Publié le 9 octobre 2025. Une nouvelle étude révèle les enjeux majeurs de la transmission d’entreprises en Allemagne, dressant un portrait réaliste des défis et opportunités. Alors que la « vague de successeurs » devient une réalité, le rapport met en lumière la nécessité d’une meilleure préparation des repreneurs et d’une gestion fine des attentes lors des cessions.
- Le transfert de pouvoir s’intensifie entre 60 et 65 ans, l’âge moyen des repreneurs atteignant 63 ans.
- Seulement 21 % des repreneurs sont des femmes, avec des disparités sectorielles notables (hommes dans l’industrie, femmes dans la santé).
- Deux ans après la reprise, 68 % des entreprises retrouvent, voire dépassent, leur niveau de chiffre d’affaires, mais la rentabilité progresse plus lentement.
- Le financement reste un point critique, souvent bloqué par des écarts entre les fonds propres des acheteurs et les attentes de prix des vendeurs.
Pour la première fois, ce rapport, basé sur l’analyse de plus de 9 000 transmissions d’entreprises réelles entre 2014 et 2025, offre des données concrètes sur les mutations générationnelles dans le monde des affaires. Le succès d’une transmission dans le tissu des PME allemandes repose sur l’alignement de la préparation, du financement et d’un réalisme pragmatique. Les successeurs doivent non seulement maintenir les ventes, mais aussi assurer la stabilité des bénéfices et orienter leur entreprise vers un avenir numérique et durable.
La pression démographique se traduit par une concentration accrue des transmissions dans la tranche d’âge 60-65 ans. La faible proportion de femmes parmi les repreneurs, limitée à 21 %, s’explique par des schémas sectoriels distincts : les hommes dominent dans l’industrie, la construction et le commerce, tandis que les femmes sont davantage présentes dans les secteurs de la santé et des services sociaux. Si la reprise du chiffre d’affaires est encourageante, atteignant ou dépassant le niveau antérieur dans près de deux tiers des cas deux ans après la transmission, la marge de profit accuse un retard significatif. Ce décalage souligne la fragilité potentielle de certaines successions, comme le souligne Michael Munsch.
« Les ventes reviennent rapidement, les marges nettement plus lentement. Deux transmissions sur trois stabilisent ou augmentent les ventes. Mais les bénéfices sont à la traîne – sans bénéfices stables, toute succession reste fragile. »
Dr. Michael Munsch, PDG de Creditreform Rating AG
Le financement constitue un obstacle récurrent. Bien que les banques et les banques de garantie soient des partenaires clés, les transactions échouent fréquemment en raison de déficits de fonds propres chez l’acheteur ou d’une surévaluation des prix par le vendeur. Guy Selbherr, président de l’Association des banques de garantie allemandes, insiste sur cette réalité :
« Le financement échoue rarement à cause des banques, mais plutôt à cause des attentes : quiconque exige des prix de vente irréalistes met en danger l’emploi et la transmission elle-même. »
Guy Selbherr, président de l’Association des banques de garantie allemandes
Holger Wassermann, responsable de l’étude à l’Université FOM, tire la sonnette d’alarme :
« La vague de successeurs n’est plus une prédiction lointaine, mais une réalité. Les transferts de pouvoir ont lieu plus systématiquement et à un plus jeune âge – mais nous avons de toute urgence besoin de successeurs plus nombreux et mieux préparés. »
Holger Wassermann, responsable de l’étude à l’Université FOM
Une étude complémentaire menée dans le Schleswig-Holstein met en lumière des spécificités régionales. Dans cette région du nord de l’Allemagne, les cédants tendent à initier le processus de transmission plus tôt. Pour les repreneurs, l’indépendance et la sécurité financière constituent les motivations principales, les attentes familiales jouant un rôle marginal. L’importance croissante de la durabilité est également soulignée, les jeunes générations de successeurs accordant une attention particulière à la gestion environnementale et énergétique.
Carsten Müller, directeur général de la Bürgschaftsbank Schleswig-Holstein, résume l’enjeu :
« La succession au Schleswig-Holstein signifie non seulement la responsabilité de ce qui existe déjà, mais aussi la possibilité de fixer de nouvelles priorités – de l’indépendance à un leadership moderne en passant par plus de durabilité. »
Carsten Müller, directeur général de la Bürgschaftsbank Schleswig-Holstein
Julia Carstens, secrétaire d’État au ministère de l’Économie du Schleswig-Holstein, voit dans ces transmissions une opportunité stratégique :
« La succession d’entreprises au Schleswig-Holstein est plus qu’un changement de génération – c’est une opportunité de rendre visibles de nouvelles perspectives, de diversifier l’entrepreneuriat et, surtout, d’ouvrir la voie aux femmes dans des rôles de leadership économique. »
Julia Carstens, secrétaire d’État au ministère de l’Économie du Schleswig-Holstein
Pour plus d’informations, consultez le site de l’Association des banques de garantie allemandes : vdb-info.de.