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Sénégal: Dette publique sénégalaise – Le talon d’Achille du tandem Diomaye-Sonko

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Publié le 23 février 2026. Le directeur de la dette publique sénégalaise, Aliou Diouf, a appelé à une gestion rigoureuse de l’endettement du pays, estimant qu’une approche alarmiste serait contre-productive. Il a souligné la vulnérabilité du Sénégal face aux fluctuations du dollar, qui représente une part importante de sa dette extérieure.

La dette publique sénégalaise, bien que préoccupante, n’est pas une fatalité, a affirmé le Dr Aliou Diouf devant les membres de la Jeunesse Professionnelle du Sénégal (JPS) lors de l’inauguration de leur programme de formation aux politiques publiques, le 22 février 2026. Cette initiative est placée sous le parrainage du ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba.

Entre 2019 et 2024, l’encours de la dette de l’administration centrale a presque doublé, passant de 10 403 à près de 23 667 milliards de francs CFA. En incluant les entreprises publiques telles que Sénélec et Aser, l’endettement global du secteur public représente désormais entre 128 % et 129 % du Produit intérieur brut (PIB), plaçant le Sénégal dans une zone de vigilance accrue.

Cependant, Aliou Diouf se refuse à céder au catastrophisme. Il rappelle que l’endettement reste un instrument de financement indispensable pour un pays confronté à d’importants besoins en infrastructures et en investissements publics. Le problème réside davantage dans la gestion des risques associés à cet endettement.

Le dollar, principale source de vulnérabilité

Selon le directeur de la dette, le véritable talon d’Achille des finances publiques sénégalaises est le risque de change. Avec 73 % de la dette extérieure et près de 40 % de celle-ci libellée en dollars, le Sénégal est particulièrement exposé aux fluctuations du marché international des devises. Chaque appréciation du dollar augmente mécaniquement le poids de la dette en francs CFA, un phénomène sur lequel l’État n’a que peu de contrôle.

« La sensibilité au dollar est un risque qu’il faut gérer avec une attention particulière »

Aliou Diouf, directeur de la dette publique

Le développement du marché intérieur constitue une réponse à cette vulnérabilité. Les obligations du Trésor représentent déjà plus de 50 % de l’encours intérieur, mais cette progression reste insuffisante pour réduire significativement la dépendance aux financements en devises – un chantier de long terme qui exigera constance et volonté politique.

UEMOA : en finir avec les faux procès

Aliou Diouf a également profité de cette occasion pour clarifier une confusion fréquente dans le débat public. Au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la distinction entre dette intérieure et dette extérieure dépend de la devise d’émission, et non de la nationalité de l’investisseur. Ainsi, toute dette libellée en franc CFA est considérée comme une dette intérieure, qu’elle soit souscrite par une banque sénégalaise, ivoirienne ou malienne. Les achats de titres sénégalais par des établissements bancaires maliens ou ivoiriens ne sont donc pas une anomalie, mais témoignent, au contraire, d’une confiance régionale envers le Sénégal.

Un service de la dette qui comprime les finances de l’État

L’ampleur du défi qui attend le nouveau tandem présidentiel Diomaye-Sonko est illustrée par le service de la dette. En 2024, il a atteint près de 2 500 milliards de francs CFA. Les projections de la loi de finances rectificative indiquent que ce montant devrait dépasser 5 400 milliards en 2025 – soit plus du double en un an. Cette progression rapide resserre les marges de manœuvre budgétaires et réduit les ressources disponibles pour les politiques sociales et les investissements productifs.

Pour alléger la trésorerie du secteur privé, l’État prévoit d’apurer 500 milliards de francs CFA d’arriérés dus aux fournisseurs par le biais d’une opération de titrisation, transformant ces créances en dette financière formelle. Bien qu’importante, cette mesure ne résoudra pas à elle seule le problème structurel.

La soutenabilité, question centrale pour l’avenir

Au-delà des chiffres, la question de la soutenabilité de la dette est primordiale. Le Sénégal peut-il continuer à s’endetter à ce rythme sans compromettre sa capacité à honorer ses engagements futurs ? C’est cette interrogation majeure à laquelle s’est attaqué l’économiste El Hadji Mounirou Ndiaye, chef du Bureau d’évaluation des politiques et programmes publics, qui a pris le relais lors de la session pour examiner la soutenabilité de la trajectoire actuelle. La réponse à cette question déterminera en grande partie la crédibilité et la marge d’action du projet de transformation porté par les nouvelles autorités.

La JPS poursuivra son cycle de formation dans quinze jours avec une nouvelle thématique de politique publique. L’objectif reste de former une génération de décideurs capables de comprendre les complexités de l’État et de contribuer à son amélioration.

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