Home Accueil Scott Bessent dit qu’il ressent la douleur des producteurs de soja. Il vaut 500 millions de dollars

Scott Bessent dit qu’il ressent la douleur des producteurs de soja. Il vaut 500 millions de dollars

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Alors que les États-Unis luttent pour écouler leurs stocks de soja, le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, se retrouve au cœur d’une polémique éthique, lui qui est lui-même un acteur majeur du secteur agricole qu’il est censé représenter dans les négociations commerciales.

La guerre commerciale initiée par l’administration Trump a eu des répercussions dévastatrices sur les agriculteurs américains, notamment les producteurs de soja. La Chine, autrefois principal acheteur absorbant 54 % de la récolte américaine, a quasiment cessé ses importations suite à l’imposition de droits de douane drastiques. Pékin s’est alors tourné vers d’autres fournisseurs, privilégiant le soja brésilien.

Face à cette situation, Steven Mnuchin, interrogé par la journaliste Martha Raddatz sur ABC, a tenté de se présenter comme un défenseur des agriculteurs. Pourtant, le secrétaire au Trésor n’est pas un simple citoyen concerné : cet ancien gestionnaire de fonds spéculatifs, dont la fortune est estimée à plus de 500 millions de dollars, loue pour 25 millions de dollars de terres agricoles à des producteurs de soja.

Lors de l’entretien, Raddatz a posé la question cruciale : « La Chine boycotte le soja américain, et les agriculteurs américains ont vraiment souffert. Voyez-vous une vraie lumière au bout du tunnel, pourraient-ils à nouveau autoriser le soja ? ». La réponse de Mnuchin fut surprenante : « Eh bien, Martha, au cas où vous ne le sauriez pas, je suis en fait un producteur de soja. Donc, j’ai aussi ressenti cette douleur ». Une affirmation qui masque une réalité plus complexe : Mnuchin est un propriétaire terrien qui loue ses terres à de véritables exploitants, et non un agriculteur au sens traditionnel du terme.

Le secrétaire au Trésor a par ailleurs suggéré que le boycott chinois visait délibérément à nuire aux agriculteurs, qu’il a qualifiés d’« parmi les plus grands partisans du président Trump ». Il s’est montré optimiste quant à l’issue des négociations : « Je pense que nous avons répondu aux préoccupations des agriculteurs, et je ne vais pas devancer le président, mais je crois que lorsque l’annonce de l’accord avec la Chine sera rendue publique, nos producteurs de soja se sentiront très satisfaits de ce qui se passe à la fois pour cette saison et pour les saisons à venir pendant plusieurs années ».

Cette rhétorique du « je suis agriculteur » n’est pas nouvelle de la part de Mnuchin. Déjà en mai dernier, interrogé sur l’impact des tarifs douaniers, il avait déclaré : « Vous le savez peut-être ou non, je suis agriculteur ». Une tactique destinée à humaniser sa position et à créer un lien de proximité avec des agriculteurs acculés par des excédents de récolte invendus, une situation directement imputable aux décisions du président qu’il sert.

Ces déclarations soulèvent de sérieuses questions quant à un potentiel conflit d’intérêts. En effet, Steven Mnuchin détient jusqu’à 25 millions de dollars de terres agricoles dans le Dakota du Nord, lui rapportant jusqu’à 1 million de dollars par an en revenus locatifs, selon ses formulaires de déclaration financière. Alors qu’il s’était engagé lors de ses auditions de confirmation à se défaire de ces actifs, un an plus tard, il les détient toujours.

Mnuchin justifie cette situation par la difficulté de trouver des acquéreurs pour ces investissements privés, pour lesquels « il n’existe pas de marché liquide pour leur revente ». Il affirme avoir entamé le processus de cession de 96 % de ses actifs et vise une finalisation d’ici le 15 décembre. Cependant, les responsables de l’éthique au sein du Département du Trésor ont exprimé leur préoccupation, rappelant dans une lettre au président de la commission des finances du Sénat, Mike Crapo, qu’il est de la « responsabilité personnelle [de Mnuchin] d’éviter de prendre toute mesure susceptible de créer un conflit d’intérêts réel ou apparent à l’égard de ses avoirs ».

Le refus persistant de Mnuchin de se désinvestir totalement est symptomatique, selon certains, d’une remise en cause des règles éthiques au sein de l’administration actuelle. Comme l’a souligné le sénateur Ron Wyden, membre de la commission des finances : « Si ces types se souciaient d’éliminer la puanteur de la corruption de cette administration, alors le secrétaire au Trésor ne choisirait pas les exigences éthiques à suivre et celles à rejeter ».

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