Home Accueil Sauver l’île Halmahera en Indonésie des investissements israéliens – Middle East Monitor

Sauver l’île Halmahera en Indonésie des investissements israéliens – Middle East Monitor

0 comments 32 views

Publié le 14 février 2026 à 10h35. L’Indonésie, traditionnellement un fervent défenseur de la cause palestinienne, a autorisé un projet géothermique sur l’île d’Halmahera qui implique une entreprise liée à des intérêts économiques israéliens, soulevant des questions sur la cohérence de sa politique étrangère et l’impact environnemental de ce développement.

  • L’attribution de la zone de travail géothermique de Telaga Ranu à PT Ormat Geothermal Indonesia, filiale d’Ormat Technologies, une entreprise aux liens étroits avec Israël, suscite des inquiétudes quant à la crédibilité de l’Indonésie sur la scène internationale.
  • Halmahera, déjà soumise à une forte pression industrielle due à l’exploitation du nickel, risque de voir son écosystème fragile davantage dégradé par ce nouveau projet.
  • Des incidents passés impliquant Ormat Technologies en Indonésie ont mis en évidence des risques de contamination de l’eau et de perturbation des communautés locales.

L’Indonésie, qui n’entretenait pas de relations diplomatiques avec Israël et affichait un soutien constant à l’autodétermination palestinienne, semble marquer un tournant avec cette décision. Le 8 janvier 2026, le Ministère de l’Énergie et des Ressources Minérales a attribué la zone de travail géothermique de Telaga Ranu à PT Ormat Geothermal Indonesia dans le cadre de son programme national visant à atteindre les objectifs de Zéro Émission Nette d’ici 2060. Si le développement des énergies renouvelables est crucial pour un pays encore fortement dépendant du charbon, cette initiative pose un problème de cohérence politique et environnementale.

Halmahera, dans l’est de l’Indonésie, est déjà au cœur d’une exploitation minière intensive, notamment pour le nickel, alimentée par des investissements massifs en provenance de Chine, du Japon et de Corée du Sud. Des complexes industriels dédiés à la transformation du nickel pour les batteries de véhicules électriques se sont multipliés, entraînant une déforestation accélérée, une pollution des eaux côtières et des bouleversements socio-économiques pour les populations locales. La demande mondiale croissante pour ce minerai stratégique exerce une pression considérable sur l’île.

L’arrivée d’un projet géothermique, bien que présenté comme une solution énergétique propre, ajoute une nouvelle couche de pression sur un écosystème déjà fragilisé. PT Ormat Geothermal Indonesia est contrôlée par Ormat Technologies, une entreprise dont les fondations reposent sur des réseaux d’ingénierie, de fabrication et de capitaux israéliens. Les revenus et la technologie générés par ce projet transiteront donc par ce système, ce qui soulève des questions quant à la signification politique d’un tel engagement économique.

Les observateurs s’interrogent également sur la rapidité de la procédure d’appel d’offres pour Telaga Ranu et le manque de consultation publique. Semaindo a critiqué la politique du ministre de l’Énergie et des Ressources Minérales à ce sujet. Les régions frontalières, comme Halmahera, manquent souvent des ressources nécessaires pour réguler efficacement les investissements étrangers, rendant la transparence d’autant plus cruciale.

L’expérience passée d’Ormat Technologies en Indonésie est préoccupante. À la centrale géothermique de Blawan Ijen, des déchets provenant d’un puits de production auraient contaminé les sources d’eau de Gending Waluh, principale source d’approvisionnement pour les villages de Watu Capil, Kebon Jeruk et Margahayu. Les habitants ont décrit une eau au goût et à l’odeur nauséabonds, laissant un résidu collant sur la peau. De nombreux ménages ont été contraints de transporter de l’eau depuis les villages voisins. La contamination s’est ensuite propagée à la source de Sumber Macan, entraînant des problèmes d’estomac chez les consommateurs et l’abandon de la source.

Sur l’île de Buru, près de Wapsalit, des activités d’exploration géothermique auraient poussé les populations autochtones à se retirer plus profondément dans les forêts, par crainte et incertitude. Les villageois affirment n’avoir reçu que peu d’informations sur le projet et ses risques potentiels. Un développement mené sans transparence place les communautés dans une position de vulnérabilité plutôt que de participation.

Halmahera se situe dans la zone écologique de Wallacea, l’une des régions les plus riches en biodiversité de la planète. Le forage géothermique pourrait perturber les systèmes d’eaux souterraines qui alimentent l’agriculture et la pêche. La construction de routes ouvre la forêt vierge à une exploitation accrue, et les corridors de transmission fragmentent l’habitat naturel. Une fois ces pressions combinées, un retour en arrière sera difficile.

Les énergies renouvelables sont essentielles pour réduire les émissions de carbone, mais elles ne sont pas sans conséquences environnementales. En Indonésie, les projets géothermiques ont souvent été source de conflits liés aux droits fonciers, aux compensations et à une répartition inégale des bénéfices économiques. Les communautés locales supportent souvent en premier lieu les risques environnementaux, dans l’attente de retombées économiques qui tardent à se concrétiser.

En fin de compte, les risques politiques et écologiques convergent vers une seule conséquence : l’Indonésie compromet sa propre intégrité tout en portant atteinte à son environnement. Il ne s’agit pas d’un simple arbitrage entre politique étrangère et développement, mais d’une double perte. Le gouvernement devrait reconsidérer cette concession et aligner ses décisions économiques sur ses principes déclarés. Protéger Halmahera, c’est protéger à la fois la crédibilité de l’Indonésie et son environnement.

LIRE AUSSI : L’erreur logique selon laquelle l’Indonésie paierait 1 milliard de dollars au Conseil de la Paix

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Monitor.

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.