Publié le 2025-10-21 07:00:00. La Pologne, par la voix de son Premier ministre Donald Tusk, a lancé un cri d’alarme au Parlement européen concernant la hausse des prix de l’énergie, notamment à cause du système ETS2. Alors que Varsovie tente de renégocier l’introduction de ce mécanisme, l’Allemagne et la France semblent déterminées à le maintenir, soutenues par d’autres pays.
- Le Premier ministre polonais Donald Tusk a appelé à une révision critique des réglementations européennes qui font grimper les prix de l’énergie, pointant du doigt le système ETS2.
- Malgré cet appel, les institutions européennes n’ont pas apporté de réponse officielle, et la Pologne négocie activement avec Bruxelles pour adoucir l’impact de l’ETS2 sur ses citoyens.
- L’Allemagne, précurseure avec son propre système d’échange de quotas d’émission (BEHG), soutient fermement l’ETS2 européen pour assurer une concurrence équitable et compte redistribuer les revenus aux citoyens et aux entreprises.
L’entrée en fonction de la nouvelle présidence polonaise de l’Union européenne, assurée par Donald Tusk début 2025, a été marquée par une intervention retentissante au Parlement européen. Le Premier ministre polonais a plaidé pour une « révision complète et très critique de toutes les réglementations », incluant le Green Deal, afin d’identifier et de modifier les dispositions qui engendrent une flambée des prix de l’énergie. Il a spécifiquement mentionné le système d’échange de quotas d’émission 2 (ETS2), avertissant que des prix de l’énergie élevés « pourraient anéantir de nombreux gouvernements démocratiques au sein de l’Union européenne ». Cependant, cet appel est resté sans écho officiel de la part des instances européennes.
Le « deuxième acte » de ce drame se joue actuellement à Varsovie. Le Ministre polonais du Climat et de l’Environnement, Paulina Hennig-Kloska, et le vice-ministre Krzysztof Bolesta, ont engagé des « négociations difficiles à Bruxelles ». Leur objectif : atténuer l’impact de l’ETS2 sur le portefeuille des Polonais. Si des déclarations divergent sur une demande de report de trois ans, la coalition de 15 pays menée par la Pologne vise à alerter la Commission européenne sur les dysfonctionnements potentiels du mécanisme.
Cependant, la réalité diplomatique semble prédestinée. L’Allemagne, moteur de la transition énergétique en Europe, a déjà mis en place un système national d’échange de quotas d’émission (BEHG) dès 2021. L’accord de coalition entre la CDU/CSU et le SPD, datant d’avril 2025, stipule explicitement le soutien à l’introduction de l’ETS2 pour « créer des conditions de concurrence équitables dans toute l’Europe ». Berlin s’est également engagé à « rendre les revenus des émissions de CO2 aux citoyens et aux entreprises » via des aides ciblées. Le BEHG allemand, déjà en vigueur, contraint les entreprises à acheter des certificats d’émission, dont le prix a fluctué entre 45 et 55 euros la tonne de CO2. Ces coûts sont répercutés sur les consommateurs finaux, qu’il s’agisse du chauffage domestique, des carburants ou des transports.
L’institut de recherche économique IFO de Munich a souligné, dans un rapport d’août 2025, que l’économie allemande a vu sa compétitivité diminuer face à ses concurrents non européens et même au sein de l’UE. C’est pourquoi l’Allemagne insiste sur un « niveau de jeu équitable » à l’échelle européenne via l’ETS2.
L’Allemagne n’est pas isolée dans sa démarche. L’Autriche a adopté un système similaire un an plus tard, tandis que la Suède et le Danemark ont également mis en place des taxes sur les combustibles fossiles. La France, quant à elle, a une longue histoire d’imposition carbone, remontant à 2014 avec la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), qui a évolué pour répondre aux besoins budgétaires, notamment après la crise des « gilets jaunes ». Le système actuel, complexe, rendrait un ETS2 plus transparent bienvenu pour les entreprises françaises.
Dans ce contexte, Varsovie ne peut guère compter sur le soutien de Paris pour s’opposer à l’ETS2, d’autant que la France pourrait être tentée de maintenir sa TICPE tout en bénéficiant potentiellement de l’ETS2 pour combler les déficits budgétaires.
Un autre facteur clé motivant les pays favorables à l’ETS2 est le Fonds Social pour le Climat (FSC). L’UE prévoit d’y allouer environ 65 milliards d’euros d’ici fin 2032, auxquels s’ajouteront environ 25% de contributions nationales, portant le total à près de 86 milliards d’euros. Ces fonds sont destinés à soutenir les citoyens les plus affectés par les coûts de l’ETS2 et de la rénovation énergétique, via des subventions ou des bons. L’Allemagne et la France, en particulier, pourront ainsi alléger leurs budgets nationaux en transférant une partie de ces dépenses au niveau européen.
Par conséquent, Berlin et Paris devraient parler d’une seule voix, laissant au gouvernement de Donald Tusk l’espoir d’un simple sursis. Les effets de l’ETS2 ne seront pas immédiatement dévastateurs. Lors des négociations européennes, il a été convenu d’augmenter de 30 % le nombre de quotas mis aux enchères la première année en cas de prix élevés du gaz. De plus, si le coût de la tonne de CO2 dépasse 45 euros pendant deux mois consécutifs, 20 millions de quotas supplémentaires seront proposés. Ces mesures visent à limiter une augmentation spectaculaire du coût de la vie pour les Polonais dans un premier temps.
Cependant, les garde-fous disparaîtront par la suite. Le coût final pour les citoyens polonais, confrontés à la fois à la taxe carbone et aux exigences de rénovation des bâtiments, reste difficile à estimer. Le prix des quotas, variable et pouvant dépasser 100 euros la tonne de CO2, influencera directement la charge fiscale. Donald Tusk pourrait alors être considéré comme un prophète de malheur, mais risque fort d’en être lui-même la première victime.