La cruauté du baseball : les Blue Jays échappent une Série mondiale aux mains des Dodgers
Les Blue Jays de Toronto ont vu leurs espoirs de sacre s’envoler de manière spectaculaire samedi soir, subissant une défaite déchirante face aux Dodgers de Los Angeles lors du septième match de la Série mondiale. Une défaite qui, pour les Torontois, fut particulièrement cruelle, tant les circonstances de leur déclin ressemblaient à une véritable tragédie sportive.
Au cœur de cette déroute, un seul lancer, un seul coup de circuit, a inversé le cours de l’histoire. Alors qu’ils n’étaient qu’à deux retraits de remporter leur troisième Série mondiale et de mettre fin à une disette de 32 ans, les Blue Jays ont vu leur avance s’évaporer. En début de neuvième manche, le releveur Jeff Hoffman, en voulant lancer un curseur, a vu sa trajectoire être interceptée par Miguel Rojas des Dodgers. Ce coup de canon a transformé un avantage de 4-3 pour Toronto en une égalité de 4-4. Pourtant, juste avant ce coup de massue, les chances de victoire des Blue Jays étaient estimées à 91,3 %. Le circuit de Rojas a fait chuter ce pourcentage aux alentours de la cinquantaine, avant qu’il ne remonte légèrement en fin de neuvième.
Malgré le retour des Dodgers, Toronto a eu l’opportunité de reprendre l’avantage. En fin de neuvième, Bo Bichette a frappé un simple, plaçant les buts en position d’être remplis. Isiah Kiner-Falefa, appelé pour frapper en pinch-hitter, a été victime d’un retrait, suivi par une marche accordée à Addison Barger face au lanceur des Dodgers, Blake Snell. Le point potentiel de la victoire était alors à un pas. La tension est montée d’un cran lorsque Alejandro Kirk a été atteint par un lancer, remplissant les buts pour la deuxième soirée consécutive. À ce stade, les chances de titre des Blue Jays étaient remontées à 83,2 %.
Dans cette mêlée sous pression, le gérant des Dodgers, Dave Roberts, a effectué un changement stratégique. Andy Pages a cédé sa place à Tommy Edman au champ centre, dans l’espoir de maximiser la puissance de bras de Pages. La suite des événements a vu Daulton Varsho frapper une balle roulante vers Miguel Rojas. Ce dernier a habilement relancé vers le marbre juste à temps pour forcer Isiah Kiner-Falefa à sortir de son élan, scellant le retrait. La séquence a été révisée, mais la décision a été maintenue : Will Smith avait bien placé son pied sur la plaque avant le coureur.
Ce qui rend cette action encore plus amère pour les fans torontois, c’est qu’une meilleure prise de position d’Isiah Kiner-Falefa depuis le troisième but aurait pu rendre ce jeu sans objet. Les buts étant toujours remplis, Ernie Clement a frappé une balle profonde vers le champ gauche-centre. Un tir qui, dans bien d’autres stades de la MLB, aurait pu se transformer en grand chelem, effaçant potentiellement la mauvaise performance attendue (un BA de 0,380). Mais le destin en a décidé autrement. Andy Pages, revenu en jeu, a réussi une spectaculaire prise à la limite de la clôture, privant Clement et les siens d’un triomphe.
Ce geste de Pages a probablement scellé le sort des Blue Jays, qui ont vu le match basculer en manches supplémentaires. Les Dodgers ont finalement pris l’avantage au 11e manche grâce à un circuit de Will Smith, avant de bloquer un point égalisateur au troisième but.
La cruauté de cette manche décisive du match 7 ne fait que rappeler la douleur ressentie lors du sixième match. Les Blue Jays avaient déjà subi une neuvième manche éprouvante, marquée par une balle coincée entre le mur et la piste d’avertissement, qui avait coûté le point égalisateur. Cette séquence, aujourd’hui, pourrait être considérée comme l’ancêtre du spectaculaire sauvetage d’Andy Pages.
Si les Blue Jays avaient remporté le match 7, ces déceptions auraient été rapidement oubliées. Si la défaite avait été moins dramatique, la tournure du match 6 aurait certainement marqué les esprits durablement. Mais c’est la brutalité de la neuvième manche du match 7 qui éclipse désormais le souvenir du match 6. Une douleur si vive qu’elle rend les autres souffrances presque insignifiantes.
Au lieu de célébrer avec le trophée et le champagne, les Blue Jays ont ainsi assisté à l’un des plus grands retours dans un match 7 de l’histoire, permettant aux Dodgers de devenir la neuvième équipe à remporter les deux dernières manches d’une Série mondiale à l’extérieur. Toronto, de son côté, devient la septième équipe à perdre une série éliminatoire après avoir mené au neuvième manche d’un match décisif potentiel. Sur les 102 équipes ayant connu une telle situation, toutes les autres avaient gagné. Pour les partisans torontois, cette défaite laissera une cicatrice profonde. Le baseball, cette merveille quand il n’est pas cruel, a une fois de plus montré son visage impitoyable.