Seattle à une victoire du rêve, Toronto du come-back historique : le redoutable défi des Dodgers se profile. Après une démonstration de force en remportant le cinquième match de la Série de Championnat de la Ligue Américaine sur le score de 6-2 vendredi soir, les Mariners de Seattle ne sont plus qu’à une victoire de décrocher le premier fanion de leur histoire, après 49 saisons d’existence, et de devenir la dernière équipe à faire ses débuts en Série Mondiale. Face à eux, les Blue Jays de Toronto, à deux victoires d’un retour spectaculaire qui leur offrirait leur premier titre de la Ligue Américaine depuis 1993.
Le prix à payer pour mettre fin à des décennies de désillusions ? Pour l’une ou l’autre de ces équipes, il faudra, dès vendredi prochain, trouver le moyen de faire tomber les Los Angeles Dodgers, apparemment invincibles. Ces derniers, qui représenteront la dernière ligne de défense face à une possible crise du sport, semblent d’ailleurs déjà bien préparés. Il faudra peut-être célébrer la champagne à Toronto, quel que soit le vestiaire concerné !
Les Dodgers aborderont la Série Mondiale avec un repos conséquent, forts d’une série historique qui les a vus balayer leurs adversaires de la Ligue Nationale. Ils ont conclu leur parcours en battant les Brewers de Milwaukee en quatre manches, grâce à une victoire 5-1 vendredi. Le spectacle a été total, avec Shohei Ohtani, auteur de six manches sans point encaissé et de trois home runs lors de ce match décisif. Pourtant, même sans la performance stratosphérique de sa star, les Dodgers étaient déjà en position de remporter le fanion. Ohtani, d’habitude si discret, avait en effet connu un mois d’octobre discret selon ses standards, avec une moyenne au bâton de .158, deux home runs et six points produits, concédant trois points en six manches lors de son unique sortie en Série de Division de la Ligue Nationale, le 4 octobre.
Malgré cela, les Dodgers affichent un bilan impressionnant de 8 victoires pour 1 défaite en séries éliminatoires, n’ayant été menés au score que pendant neuf manches au total lors de leurs victoires. Leur domination repose en grande partie sur une rotation de lanceurs d’un autre temps, affichant une moyenne de points mérités collective de 1,64 et un ratio retraits sur prises/buts sur balles de 83 pour 21 sur 66 manches lancées. Tyler Glasnow, Blake Snell et Yoshinobu Yamamoto ont particulièrement brillé en Série de Championnat de la Ligue Nationale, préparant le terrain pour le show Ohtani en concédant seulement deux points en 22 manches et deux tiers, avec 25 retraits sur prises et seulement quatre buts sur balles lors des trois premières rencontres.
Parmi les quatre lanceurs partants des Dodgers, seul Yamamoto a dépassé les 100 manches lancées durant la saison régulière. Ohtani, quant à lui, poursuit sa convalescence après une seconde opération Tommy John. Glasnow et Snell ont combiné 29 départs tout en se remettant de blessures au bras. Ce chiffre est notable si l’on considère que les Dodgers n’ont obtenu que 21 départs de leur jeune recrue Roki Sasaki, blessé à l’épaule droite en mai mais qui s’est imposé comme le releveur de l’équipe durant les séries.
Ce scénario, qui semblait annoncer la fin des espoirs pour les adversaires des Dodgers ce mois-ci, est également le reflet d’un sport dont les dirigeants rêvent d’un verrouillage des joueurs et de l’implémentation d’un plafond salarial après la saison 2026. Cependant, il ne faut pas blâmer les Dodgers pour avoir bâti une équipe grâce aux largesses des propriétaires les moins compétitifs du baseball, et pour avoir trouvé la meilleure stratégie pour gagner dans les paramètres actuels.
Mookie Betts a été « offert » par John Henry, qui a préféré dilapider la bonne volonté générée par la transformation des Red Sox en une machine de guerre, se consacrant à ses jouets dans le football, le hockey et la course automobile. Les Braves, dont les revenus ont dépassé les 600 millions de dollars en 2024, ont décidé de ne pas prolonger le contrat du futur membre du Temple de la renommée, Freddie Freeman, après qu’il les ait menés à la victoire en Série Mondiale en 2021. Arte Moreno, loin de se contenter de s’assurer que Mike Trout ne joue plus de match significatif après ses 23 ans, a gâché les six premières années de carrière d’Ohtani, poussant un joueur routinier qui semblait pourtant heureux d’être au centre de l’univers des Angels de l’autre côté de la ville.
Aucun de ces propriétaires ne se regardera dans le miroir pour reconnaître son rôle dans la construction de la machine des Dodgers. Et Bud Selig, et surtout Rob Manfred, ne sont pas capables de la réflexion nécessaire pour comprendre comment l’expansion continue des séries éliminatoires a rendu la saison régulière presque insignifiante. Les Dodgers ont été la risée lorsqu’ils ont enchaîné des saisons à 100 victoires avec des éliminations au premier tour en 2019, 2022 et 2023. Ils ont donc pris leur temps cette saison, remportant 93 matchs principalement par réflexe, et se sont concentrés entièrement sur leur préparation pour octobre.
Jusqu’à présent, le plan fonctionne à merveille. Bonne chance aux Mariners ou aux Blue Jays. Vous en aurez grand besoin la semaine prochaine — et en 2027, ce sera au tour du reste d’entre nous.