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Comme Hamlet, son voisin du Sud, le cinéaste suédois Tomas Alfredson doit faire face à un spectre paternel, celui d’Ingmar Bergman (1918-2007). Il n’est pas le seul, l’ombre du maître Faro s’étend à tous les cinéastes scandinaves, qu’ils essaient d’y échapper (Ruben Östlund) ou de sculpter leur propre royaume (Joachim Trier).
Tomas Alfredson – qui a fait Masse (2009) ET Le taupe (2012) pour le cinéma – choisi de dialoguer avec le fantôme. Infidèle est adapté d’un scénario écrit par Bergman, que Liv Ullmann, actrice et un compagnon de l’auteur de Scènes de la vie conjugale (1973), tourné et présenté à Cannes en 2000. En France, ce long métrage est sorti sous le titre deInfidèleau singulier. Le pluriel adopté pour la version série qu’Arte diffuse dit bien l’inflexion qu’Alfredson et son scénariste Sara Johnsen voulaient imposer à l’histoire originale.
Le point de vue unique de l’auteur du scénario, qui a été exprimé par un caractère de réalisateur en proie aux remords nés d’un adultère commis depuis des décennies auparavant, diffracté dans un arc-en-ciel de souffrance, qui tourne la vie d’amants, le mari et l’enfant trompés. L’exercice est périlleux, il est effectué avec une rigueur toujours accentuée par la déférence qu’Alfredson témoigne en ce qui concerne Bergman, au risque de raideur. Mais, au cours des épisodes, la méthode porte ses fruits, laissant sourd, à travers l’élégance parfois glacée de la mise en scène, de la douleur, de l’anxiété et de la culpabilité – les sentiments et les sensations bergmaniens -, mais aussi une étincelle d’espoir.