Publié le 2024-06-17 10:00:00. La question de la plus grande équipe de l’histoire du cricket ODI suscite un débat passionné, opposant deux époques dorées à une puissance émergente. L’Inde de Rohit Sharma, malgré une fin abrupte, s’invite dans la conversation aux côtés des légendaires Antilles de Clive Lloyd et de l’Australie de Ricky Ponting.
- L’Inde de Rohit Sharma, avec un ratio victoires/défaites de 3,500, se classe juste derrière les Antilles de Clive Lloyd (3,555) et l’Australie de Ricky Ponting (3,235) dans l’histoire des capitaines ODI les plus performants.
- Malgré une défaite en finale de la Coupe du monde 2023, la domination récente de l’Inde sous Sharma justifie sa place dans la discussion sur les meilleures équipes de tous les temps.
- L’avenir du cricket ODI indien se profile sous la houlette de Shubman Gill, mais la présence continue de Virat Kohli et Rohit Sharma, véritables piliers, complique la transition.
Déterminer la plus grande équipe de l’histoire du cricket en format ODI (One Day International) est un exercice périlleux, non par manque de candidats, mais par la force des prétendants. Au sommet de la discussion, deux formations se détachent : les Antilles de Clive Lloyd, et l’Australie de Ricky Ponting. Ces deux équipes ont marqué l’histoire en remportant des titres mondiaux consécutifs et en affichant des bilans écrasants, avec plus de trois fois plus de victoires que de défaites.
Les statistiques corroborent cette domination. Clive Lloyd et Ricky Ponting se placent respectivement aux première et troisième places des capitaines ayant dirigé au moins 20 rencontres ODI, avec des ratios victoires-défaites impressionnants de 3,555 et 3,235. Ce classement place l’Inde de Rohit Sharma, avec un ratio de 3,500 (42 victoires pour 12 défaites en 56 matchs), juste entre ces deux géants.
Bien que l’Inde de Rohit Sharma n’ait pas régné sur le cricket mondial sur une période aussi longue que les West Indies ou l’Australie de Ponting, sa performance récente est indéniable. Un bilan de 15 victoires pour une seule défaite lors des deux dernières Coupes du monde témoigne de sa force, malgré la défaite en finale du 19 novembre 2023 face à l’Australie. La simple évocation de cette équipe aux côtés des deux formations de légende souligne son exceptionnel niveau de jeu.
Il est désormais temps de parler de l’Inde de Rohit Sharma au passé, car le flambeau passe à Shubman Gill. À 26 ans, il est déjà capitaine dans deux formats internationaux et vice-capitaine dans le troisième, s’affirmant comme le visage du cricket indien. Cependant, ces derniers temps, ce sont les promotions télévisées pour la prochaine série ODI en Australie qui ont mis en lumière une autre figure : Virat Kohli. Même les publicités pour la Coupe du monde féminine font référence à Kohli et au numéro 18 qu’il partage avec Smriti Mandhana.
Malgré qu’il n’ait plus été capitaine depuis près de quatre ans et qu’il ait pris sa retraite de deux formats, l’empreinte de Virat Kohli sur le cricket indien demeure. En parallèle, l’ère Rohit Sharma continue d’influencer le jeu, comme en témoignent leurs performances récentes. Kohli, en tête des meilleurs marqueurs lors du Trophée des Champions, et Rohit, menant l’Inde à la victoire en finale, prouvent qu’ils sont toujours des acteurs majeurs.
La présence de Kohli et Rohit dans l’équipe ODI de l’Inde, malgré les signaux envoyés par le comité de sélection quant à une transition future, n’est pas surprenante. S’ils ne sont plus actifs dans les autres formats, leur talent et leur influence dans le jeu le plus court ne faiblissent pas, et leur statut de légendes incontestées est indiscutable.
Si l’Inde dispose d’ouvreurs prometteurs comme Abhishek Sharma et Yashasvi Jaiswal, capables de bousculer la place de Rohit, leur capacité à reproduire en ODI, avec deux nouvelles balles, les performances fulgurantes en T20 reste à prouver. De même, si des candidats existent pour la position numéro 3, sauront-ils accumuler les points sans risque dans des situations de pression, tout en maintenant un rythme de « un run par balle », comme Kohli a su le faire jusqu’à la trentaine avancée ?
La période actuelle est délicate. Depuis le début de l’année 2024, l’Inde n’a disputé que 11 matchs ODI, le plus faible total pour une équipe, à égalité avec l’Irlande. Le calendrier s’annonce encore creux jusqu’à la saison 2025-2026, avec une série de neuf matchs seulement, dont trois en Australie en octobre. Une pause conséquente est prévue entre le 18 janvier et le 14 juillet, avant la rencontre en Angleterre.
Ces interruptions deviennent la norme pour de nombreuses équipes. L’Inde elle-même n’a pas joué d’ODI depuis la finale du Trophée des Champions le 9 mars. Comment Kohli et Rohit vont-ils gérer ces longues périodes d’inactivité, eux dont le jeu se limite désormais aux ODI et à l’Indian Premier League (IPL) ? Seront-ils motivés à jouer du cricket domestique pour maintenir leur forme, alors qu’ils visent la Coupe du monde ODI d’octobre 2027, où Kohli aura 37 ans et Rohit 40 ?
Avec un calendrier ODI aussi intermittent, l’Inde devra jongler entre deux impératifs. D’une part, tirer le meilleur parti de ce que Rohit et Kohli ont encore à offrir. D’autre part, laisser place aux jeunes talents pour qu’ils s’aguerrissent, au cas où un remplacement serait nécessaire lors de la prochaine Coupe du monde. Comment concilier ces deux objectifs ?
La période précédant la Coupe du monde 2011 offrait un précédent. Sachin Tendulkar, par exemple, n’avait participé qu’à 38% des ODI de l’Inde durant cette période, soit 22 matchs, mais avait maintenu une moyenne impressionnante de 66,05. Aujourd’hui, personne ne joue autant d’ODI à une fréquence comparable.
C’est pourquoi cette période pourrait aussi s’avérer délicate pour Shubman Gill. Il doit déjà composer avec un groupe restreint de joueurs évoluant dans les trois formats. Avec des responsabilités de leadership accrues, les occasions de repos pourraient se faire rares.
En tant que capitaine ODI d’une équipe dont le calendrier est clairsemé, Gill pourrait manquer de temps pour définir et mettre en œuvre sa vision du onze idéal. Et pendant qu’il navigue dans ces eaux, il sera entouré par deux anciens capitaines influents.
Malgré ces défis, cette période pourrait paradoxalement être idéale pour l’émergence d’un nouveau capitaine en ODI. Rohit Sharma lègue à Gill une équipe déjà au sommet, capable de rivaliser avec les plus grands de l’histoire. Il lui transmet une formation dont le dernier fait d’armes fut un Trophée des Champions remporté sans vraiment forcer.
Plus important encore, il laisse une équipe dotée d’une qualité et d’une expérience remarquables. Même en retirant Rohit et Kohli, Gill pourra compter sur des joueurs de talent tels que Shreyas Iyer, KL Rahul, Hardik Pandya, Axar Patel, Ravindra Jadeja, Kuldeep Yadav, Jasprit Bumrah et Mohammed Siraj, sans oublier une jeune garde prometteuse.
Le dilemme de l’équipe ODI indienne, et ce depuis au moins trois ans, réside là : malgré des inquiétudes légitimes, celles-ci s’estompent dès que l’on compare l’effectif aux autres nations.