Trois romans policiers, un thriller satirique et une exploration troublante de l’obsession médiatique composent une rentrée littéraire riche en suspense et en réflexions sur la nature humaine.
Le Barbecue du 9 de Jennie Godfrey nous transporte en Angleterre, le 13 juillet 1985, en plein concert Live Aid. L’action se déroule lors d’un barbecue organisé par la famille Gordon dans une nouvelle lotissement. Au fil des arrivées des voisins et des notes de musique, les secrets des personnages principaux se dévoilent progressivement. Hanna, une adolescente qui rêve de fuir son père distant et sa mère obsédée par son image, Rita, une nouvelle venue d’Australie en quête d’un nouveau départ, et Steve, un ancien soldat hanté par ses traumatismes et persuadé d’être surveillé, sont au cœur de cette intrigue où l’amitié, les liens communautaires et les mensonges familiaux se mêlent. L’auteure, déjà remarquée pour La Liste des choses suspectes, privilégie une narration lente et immersive, ponctuée d’une bande sonore évocatrice et d’une forte nostalgie.
Un Guide de survie pour sociopathes mariés, premier roman de l’ancien directeur d’école MK Oliver, met en scène Lalla Rook, une femme ambitieuse et manipulatrice qui mène une vie privilégiée dans la banlieue aisée de Muswell Hill, au nord de Londres. Mariée à un banquier et mère de deux jeunes enfants, Nelly et Nathan, elle a les yeux rivés sur une maison plus luxueuse à Hampstead et sur une place dans une école prestigieuse pour Nelly, qui semble avoir hérité de son manque d’empathie. Prête à tout pour atteindre ses objectifs – meurtre, dissimulation de cadavre, chantage – Lalla se retrouve confrontée à des complications lorsque l’intrus qu’elle a éliminé avec un couteau de cuisine juste avant l’anniversaire de Nathan semble avoir cherché à déterrer son passé trouble. Ce thriller satirique, raconté avec énergie et truffé de rebondissements, offre un contrepoint idéal aux morosités hivernales.
Un Mauvais, Mauvais Endroit de Frances Crawford, son premier roman, se déroule dans le quartier de Possilpark à Glasgow, à la fin des années 1970. Un environnement marqué par la pauvreté, la criminalité et les tensions confessionnelles. L’histoire est racontée à travers les yeux de Janey, 12 ans, qui découvre le corps d’une jeune femme en promenant son chien, et de sa grand-mère Maggie, qui l’a recueillie après la mort de ses parents dans une explosion de gaz. Janey hésite à révéler tout ce qu’elle sait à la police, tandis que Maggie, elle-même gardienne de secrets, tente désespérément de protéger sa petite-fille. La mort de la jeune femme est liée à une famille criminelle notoire, et la précarité de Maggie la rend vulnérable. Ce roman initiatique, à la fois sombre et touchant, explore les thèmes du traumatisme, du deuil et de l’imagination comme refuge, avec des touches d’humour et de tendresse qui intensifient le suspense.
Holy Boy de Lee Heejoo, traduit par Joheun Lee, aborde un sujet d’actualité : l’obsession parasociale, récemment désignée comme mot de l’année 2025 par le dictionnaire Cambridge. L’intrigue suit quatre femmes, chacune convaincue d’avoir une connexion intime avec un idole de la K-pop, qui décident de l’enlever et de le garder captif dans une maison isolée près de Séoul. Au fur et à mesure que leurs histoires se dévoilent, on comprend les raisons de leurs illusions et leur compétition pour gagner l’affection de cet inconnu. L’arrivée inattendue d’un vieil ami de la meneuse complique la situation. Bien que le récit soit parfois complexe, l’auteure parvient à créer une atmosphère tendue et inquiétante. La traduction, cependant, souffre de maladresses et d’un manque de fluidité qui nuisent à l’impact du roman.
Enfin, Un Étranger à Corfou d’Alex Preston transforme la petite île ionienne de Vidos en un véritable « pays d’espions ». Ce lieu ensoleillé devient une sorte de purgatoire pour les agents du MI6 compromis ou épuisés, « ni détenus, ni vraiment libres ». En 1995, six ans après la chute du mur de Berlin, Nina Woolf, souffrant de stress post-traumatique, y est envoyée. Des coups de feu tirés près d’elle et d’un agent plus âgé la font d’abord penser à des braconniers corfiotes, mais la découverte du corps d’un autre agent, noyé, laisse penser que le passé la rattrape. L’histoire remonte alors cinquante ans en arrière, à un groupe d’étudiants d’Oxford idéalistes qui décident de consacrer leur vie à faire avancer la cause communiste au sein de l’establishment britannique. Ce roman de trahison, de désillusion et du prix terrible de l’adhésion à une idéologie est à la fois captivant et profondément humain.