Une nouvelle pièce de théâtre, « Sylvia Sylvia Sylvia », jouée au Geffen Playhouse de Los Angeles, explore les échos du passé et les tourments de la création artistique en confrontant le couple mythique Sylvia Plath et Ted Hughes à un couple de romanciers contemporains. L’œuvre, qui a débuté jeudi, peine cependant à trouver son rythme et à offrir une expérience théâtrale pleinement satisfaisante.
La pièce se déroule en deux époques : 1958, à Boston, avant la naissance des enfants du couple Plath-Hughes, et le présent. Sylvia (Marianna Gailus) et Ted (Cillian O’Sullivan) sont en pleine ascension littéraire, mais déjà confrontés aux problèmes qui les mèneront à la séparation. Parallèlement, Sally (Midori Francis) et Theo (Noah Keyishian), des écrivains mariés d’aujourd’hui, vivent dans le même appartement à Beacon Hill et sont aux prises avec des difficultés similaires : rivalité professionnelle, tensions conjugales et problèmes de santé mentale.
Sally, dont le premier roman a connu un succès immédiat, est en proie au doute et à l’angoisse face à l’échéance de son second livre, un projet consacré à Plath et Hughes. Elle confie à Theo : « Je dois terminer le manuscrit. Si je ne peux pas y arriver en vivant dans leur appartement, je devrais honnêtement me tuer. » Cette phrase révèle la fragilité psychologique de Sally, qui la pousse à remettre en question la réalité de Sylvia et Ted : sont-ils des fantômes, des hallucinations ou de simples créations littéraires ?
Cependant, la pièce souffre d’un manque de cohérence. L’écriture, encore en chantier, peine à trouver son équilibre. La structure en deux époques, bien qu’ambitieuse, nuit au rythme et à la fluidité du récit. Les personnages de Plath et Hughes, bien que présents dès le début, apparaissent artificiels et peu convaincants. Cillian O’Sullivan a du mal à maintenir un accent cohérent pour son rôle de Ted Hughes, tandis que Marianna Gailus propose une interprétation de Sylvia Plath qui rappelle davantage les créations de Ryan Murphy qu’une représentation subtile et nuancée.
Les scènes entre Sally et Theo, bien que plus crédibles, sont marquées par une dynamique tendue et des échanges acerbes. Theo, qui vient de remporter un prix littéraire prestigieux et se voit proposer un poste à l’université Columbia, tente d’être compréhensif et soutenant, mais Sally ne parvient pas à trouver le réconfort dont elle a besoin. Sa frustration, exacerbée par une récente fausse couche et ses problèmes psychiatriques, la conduit à une phase maniaque, alimentée par des nuits blanches et une alimentation déséquilibrée. Theo, terrifié par la possibilité d’un nouveau geste désespéré, observe impuissant sa descente aux enfers.
Beth Hyland, l’auteure de la pièce, parvient à souligner les parallèles entre les deux couples. Son Ted Hughes est dépeint comme un personnage patriarcal, dominateur et manipulateur. Theo, plus conscient des enjeux psychologiques, possède néanmoins ses propres faiblesses qui irritent Sally, plus émancipée que Sylvia, mais moins sûre d’elle sur le plan professionnel et tout aussi instable.
La mise en scène, signée Jo Bonney, tente de dynamiser l’ensemble par des effets visuels et sonores, notamment l’apparition de Sylvia sortant d’un réfrigérateur et l’utilisation d’un éclairage rouge pour symboliser la spirale infernale de Sally. Mais ces artifices ne parviennent pas à masquer le manque de profondeur et de cohérence de l’œuvre. La pièce, selon les critiques, « s’éteint d’elle-même » sans parvenir à offrir une résolution satisfaisante.
« Sylvia Sylvia Sylvia » est présentée au Gil Cates Theater du Geffen Playhouse, situé au 10886 Le Conte Ave., à Los Angeles, jusqu’au 8 mars. Les billets, dont le prix varie de 45 à 139 dollars (sous réserve de modifications), sont disponibles au (310) 208-2028 ou sur le site www.geffenplayhouse.org. La durée du spectacle est d’1 heure et 45 minutes, sans entracte.