Publié le 9 février 2024 à 14h30. Face à l’explosion de la demande énergétique des centres de données alimentés par l’intelligence artificielle, la géothermie émerge comme une solution prometteuse, capable d’assurer une production d’électricité stable et durable, et déjà adoptée par des géants de la technologie.
- La géothermie pourrait répondre à 64 % de la demande de nouveaux centres de données aux États-Unis d’ici le début des années 2030, selon une étude récente.
- Des entreprises comme Google et Meta investissent massivement dans des projets géothermiques pour alimenter leurs infrastructures.
- L’Union européenne et plusieurs États membres développent des stratégies nationales et européennes pour encourager le déploiement de cette énergie renouvelable.
La montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA) entraîne une augmentation spectaculaire de la consommation électrique des centres de données. Selon les prévisions de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), cette consommation pourrait plus que doubler d’ici le début des années 2030. Pour répondre à ce défi, la géothermie, source d’énergie renouvelable fiable et constante, se positionne comme une alternative de plus en plus attrayante.
Une étude du Projet Espace Intérieur révèle que, si les tendances actuelles de concentration des centres de données se confirment, la géothermie pourrait couvrir jusqu’à 64 % des besoins en électricité de ces nouvelles infrastructures aux États-Unis au début des années 2030. Ce potentiel est encore plus important lorsque les centres de données sont situés à proximité de ressources géothermiques optimales.
L’IA elle-même contribue à l’essor de la géothermie. Grâce à l’analyse des données sismiques et géologiques, elle permet d’identifier plus efficacement les sites propices à l’exploitation, d’optimiser les forages et d’améliorer les performances des installations. On assiste ainsi à une boucle vertueuse où l’IA accélère le développement de la géothermie, qui à son tour alimente les applications d’IA.
Les géants de la technologie ne se contentent plus d’expérimenter la géothermie : ils la déploient à grande échelle. En 2021, Google a lancé, en partenariat avec Fervo Energy, le premier projet géothermique amélioré au monde conçu pour alimenter un centre de données. Plus récemment, Meta a signé un accord de 150 mégawatts avec Sage Geosystems aux États-Unis. À ce jour, aucune coopération similaire n’a été annoncée en Europe.
Aux États-Unis, la géothermie est désormais pleinement intégrée aux politiques énergétiques. La loi sur la réduction de l’inflation a élargi les crédits d’impôt pour l’investissement et la production d’électricité géothermique, offrant ainsi des incitations économiques claires aux promoteurs. Le soutien à la géothermie est également bipartisan, en raison de son potentiel à mobiliser des compétences issues des industries pétrolières et gazières et à fournir une source d’énergie continue.
En Europe, plusieurs pays, dont l’Autriche, la Croatie, la France, la Hongrie, l’Irlande et la Pologne, ont élaboré des plans nationaux pour soutenir les investissements dans la géothermie, notamment en finançant des projets pilotes et en renforçant les chaînes d’approvisionnement locales.
Au niveau européen, une dynamique se met en place plus récemment. En 2024, le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen ont tous deux exprimé leur soutien à l’accélération du déploiement de la géothermie et ont proposé la création d’une alliance européenne pour la géothermie, qui serait mise en œuvre par la Commission européenne. La géothermie s’inscrit pleinement dans les priorités de l’UE en matière de compétitivité, de sécurité énergétique et de décarbonation industrielle, et le prochain plan d’action européen pour la géothermie est donc une étape essentielle.
Pour que cette reconnaissance stratégique se traduise en déploiement concret, il est crucial que la géothermie soit intégrée dans les politiques énergétiques européennes plus larges. Dans ce contexte, trois axes prioritaires se dégagent : réduire les risques d’investissement grâce à des outils partagés d’atténuation et à un financement ciblé de l’UE ; simplifier les procédures réglementaires et faciliter l’accès aux données géologiques ; et enfin, reconnaître pleinement la valeur de la géothermie dans la conception du marché de l’électricité, la planification énergétique et les modèles climatiques de l’UE, en tenant compte de son rôle de source d’énergie fiable et à faible émission de carbone.