Après un début de saison en montagnes russes, les Philadelphia Eagles suscitent l’inquiétude chez leurs supporters. L’équipe, après une victoire spectaculaire contre les Rams, enchaîne les contre-performances, soulevant la question : s’agit-il d’un simple passage à vide ou d’un signe avant-coureur d’une saison compliquée ?
La troisième semaine du championnat avait pourtant offert un scénario digne des plus grands films. Menés 19-7 à la mi-temps et même 26-7 en début de troisième quart-temps contre les Los Angeles Rams, les Eagles avaient renversé la vapeur avec 26 points consécutifs, scellant une victoire retentissante 33-26 grâce à un retourné de punt transformé en touchdown par Jordan Davis sur la dernière action du match. Un dénouement synonyme de promesses pour beaucoup.
Cependant, depuis cette illumination, le tableau s’est assombri. Les deux semaines suivantes ont vu Philadelphie s’incliner à deux reprises, face aux Denver Broncos et surtout contre les New York Giants, lors d’une rencontre où l’attaque a été totalement muselée lors de la seconde moitié. Ces trois matchs se traduisent par un maigre total de 14 points inscrits après la pause, une statistique alarmante qui alimente la nervosité dans la région de Philadelphie.
Les raisons de cette déconvenue sont multiples et se sont manifestées de manière criante lors de la défaite face aux Giants, retransmise en prime time. Sur le plan défensif, malgré les absences notables de Jalen Carter et la blessure de Quinyon Mitchell, l’unité a été dominée par le jeu au sol new-yorkais. Les Giants ont accumulé 172 yards à la course, dont 98 et trois touchdowns pour Cam Skattebo. La défense des Eagles n’a réussi que deux sacks sur le rookie Jaxson Dart et, pour la deuxième fois consécutive, n’a pas provoqué le moindre turnover.
Un moment particulièrement illustratif de ces difficultés défensives fut la longue série de possession des Giants en fin de deuxième quart-temps. Après avoir pris l’avantage 17-13, Philadelphie a vu son adversaire enchaîner 15 jeux pour 67 yards, consommant plus de cinq minutes de jeu avant de marquer un touchdown à la course par Skattebo. Cette série, où seule une passe incomplète a interrompu la domination new-yorkaise, a redonné un élan précieux aux Giants, sapant le moral des Eagles.
Après une entame de seconde mi-temps marquée par une série de « three-and-outs » de part et d’autre, la défense de Philadelphie a une nouvelle fois cédé, permettant aux Giants d’enchaîner neuf jeux pour 56 yards et un nouveau touchdown de Skattebo, creusant l’écart à dix points. Au final, l’attaque new-yorkaise affichait une espérance de points par action (EPA/Play) de 0,30, contrastant avec le -0,07 des Eagles, et un taux de réussite de 50 %.
Sur l’ensemble de la saison, les Eagles concèdent en moyenne 23,8 points par match, une statistique qui les place dans la moyenne du championnat. Mais ce chiffre ne raconte qu’une partie de l’histoire.
L’attaque, quant à elle, affiche une irrégularité criante. Bien que Saquon Barkley ait montré des éclairs en début de match avec des gains de 18 et 13 yards sur les premières possessions, le jeu au sol a rapidement été délaissé au profit d’un jeu aérien forcé par le besoin de revenir au score. Or, le jeu de passes des Eagles est apparu désynchronisé par moments, à l’image d’une passe manquée de Jalen Hurts vers un DeVonta Smith pourtant démarqué en début de troisième quart-temps.
La situation s’est aggravée avec la première interception de la saison de Jalen Hurts, survenue à un moment crucial. Alors que les Giants menaient de dix points en début de quatrième quart-temps, Philadelphie se trouvait dans la zone rouge avec l’opportunité de réduire l’écart. Mais cette tentative s’est soldée par une interception, renvoyant immédiatement la défense sur le terrain.
