Publié le 2025-10-09 07:38:00. Face à un contexte commercial international de plus en plus tendu, le gouvernement sud-coréen annonce un dispositif de soutien d’envergure pour son industrie sidérurgique, touchée par les restrictions commerciales et les nouvelles politiques européennes.
- Une garantie d’exportation de 400 milliards de wons (environ 281 millions de dollars) sera mise en place pour aider les exportateurs d’acier à surmonter les barrières commerciales.
- Un plan de développement de l’industrie sidérurgique sera dévoilé fin octobre, axé sur la compétitivité, la défense commerciale et l’innovation, notamment dans les aciers bas carbone et à haute valeur ajoutée.
- Séoul compte négocier activement avec Bruxelles pour obtenir la meilleure part possible des quotas d’importation européens suite à leur réduction annoncée.
L’industrie sidérurgique sud-coréenne se trouve dans une position délicate. Alors que les restrictions commerciales américaines pèsent déjà sur les exportations, l’Union européenne s’apprête à réduire drastiquement ses quotas d’importation d’acier en franchise de droits de douane. Dans ce climat d’incertitude, le ministère de l’Industrie a annoncé des mesures de soutien significatives pour préserver la compétitivité des entreprises coréennes sur le marché mondial.
Lors d’une visite au port d’Incheon, un point névralgique pour l’exportation d’acier, le vice-ministre de l’Industrie, Moon Shin-hak, a détaillé la stratégie gouvernementale. « Le gouvernement va lancer un nouveau programme de garantie de la chaîne d’approvisionnement à l’exportation de 400 milliards de wons (281 millions de dollars) en partenariat avec des institutions financières privées et politiques pour aider les exportateurs d’acier à surmonter les barrières commerciales mondiales croissantes », a-t-il déclaré.
Ce dispositif financier vise à renforcer la résilience des exportateurs face aux mesures protectionnistes. Parallèlement, le ministère dévoilera plus tard dans le mois un « Plan de développement de l’industrie sidérurgique ». Ce plan comprendra des stratégies ciblées pour répondre à l’excédent de l’offre mondiale, des mesures de défense commerciale renforcées contre les importations jugées déloyales, ainsi qu’un soutien accru aux investissements dans les aciers de nouvelle génération : aciers à faible teneur en carbone, aciers à haute valeur ajoutée, aciers à base d’hydrogène et aciers spéciaux au carbone. La sécurité des opérations et la coopération industrielle bénéficieront également d’un renforcement.
Ces annonces font suite à la décision de la Commission européenne de réduire de 47 % son quota d’importation d’acier en franchise de droits de douane pour 2026, le ramenant à 18,3 millions de tonnes. Les droits de douane seront doublés à 50 % pour tout tonnage excédant cette limite, une mesure qui devrait entrer en vigueur en juin 2026.
Si l’impact précis sur la Corée reste à déterminer en l’absence d’allocations de quotas spécifiques par pays, le ministère de l’Industrie anticipe des conséquences notables. L’Union européenne est en effet l’un des deux marchés d’exportation les plus importants pour l’acier coréen, représentant environ 13 % de sa valeur totale. En 2024, la Corée a exporté pour 4,48 milliards de dollars d’acier vers l’UE, un montant légèrement supérieur aux exportations vers les États-Unis (4,35 milliards de dollars).
Dans le cadre de l’accord de libre-échange (ALE) entre la Corée et l’UE, en vigueur depuis 2011, les exportations d’acier coréen bénéficiaient généralement d’une exonération de droits de douane. Depuis la mise en place des mesures de sauvegarde européennes en 2018, la Corée disposait de quotas spécifiques. Le gouvernement coréen fera valoir ses intérêts auprès de Bruxelles : « Comme l’UE a déclaré qu’elle tiendrait compte de ses pays partenaires de l’accord de libre-échange lors de l’attribution des quotas, la Corée s’efforcera d’obtenir la part la plus élevée possible par le biais de négociations bilatérales », a précisé le ministère. Le ministre du Commerce, Yeo Han-koo, doit d’ailleurs rencontrer le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, pour exprimer les préoccupations coréennes.
La Commission européenne a justifié sa décision en affirmant que l’exclusion des importations de ses partenaires ALE n’était pas envisageable, ceux-ci représentant deux tiers des importations totales et contribuant à la surcapacité. Une telle exclusion rendrait la mesure inefficace. Néanmoins, la réduction du contingent global risque de pénaliser les volumes alloués à la Corée, dont environ 2,63 millions de tonnes d’acier sur un total de 3,8 millions exportées vers l’UE au cours de l’année jusqu’en juin, avaient bénéficié du quota sans droits de douane.
La nouvelle politique européenne vient s’ajouter aux défis déjà existants pour les sidérurgistes coréens : montée du protectionnisme mondial, réglementations environnementales plus strictes et concurrence des produits chinois à bas prix. Aux États-Unis, par exemple, l’instauration de droits de douane de 50 % sur l’acier coréen en août dernier a entraîné une chute de 25,9 % des exportations coréennes vers ce marché. La Corée dispose cependant d’un an avant l’application des mesures européennes pour négocier fermement ses conditions, en s’appuyant sur son ALE, comme l’a suggéré Kim Tae-hwang, professeur de commerce international à l’Université Myongji, citant l’exemple des pays de l’AELE qui ont obtenu des exemptions.