Un fossé spectaculaire s’est creusé entre la critique et le public concernant le documentaire sur Melania Trump, atteignant un écart sans précédent de 87 %. Ce décalage extrême soulève des questions sur l’influence des opinions polarisées et la manipulation potentielle des notes en ligne.
Le documentaire consacré à l’ancienne Première dame affiche un score de seulement 11 % sur Rotten Tomatoes, basé sur les critiques de professionnels. Pourtant, le public, composé de spectateurs ayant acheté des billets vérifiés, lui a attribué une note impressionnante de 98 %. Un contraste saisissant qui a de quoi surprendre, même dans un paysage où les goûts du public et de la critique divergent souvent.
Ce phénomène n’est pas nouveau. L’année dernière, le film ayant remporté le plus d’Oscars était une œuvre intimiste sur une strip-teaseuse, tandis que le plus gros succès commercial était basé sur le jeu vidéo Minecraft. Cependant, l’écart observé avec le film sur Melania Trump est exceptionnel. Les critiques ont été particulièrement sévères, l’un d’eux, Mark Kermode, le qualifiant de « l’expérience la plus déprimante que j’aie jamais vécue au cinéma ». À l’inverse, les spectateurs ont exprimé leur enthousiasme, comme Jackie, qui a déclaré qu’« chaque Américain digne de ce nom doit voir ce film pour reconnaître la grâce, la sophistication et la puissance de Flotius [sic] ».
Avant Melania, le film détenant le record du plus grand écart entre les critiques et le public était Five Nights at Freddy’s 2 (2025), avec une différence de 68 %. Les critiques lui avaient accordé un score de 16 %, tandis que le public lui en avait attribué 84 %. En 2024, Emilia Pérez, primé au Festival de Cannes avec un score critique de 70 %, n’avait reçu qu’une note de 17 % de la part du public. D’autres exemples incluent Red Notice (2021), avec 37 % pour la critique et 92 % pour le public, et Jigsaw, un film d’horreur, qui a obtenu 32 % et 88 % respectivement. Under the Skin (2013), de Jonathan Glazer, a quant à lui reçu 83 % de la critique et 55 % du public.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces divergences. Les films appréciés par le public sont souvent des divertissements grand public, prévisibles et peu exigeants, des qualités généralement dédaignées par les critiques. Ces derniers, dont le métier consiste à visionner des films, recherchent des œuvres originales et stimulantes. Un film d’horreur expérimental se démarquera donc plus facilement qu’une comédie romantique classique.
Par ailleurs, il semble exister un biais lié à la représentation des femmes et des minorités. Les films comme Emilia Pérez et Under the Skin, mettant en scène des personnages féminins complexes, ont suscité des réactions négatives de la part d’une partie du public. On a pu observer des phénomènes similaires avec des films de super-héroïnes comme Captain Marvel, des remakes mettant en avant des femmes, comme Ghostbusters (2016), ou encore des œuvres comme Les Derniers Jedi (2017) et La Petite Sirène (2023), qui incluaient des personnages non blancs ou non conformes aux normes traditionnelles.
Il est donc essentiel de prendre les deux types de notes avec prudence. Les critiques ont tendance à privilégier les œuvres intellectuelles, tandis que les internautes qui laissent des avis en ligne peuvent être motivés par des considérations idéologiques. L’écart entre les critiques et le public ne cesse de se creuser, passant de 53 % pour Emilia Pérez en 2024 à 68 % pour Five Nights at Freddy’s 2 en 2025, pour atteindre aujourd’hui 87 % avec Melania.
Il est difficile de prédire si cet écart sera un jour dépassé. Peut-être qu’un film particulièrement controversé, abordant un sujet sensible et clivant, parviendra-t-il à susciter une réaction encore plus polarisée. Un film comme La Résurrection du Christ, réalisé par Mel Gibson, pourrait bien être à la hauteur du défi.