Les statistiques finales de la rencontre sont éloquentes pour Philadelphie. Les Eagles n’ont converti qu’une seule de leurs neuf troisièmes tentatives, leur EPA/Play s’est établi à -0,07, et surtout, ils ont été dominés en termes de yards gagnés pour le sixième match consécutif. Sur la saison, l’écart est de -407 yards en faveur des adversaires (1 647 yards pour les Eagles contre 2 057 pour leurs opposants), un contraste saisissant avec le différentiel de +1 501 yards en saison régulière et +115 en playoffs lors de l’exercice précédent.
Ce différentiel de points est également préoccupant. À l’approche de leur « mini-bye », les Eagles affichent un différentiel de -1, seulement devancés par les Pittsburgh Steelers (-2) parmi les leaders de division.
Après la rencontre, l’entraîneur Nick Sirianni a tenté de relativiser la situation : « Relevez-vous. Nous allons prendre un peu de temps, continuer à nous battre. Nous avons beaucoup de choses à corriger. Nous avons déjà vécu ça. Allons-y. »
Certains joueurs offensifs ont évoqué la « prévisibilité » de l’attaque. « Il semble que ce soit beaucoup plus difficile que nécessaire », a déclaré le tackle droit Lane Johnson. « Peut-être qu’à l’avenir, il faudra un peu plus de variété, toucher davantage le périmètre. » Le vétéran n’a pas explicitement critiqué le coordinateur offensif Kevin Patullo, soulignant que « beaucoup de choses dépendent de l’exécution ». « Nous allons revoir cette vidéo et voir ce que nous devons corriger, mais à l’avenir, il faut être plus efficace, moins prévisible, et capitaliser sur les gros jeux et les actions explosives », a-t-il ajouté.
Saquon Barkley, quant à lui, a exprimé un avis légèrement différent : « Je pense que nous devons retrouver cet état d’esprit, cette mentalité, ne pas vraiment se soucier de ce que les gens essaient de faire », a-t-il déclaré en référence à la capacité de l’équipe à courir l’année précédente alors que le jeu au sol était la priorité. « C’est quelque chose que je recherche. »
L’entraîneur a néanmoins décelé des points positifs dans le jeu au sol : « Je pense qu’il y a eu de bons moments dans le jeu au sol aujourd’hui. Nous nous sommes mis dans des situations difficiles en seconde mi-temps sur certaines courses. Nous allons examiner tout cela. Nous savons que nous voulons jouer au sol, nous avons les gars devant pour pouvoir le faire. Évidemment, nous devons faire un travail suffisant pour les mettre dans des positions de succès, et ensuite nous devons exécuter. » Il a précisé que l’équipe étudierait « toutes sortes de schémas » lors de cette pause.
Malgré ces propos, la nervosité est palpable chez les supporters des Eagles, qui ont déjà connu des scénarios similaires. L’an passé, l’équipe avait abordé sa semaine de repos dans une situation chaotique (2 victoires, 2 défaites), avant de réaliser une deuxième partie de saison exceptionnelle. Les fans espèrent que cette pause actuelle servira de déclic, à l’instar de la saison précédente.
Il convient toutefois de rappeler que les Eagles avaient également connu un coup de frein après un départ canon en 2022 (8 victoires, 1 défaite), avant de perdre le contrôle et d’être éliminés prématurément en playoffs. La question demeure donc : les Eagles de 2024 s’inspireront-ils du rebond de l’an passé, ou connaîtront-ils le même déclin que deux saisons auparavant ?
Le temps est encore là pour redresser la barre, comme Philadelphie l’a prouvé l’année dernière. Pour cela, l’attaque devra monter en puissance, particulièrement le jeu aérien, et capitaliser sur les opportunités de passes ouvertes. Une plus grande diversité dans les jeux au sol et aériens, ainsi qu’une meilleure réponse face aux couvertures en zone, seront également cruciales. Faute de quoi, les fans pourraient assister à une répétition du scénario de 2023, justifiant ainsi les craintes actuelles.