle, inévitables.
Ce n’est jamais le moment idéal pour fonder une famille
Au cours de sa carrière, Vivian Chu a bénéficié des conseils précieux de mentors, dont sa codirectrice et ancienne directrice de thèse. « C’est comme s’il n’y avait jamais de moment idéal pour fonder une famille », lui avait-elle conseillé. « Il y aura toujours des situations dans la vie. Il y aura toujours quelque chose qui semblera que ce n’est pas le bon moment, alors vous devriez faire ce qui est le mieux pour vous, et les choses s’arrangeront. » Ce conseil, elle l’a toujours gardé à l’esprit, y compris lorsqu’elle se lançait dans l’aventure entrepreneuriale.