Le M23 instaure une administration parallèle dans l’Est de la RDC, remplaçant les autorités congolaises et créant son propre système judiciaire. L’économie locale vacille face à cette nouvelle réalité imposée par le groupe armé.
Alors que les groupes d’autodéfense « Wazalendos », alliés à l’armée congolaise, opposent une résistance, le M23 poursuit son avancée implacable dans l’est de la République Démocratique du Congo. De nombreuses localités sont tombées sous son contrôle, dont Kirumba. Après s’être emparé de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, en janvier, le mouvement a étendu son emprise jusqu’à Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, un mois plus tard.
Face à l’approche du M23, les autorités congolaises ont, dans la majorité des cas, pris la fuite, laissant au groupe armé le champ libre pour organiser une administration parallèle. Celle-ci couvre désormais tous les aspects de la vie locale, de la délivrance des permis de construire au maintien de l’ordre, en passant par la gestion des lucratives ressources minières de la région. Certains fonctionnaires congolais, ayant déserté leurs postes, ont rejoint les rangs du Front de Coalition Africaine (AFC)/M23, travaillant désormais directement pour ces groupes armés. Dans d’autres cas, les représentants de l’État récalcitrants ont été démis de leurs fonctions. Selon un rapport des Nations Unies, les dirigeants de la société civile et les chefs coutumiers sont devenus la cible de traques, de menaces, voire de remplacements. À Nyiragongo, Ephrem Kabasha, administrateur de l’AFC/M23, est accusé d’avoir enlevé et torturé des figures de la société civile. Parallèlement, des édifices publics ont été occupés, et des archives détruites, effaçant ainsi la mémoire institutionnelle et les registres fonciers. Ces actes s’inscrivent dans le cadre de projets de réinstallation de réfugiés congolais du Rwanda vers le Nord et le Sud-Kivu.
Dans les zones sous occupation, les écoles publiques et les centres de santé fonctionnent de manière très limitée. Si certains fonctionnaires congolais conservent leurs postes et continuent de percevoir leur salaire, des pans entiers de l’administration ont cessé toute activité, à l’image des banques publiques. De nombreuses organisations de la société civile ont également dû fermer leurs portes.
Le 12 août, l’AFC/M23 a annoncé la mise en place de son propre système judiciaire sur les territoires qu’elle contrôle. Dans une déclaration commune, Bertrand Bisimwa, président civil et chef politique du M23, et Nangaa de l’AFC ont désigné les 25 membres d’une commission chargée d’établir des cours et tribunaux sur les terres saisies au cours du conflit. « Après plus de six mois de sécurité et de stabilisation sociale, la restauration de l’autorité judiciaire est une priorité stratégique », ont-ils déclaré.
Depuis son arrivée à Kirumba, il y a plus d’un an, l’AFC/M23 ne semble pas particulièrement préoccupée par la collecte des impôts. Dans ce vide administratif, les habitants qui souhaitent construire des structures permanentes le font sans permis de l’AFC/M23. Des projets de construction, initiés sous le régime gouvernemental mais interrompus par la guerre, ont repris. Aujourd’hui, un mélange de constructions résidentielles et commerciales est observable dans presque tous les quartiers de Kirumba.
Cependant, l’approche administrative de l’AFC/M23 varie selon les localités. À Goma, par exemple, les commerçants dénoncent déjà des taxes exorbitantes imposées par le groupe armé. La guerre a, par ailleurs, paralysé des secteurs économiques majeurs. La fermeture des banques lors de la prise de Goma et Bukavu par le M23 témoigne de cette déstabilisation. En juillet, selon le Groupe d’experts des Nations Unies, aucune institution bancaire n’opérait sur le territoire contrôlé par l’AFC/M23.
Parallèlement aux actions militaires, des efforts diplomatiques sont en cours depuis plusieurs mois pour résoudre la crise. Le gouvernement congolais exige le retrait total du M23. L’accord RDC-Rwanda, signé à Washington DC en juin, visait à apaiser les tensions entre les deux pays. Dans la foulée, la Déclaration de principes RDC-M23, paraphée à Doha en juillet sous l’égide du Qatar, appelait à un cessez-le-feu et esquissait une feuille de route pour des négociations bilatérales qui devaient débuter en août. Depuis, les deux parties s’accusent mutuellement d’avoir violé cet accord par des attaques.