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La nutrition dans les soins de santé offre des opportunités de croissance et d’innovation pour l’industrie

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Publié le 2024-02-29 10:30:00. L’Association internationale des médecins pour la nutrition (PAN) plaide pour une intégration plus poussée de la science de la nutrition dans les politiques de santé publique, estimant que cette approche est essentielle pour encourager une alimentation saine et responsabiliser les professionnels de santé.

  • La PAN recommande d’aligner les normes, les incitations et les mécanismes de responsabilisation sur les stratégies de prévention et d’alimentation saine.
  • L’industrie agroalimentaire est invitée à innover et à reformuler ses produits pour proposer des alternatives plus nutritives.
  • Des obstacles liés aux cloisonnements entre les différents ministères et agences gouvernementales freinent l’harmonisation des politiques.

Une intégration renforcée de la nutrition dans les politiques de santé pourrait transformer la demande pour des ingrédients fonctionnels, des aliments enrichis, des protéines végétales et des aliments destinés à des besoins médicaux spécifiques, selon l’Association internationale des médecins pour la nutrition (PAN). L’organisation appelle à une approche plus globale, où la nutrition ne serait plus envisagée comme un simple complément aux soins, mais comme un pilier central de la prévention et du bien-être.

« Dans les établissements de soins, nous constatons un schéma récurrent : les patients souhaitent adopter un mode de vie sain, mais l’environnement alimentaire actuel rend souvent les choix sains difficiles », explique le Dr Roberta Alessandrini, directrice de l’initiative sur les recommandations alimentaires à la PAN. « Si la nutrition est correctement intégrée aux soins de santé, nous pourrons aborder cette question de manière cohérente et précoce, avant que des problèmes de santé ne se manifestent. »

Cette évolution devrait, selon elle, stimuler la demande pour des produits nutritionnels axés sur la prévention et le traitement des maladies. « Les produits doivent compléter une alimentation équilibrée, et non la remplacer », précise-t-elle. « Nous pouvons nous attendre à une demande accrue pour des aliments végétaux peu transformés, tels que les fruits, les légumes, les céréales complètes, les légumineuses et les noix, à mesure que les professionnels de santé encourageront davantage leur consommation. »

Le Dr Alessandrini souligne également l’intérêt de développer des sources de protéines alternatives de haute qualité nutritionnelle, comme le tofu, le tempeh, le seitan, ou encore des alternatives à la viande à base de plantes, telles que les burgers aux haricots ou les protéines végétales texturées. Elle nuance toutefois l’image parfois négative associée à ces produits ultra-transformés, en soulignant que des études récentes démontrent qu’ils peuvent contribuer à une bonne santé à long terme.

Elle insiste également sur l’importance d’enrichir correctement les aliments avec des nutriments essentiels, tels que la vitamine B12, l’iode, le fer et la vitamine D, en veillant à ce que les informations sur ces enrichissements soient claires et accessibles aux consommateurs.

« Si la nutrition devient partie intégrante des soins de santé, l’opportunité est réelle, mais les attentes le sont tout autant. Les produits devront gagner la confiance des professionnels de santé grâce à des preuves scientifiques solides, à la transparence et à un alignement sur les recommandations nutritionnelles, y compris en matière de santé planétaire. »

Roberta Alessandrini, directrice de l’initiative sur les recommandations alimentaires à la PAN

Federica Amiconi, responsable des affaires publiques de l’UE à la PAN, met en évidence les obstacles à l’harmonisation des politiques de santé, de nutrition et d’agriculture. « La santé, l’agriculture, ainsi que les politiques économiques et industrielles ont longtemps été élaborées séparément, par différents ministères et agences, avec des objectifs et des échéances distincts », explique-t-elle. « Cette fragmentation rend difficile la mise en œuvre de politiques cohérentes. »

Pour surmonter ces obstacles, elle préconise une collaboration intersectorielle accrue, avec des objectifs partagés au sein du gouvernement, une meilleure coordination entre les ministères et une approche inclusive impliquant les acteurs de la santé publique, de l’agriculture, de l’industrie et de la société civile dès le début du processus décisionnel.

« L’industrie agroalimentaire peut jouer un rôle constructif dans cette transition en alignant le développement de ses produits sur les objectifs de santé publique », souligne Federica Amiconi. Elle suggère notamment de reformuler les produits existants pour réduire leur teneur en sel, en sucre et en graisses saturées, tout en privilégiant les ingrédients nutritifs et les formulations plus saines.

L’industrie peut également contribuer à instaurer la confiance des consommateurs en adoptant des normes claires et comparables, et en assurant une transparence totale sur la composition de ses produits.

L’intégration de la nutrition dans les politiques de santé se heurte également à la complexité des réglementations internationales, qui varient considérablement d’un pays à l’autre. « Cette fragmentation des directives alimentaires crée des difficultés pour les fournisseurs multinationaux de produits alimentaires et d’ingrédients, qui doivent adapter leurs formulations et leurs chaînes d’approvisionnement à chaque marché », explique le Dr Alessandrini.

« Il est difficile de gérer plusieurs normes, mais il est également difficile de justifier pourquoi certaines populations se retrouvent avec des produits moins sains, simplement parce que les réglementations sont moins strictes », ajoute-t-elle.

En attendant une harmonisation internationale, elle encourage les entreprises à adopter des normes nutritionnelles internes plus élevées et à les appliquer sur tous les marchés, plutôt qu’à se limiter aux exigences légales minimales.

Enfin, Federica Amiconi souligne l’importance d’utiliser des outils économiques, tels que les subventions, les taxes et les réformes des prix, pour influencer les choix alimentaires des consommateurs. « Ces mesures peuvent rendre les aliments sains plus abordables et accessibles, tout en réduisant l’attrait des options malsaines », explique-t-elle. « Le principal défi reste toutefois politique : de nombreux gouvernements privilégient des mesures progressives plutôt que des politiques globales et coordonnées. »

« Les entreprises qui anticipent cette évolution et investissent dans la reformulation, la diversification de leurs portefeuilles et l’adoption de normes nutritionnelles plus strictes seront les mieux placées pour s’adapter aux changements réglementaires et répondre aux attentes croissantes des consommateurs », conclut Federica Amiconi.

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