Publié le 6 février 2026 à 15h45. La distribution, et notamment la grande surface, est à la croisée des chemins en Corée du Sud. Alors que le gouvernement envisage d’assouplir les règles d’ouverture pour les livraisons en ligne, les petits commerçants s’inquiètent d’une concurrence accrue et d’une érosion de leurs revenus.
- Le gouvernement sud-coréen étudie la possibilité d’autoriser les livraisons de produits alimentaires et autres articles de grande consommation tôt le matin, via les plateformes en ligne des supermarchés.
- Cette mesure s’accompagnerait du maintien des fermetures obligatoires deux fois par mois pour les magasins physiques.
- Les petits commerçants s’opposent fermement à cette initiative, craignant une concurrence déloyale et une perte de parts de marché.
La situation des hypermarchés en Corée du Sud est en mutation. Alors que les ventes des grandes surfaces traditionnelles sont en baisse constante, le commerce en ligne connaît une croissance à deux chiffres, captant une part de plus en plus importante du marché. Les chiffres de l’île de Jeju illustrent cette tendance : l’indice des ventes des hypermarchés a chuté de 8,7 % en décembre 2025, atteignant 84,6, et ce déclin se poursuit depuis onze mois consécutifs.
Selon les autorités gouvernementales, l’objectif de cette réforme est de permettre aux distributeurs traditionnels de mieux concurrencer les géants du commerce en ligne. Cependant, les restrictions concernant l’utilisation des magasins physiques comme plateformes logistiques urbaines restent en place. L’amendement proposé vise à lever les contraintes sur les commandes, l’emballage et la livraison en ligne, tout en maintenant le cadre réglementaire existant pour les magasins physiques.
Cette évolution s’accompagne d’un changement structurel dans les habitudes de consommation. Les ventes d’articles de base tels que les vêtements, les cosmétiques, les appareils électroménagers et les produits alimentaires diminuent dans les hypermarchés, tandis que les ventes de chaussures, de sacs et d’articles de loisirs restent relativement stables, voire augmentent légèrement. Les consommateurs sud-coréens se tournent de plus en plus vers les achats en ligne, y compris pour les produits frais, grâce à l’expansion des services de livraison.
Les petits commerçants, regroupés en associations, ont exprimé leur vive opposition à cette réforme lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale le 6 février. Ils craignent que cette mesure ne conduise à un monopole des grandes entreprises et ne mette en péril leur survie. Ils soulignent que la loi actuelle sur le développement du secteur de la distribution constitue une protection minimale pour les petits commerçants et que sa déréglementation pourrait avoir des conséquences désastreuses.
« Contrairement à la justification de la protection des marchés traditionnels, les réglementations actuelles sont structurées pour promouvoir uniquement les grandes plateformes »,
Responsable de l’industrie
Ils demandent au gouvernement de se concentrer sur la lutte contre les pratiques monopolistiques et déloyales des plateformes en ligne, plutôt que de favoriser la concurrence entre les grandes surfaces et les petits commerçants. Certains envisagent même de déposer un recours constitutionnel si le gouvernement maintient son projet de réforme.
Parallèlement à cette baisse de la consommation, les industries locales de Jeju ont enregistré une augmentation de leur production en décembre 2025 (+5,1 % par rapport à l’année précédente). Cependant, les expéditions ont diminué de 4,2 %, ce qui a entraîné une augmentation des stocks (+15 %). Cette situation pourrait exercer des pressions sur les entreprises pour qu’elles ajustent leur production à l’avenir.
Les experts soulignent que l’impact de cette réforme sera variable selon la structure de chaque entreprise. La capacité à transformer un magasin en base de livraison ou le degré d’intégration avec les canaux en ligne seront des facteurs déterminants. Certains opérateurs économiques estiment qu’une approche prudente est nécessaire pour évaluer si l’expansion de la livraison tôt le matin permettra réellement de relancer les ventes.
« Chaque fois que l’on parle de déréglementation, le fardeau s’est déplacé vers les districts commerciaux locaux. Je crains que cela n’aboutisse à nouveau à un transfert de responsabilité au nom de la concurrence. »
Responsable du secteur local des petites entreprises
Kim Ji-hoon, journaliste à JIBS Jeju Broadcasting (jhkim@jibs.co.kr)