Publié le 2025-10-12 07:48:00. Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort revient sur sa récente mission aux États-Unis, abordant des sujets aussi variés que la politique américaine, la sécurité, les taxis autonomes et l’intelligence artificielle, tout en commentant la situation politique régionale.
- La visite aux États-Unis a été marquée par des discussions sur la politique américaine, la sécurité à San Francisco et l’absence de certains recteurs d’universités francophones.
- L’intelligence artificielle (IA) pourrait offrir des gains d’efficacité pour l’administration bruxelloise, mais son impact reste difficile à mesurer.
- Le dossier de la formation du nouveau gouvernement régional bruxellois est complexe et entravé par la divergence des majorités au sein du gouvernement démissionnaire et du Parlement.
Interrogé sur sa perception de la mission aux États-Unis et le contexte politique actuel, Rudi Vervoort a souligné que ces missions, bien que parfois critiquées pour des raisons liées à la démocratie dans les pays visités, visent avant tout à soutenir le marché et les entreprises bruxelloises. Il a mis en avant la différence entre tisser des liens avec une université et soutenir un régime politique, citant son expérience à Cuba.
Il a exprimé une forme de paradoxe quant à l’absence de plusieurs recteurs francophones et de celui de la Vrije Universiteit Brussel lors de cette mission. Tout en comprenant leur réaction face aux « attaques évidentes contre les universités » aux États-Unis, il aurait préféré leur présence, rappelant que le pays visité est « l’un des États les plus ouverts et démocratiques des États-Unis ».
Lors de sa rencontre avec le maire de San Francisco, Daniel Lurie, la problématique de la drogue et ses effets sur les villes a été abordée. Vervoort a confié trouver les images de San Francisco « terrifiantes » et a insisté sur la nécessité pour Bruxelles de rester vigilante face à des situations similaires, plutôt que de se satisfaire de ne pas connaître le fentanyl.
Concernant l’approche du maire Lurie, qui met en place des refuges sans drogue et réduit les mesures de réduction des risques, Vervoort n’a pas jugé cette démarche surprenante pour un démocrate. Il a expliqué que les élus démocrates sont confrontés aux réalités du terrain et que la recherche de résultats prime souvent. Il a ajouté que la répression, bien qu’elle puisse soulager l’opinion publique, ne constitue pas la seule solution face à la consommation de drogues. Le démantèlement des réseaux et une intimidation continue sont nécessaires, mais doivent s’intégrer dans une stratégie globale de sécurité et de prévention.
Le ministre de la Défense Theo Francken, également présent lors de cette mission, a mentionné son souhait d’utiliser des armes plus lourdes, comme le FN 303, pour lutter contre la criminalité liée à la drogue. Rudi Vervoort s’est montré en accord avec cette proposition, ayant lui-même pu constater le potentiel de cette arme.
Un autre sujet abordé fut celui des taxis autonomes, dont le déploiement est envisagé par Hub.brussels. Cependant, Vervoort tempère cet enthousiasme en soulignant que la réglementation européenne doit d’abord évoluer pour autoriser la circulation de ces véhicules sans chauffeur. De plus, une partie de la population n’est pas encore prête à monter à bord de tels véhicules, bien qu’il reconnaisse leur place probable dans l’offre de mobilité future.
L’intelligence artificielle (IA) commence à s’immiscer dans l’administration bruxelloise, y compris dans la préparation des notes destinées aux élus. Vervoort a même plaisanté sur le fait de se demander parfois si certaines notes ne sont pas générées artificiellement.
« Le problème est qu’aujourd’hui nous ne pouvons pas encore mesurer l’impact de l’IA sur nos vies. Les changements antérieurs, comme la révolution industrielle, ont posé exactement les mêmes questions qu’aujourd’hui. […] Je ne pense pas que nous puissions encore estimer dans quelle mesure l’IA va changer complètement notre façon de penser. Cela doit être fait avec les réglementations nécessaires. »
Rudi Vervoort, Ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale
Face au déficit budgétaire de plus d’un milliard et demi d’euros, l’administration bruxelloise pourrait potentiellement bénéficier de l’IA pour réaliser des économies. Cependant, Vervoort rappelle que, dans le cadre de ses fonctions actuelles, il ne peut modifier la structure budgétaire et que la majorité politique au Parlement est distincte de celle du gouvernement démissionnaire, créant une situation où ils sont « coincés ».
Il écarte l’idée que l’IA puisse résoudre le problème de la formation du gouvernement bruxellois, estimant qu’elle manque de l’intuition nécessaire pour appréhender les personnalités. Pour Vervoort, la formation du gouvernement relève davantage d’un jeu de personnalités et de dynamiques de groupe complexes. Il a comparé les négociations à des moments potentiellement tendus, où l’intervention d’un médiateur technique pourrait s’avérer utile pour dégager un consensus.
Concernant l’éventuelle fin de son mandat, Vervoort se dit préparé mentalement mais affirme qu’il n’y a pas de « fin » programmée pour lui. Il a quitté d’autres fonctions lorsqu’il en avait eu le choix. Il considère que son rôle actuel est de mener à bien les tâches en cours, notamment les discussions budgétaires, qui permettront à terme de prendre un peu plus de distance.
La situation du gouvernement démissionnaire est délicate, entre la dynamique du gouvernement sortant et celle du Parlement qui agit de manière indépendante depuis les élections. Vervoort estime qu’il est nécessaire de prendre du recul face à cette complexité, d’autant plus que l’issue des négociations, notamment concernant la participation de la N-VA et du CD&V, reste incertaine. La divergence entre les décisions prises par le gouvernement démissionnaire et leur approbation potentielle par le Parlement rend toute proposition fragile.
« Il ne faut pas ajouter du bruit au bruit. La situation est suffisamment complexe sans qu’une majorité stable ne soit en vue. »
Rudi Vervoort, Ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale
Il affirme avoir appris à ne plus se soucier de ce qui s’écrit à son sujet, préférant se concentrer sur la gestion de la complexité actuelle.