Sept ans après le feu dévastateur qui a ravagé la Californie, Hollywood s’empare de la tragédie pour en faire un thriller catastrophe. « Le Bus Perdu », réalisé par Paul Greengrass, revient sur le courage d’un chauffeur de bus face aux flammes, mais le réalisme espéré laisse place à un spectacle parfois trop convenu.
En novembre 2018, le Camp Fire, un incendie de forêt d’une violence inouïe, a semé la destruction dans le comté de Butte, en Californie. La petite ville de Paradise fut presque entièrement anéantie, laissant derrière elle 62 000 hectares calcinés, des dizaines de milliers de personnes évacuées et 85 victimes. Au milieu de ce drame, l’histoire de Kevin McCay, chauffeur de bus de 41 ans, a émergé : celle d’un homme qui a réussi à sauver une vingtaine d’enfants d’une école menacée par les flammes. C’est cette épopée que le cinéma américain a décidé de porter à l’écran, avec Matthew McConaughey dans le rôle du héros et America Ferrara en institutrice dévouée.
Le choix de Paul Greengrass, réalisateur chevronné dans le genre, semblait prometteur. Fort de son expérience avec les thrillers d’action haletants, comme la saga Jason Bourne, et reconnu pour sa maîtrise des drames tirés de faits réels tels que « Bloody Sunday », « United 93 » ou « Capitaine Phillips », il avait le profil idéal pour livrer une œuvre à la fois percutante et respectueuse. L’objectif était d’éviter le pathos excessif, une mission que le cinéaste a accomplie à moitié.
Sur le plan de l’efficacité, le pari est largement gagné. Greengrass déploie un style de mise en scène particulièrement immersif, capable de plonger le spectateur au cœur du chaos. Sa caméra, nerveuse et virevoltante, se faufile entre les flammes dévastatrices et les départs de feu, restituant avec brio l’atmosphère suffocante de l’incendie. Le danger, la chaleur, la fumée, la panique des habitants terrifiés cherchant à fuir, tout est palpable. Le film dépeint avec justesse une situation hors de contrôle tout en se concentrant sur le désespoir salvateur d’une poignée de protagonistes. « Le Bus Perdu » se révèle ainsi un divertissement haletant, une aventure prenante menée sans temps mort, où le courage face à l’adversité est le thème central.
Cependant, la subtilité n’est pas le fort de ce nouveau film. Greengrass a tendance à surligner les dilemmes moraux de ses personnages, opposant leur vie personnelle à leur devoir de sauver autrui. Cette insistance sur le drame et les épreuves confère au récit un caractère un peu trop artificiel, frôlant le « pompiérisme » cinématographique.
Malgré ses qualités indéniables en termes d’efficacité et d’images spectaculaires, « Le Bus Perdu » se révèle prévisible et linéaire. Les émotions peinent à s’installer durablement, donnant l’impression d’un stress préprogrammé plutôt que d’une véritable empathie pour les personnages. Le film se regarde avec plaisir sur le moment, mais risque de tomber dans l’anecdote cinématographique à l’échelle d’une année. On retiendra surtout la mise en scène énergique, plus que le fond.
On attendra donc la prochaine fois pour un blockbuster véritablement hyperréaliste, peut-être sur l’ouragan Katrina, le mégafeu Woolsey qui a menacé les propriétés de célébrités, les inondations texanes, ou encore la récente explosion d’une usine dans le Tennessee.