Publié le 2025-10-09 07:53:00. Des ateliers d’éducation affective et sexuelle dispensés dans des établissements catholiques privés suscitent une vive controverse. La gauche dénonce une approche jugée rétrograde, centrée sur la reproduction et négligeant des enjeux essentiels comme l’égalité filles-garçons et la prévention des violences.
- Des critiques portent sur la promotion d’idées « rétrogrades » et d’une vision de la sexualité « hétéronormative et reproductrice ».
- Les ateliers sont accusés d’occulter la contraception, les infections sexuellement transmissibles, l’avortement, les orientations sexuelles et les violences sexistes.
- La gauche demande à l’Éducation nationale de vérifier l’agrément des associations intervenantes et leur respect des valeurs républicaines.
Depuis la rentrée 2025-2026, un nouveau programme d’éducation affective et sexuelle (EVARS), voulu par Élisabeth Borne, est entré en vigueur dans tous les établissements sous contrat. En complément des trois séances annuelles obligatoires, près de 350 collèges catholiques proposent des ateliers spécifiques, dont le contenu est aujourd’hui vivement critiqué. Le quotidien Libération parle de « promotion d’idées rétrogrades » et d’une valorisation d’une « complémentarité entre l’homme et la femme » axée sur la reproduction, qui « occulte la sexualité dans sa réalité et sa complexité ». Le journal souligne l’absence de sujets tels que l’égalité filles-garçons, la prévention des violences sexistes ou la contraception, pourtant prévus par le programme officiel.
Le Point relaie le témoignage d’un père de famille qui s’est « senti trahi » par le contenu des ateliers, déplorant le manque d’abord de la contraception, des IST, de l’avortement, de l’orientation sexuelle, des stéréotypes de genre ou encore des violences sexistes et sexuelles. Le syndicat enseignant Fep-CFDT dénonce pour sa part une « vision hétéronormative et reproductrice de la sexualité ». Sur BFMTV, ce même syndicat demande à l’Éducation nationale de vérifier que les associations intervenantes soient agréées et respectent « les valeurs de la République ». Ludovine de La Rochère, citée dans B.Voltaire, alertait déjà sur une vision idéologisée du programme qui ne respecterait « l’intimité, la conscience et la maturité des élèves, pas plus que la liberté éducative des parents ».
Face à ces critiques, Guillaume Prévost, nouveau secrétaire général de l’Enseignement catholique, défend l’action de l’association CycloShox-XY, saluant son « courage », ses « convictions » et ses interventions qui « répondent aux besoins des familles ». Il rappelle que le choix des intervenants revient aux chefs d’établissement et que rien ne doit être imposé. Le syndicat Fep-CFDT n’avait pas encore répondu aux sollicitations.
L’association aconfessionnelle CycloShow-XY, à l’origine de ces ateliers, propose une approche pédagogique axée sur « le beau », partant du principe que « lorsque l’on trouve quelque chose de beau, on va en prendre soin, le respecter et le faire respecter ». Karine Triot, animatrice de ces ateliers, explique que leur pédagogie vise le respect entre hommes et femmes et souhaite une vie affective, relationnelle et sexuelle épanouissante pour les jeunes. Elle précise que leur approche est adaptée à l’âge des adolescents (10-14 ans), une tranche d’âge où la majorité sexuelle n’est pas encore atteinte (15 ans). Elle estime que cette méthode est « moins anxiogène » que les approches basées sur les mises en garde contre les IST, les grossesses non prévues ou les agressions, qu’elle juge inefficaces depuis 40 ans, rappelant que les IST et l’IVG sont loin de régresser.
Les critiques s’orientent également vers la fondatrice de l’association, le Dr Élisabeth Raith-Paula, récompensée en Allemagne pour son œuvre en prévention et promotion de la santé. Elle est accusée par certains d’être « anti-IVG ». Karine Triot réfute ces accusations, les jugeant « non fondées ». Elle explique que le cœur des ateliers réside dans la connaissance du corps et les changements liés à la puberté, afin que les jeunes abordent cette période avec sérénité. L’avortement et la contraception ne sont pas les sujets centraux de ces ateliers et ne sont abordés que pour répondre à des questions précises des jeunes, dans le respect de la loi. Elle souligne que ne pas promouvoir l’IVG n’est pas en soi une entrave à celui-ci. Karine Triot rappelle que le Dr Raith-Paula a conçu l’atelier comme une pièce de théâtre et que sa prise de position sur l’IVG n’est pas militante. Dans son livre, elle explique simplement le fonctionnement des différents moyens de contraception, afin de permettre aux jeunes de faire des choix éclairés. Selon Karine Triot, si « donner un espace de réflexion à un homme, à une femme, c’est mal », alors la vision de l’homme et de la femme, ainsi que le respect de la liberté de chacun à poser ses propres choix, divergent fondamentalement.