Home International Syrie : des femmes alaouites racontent à la BBC les détails de leur enlèvement et de leur agression

Syrie : des femmes alaouites racontent à la BBC les détails de leur enlèvement et de leur agression

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Publié le 2024-12-04 14:35:00. Des dizaines de femmes, majoritairement issues de la communauté alaouite en Syrie, auraient été enlevées depuis la chute du régime de Bachar al-Assad, victimes d’enlèvements, de violences sexuelles et de menaces, dans un contexte de tensions sectaires persistantes.

  • Plus de 80 femmes auraient disparu, selon un groupe de pression féministe syrien.
  • Des témoignages font état de violences sexuelles, de menaces et de tentatives de rançon.
  • Les autorités syriennes nient l’existence d’un phénomène systématique, mais reconnaissent un cas d’enlèvement.

Des témoignages poignants révèlent un schéma inquiétant d’enlèvements visant des femmes de la communauté alaouite en Syrie. Ces disparitions, documentées par plusieurs organisations de défense des droits humains, s’inscrivent dans un contexte de conflit et de tensions sectaires exacerbées depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024. Le lobby féministe syrien, un groupe de défense des droits des femmes, affirme avoir recensé des informations concernant la disparition de plus de 80 femmes, dont 26 cas ont été vérifiés comme des enlèvements.

Ramia, une jeune femme de la campagne de Lattaquié, raconte avoir été enlevée alors qu’elle préparait un pique-nique avec sa famille. Elle décrit l’arrivée soudaine d’une voiture blanche et de trois hommes armés se présentant comme des membres des forces de sécurité.

« La voiture est partie dans la direction opposée à notre maison, puis nous avons quitté le village. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé qu’ils m’avaient kidnappée. »

Ramia, victime d’enlèvement

Ramia témoigne avoir été battue et interrogée sur son appartenance religieuse. Elle a ensuite été emmenée à Idlib, contrainte de porter le niqab et enfermée dans une pièce souterraine. Son récit, comme ceux d’autres femmes, met en lumière la brutalité et l’humiliation subies par les victimes.

Nesma, une mère de famille d’une trentaine d’années, a également été enlevée dans la campagne de Lattaquié. Elle a été retenue captive pendant sept jours dans une installation industrielle, interrogée sur les liens de son village avec l’ancien régime.

« Ils me lançaient des insultes sectaires et disaient que les femmes alaouites avaient été créées pour être des esclaves. »

Nesma, victime d’enlèvement

Nesma a été victime de violences sexuelles répétées. D’autres femmes, comme Lynn, ont subi des violences similaires, selon le témoignage de leur mère. Dans certains cas, les ravisseurs ont pris des photos des victimes, menaçant de les utiliser à des fins de chantage ou de vente.

Les autorités syriennes nient l’existence d’un enlèvement systématique. Lors d’une conférence de presse début novembre, le ministère de l’Intérieur a reconnu un seul cas d’enlèvement. Cependant, une source de sécurité dans une région côtière syrienne, souhaitant rester anonyme, a confirmé à la BBC que des cas d’enlèvements avaient eu lieu, indiquant que des enquêtes avaient été ouvertes et que des mesures avaient été prises pour licencier les personnes impliquées, y compris du personnel de sécurité.

Les témoignages recueillis par la BBC soulèvent des questions sur les motivations de ces enlèvements. Certains experts estiment qu’il ne s’agit pas d’une politique systématique d’esclavage, mais plutôt d’actes criminels isolés motivés par la vengeance, le chantage ou des considérations idéologiques extrémistes. Hossam Jazmati, chercheur et écrivain spécialisé dans les groupes islamiques, estime que traiter les femmes kidnappées comme des « esclaves » relève davantage de « méchanceté, de ridicule et d’intimidation verbale ».

Yamen Hussein, journaliste et militant des droits humains, souligne quant à lui l’existence d’une structure idéologique sous-jacente, basée sur la considération des Alaouites comme une communauté vaincue. Le lobby féministe syrien confirme cette analyse, affirmant que les témoignages documentés « indiquent la présence d’une dimension idéologique religieuse extrémiste dans de nombreux cas d’enlèvement ».

Les femmes qui ont réussi à rentrer chez elles sont confrontées à des traumatismes profonds et à des difficultés d’intégration. Certaines ont été victimes de menaces et de pressions pour modifier leurs témoignages. Amnesty International dénonce le manque d’enquêtes efficaces et la nécessité de traduire les responsables en justice. Christine Beckerley, directrice régionale adjointe d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, a déclaré que les témoignages des survivants faisaient état de « types de préjudices qui vont au-delà de l’enlèvement lui-même ».

La peur et le silence pèsent sur les familles des victimes. Ali, dont la femme Nour a été enlevée, exprime son désespoir et son sentiment d’impuissance.

« Nous sommes toujours sous le choc et avons peur de la vengeance du ravisseur. »

Ali, mari d’une victime d’enlèvement

Les associations de défense des droits humains appellent à une enquête indépendante et à la protection des communautés vulnérables. La situation des femmes alaouites enlevées en Syrie reste une tragédie humanitaire qui nécessite une attention urgente et une réponse adéquate.

Image d'une manifestation appelant à la protection des Alaouites.

source d’images, Getty Images

Légende de la photo, Des manifestants ont appelé à une meilleure protection des communautés alaouites.

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