Publié le 1 octobre 2025 19:42:00. Et si la véritable héroïne du conte n’était pas la belle, mais la demi-sœur marginalisée ? Une nouvelle approche du mythe de Cendrillon, portée par le film d’Emilie Bluehfeldt, explore les tourments de la conformité physique et la violence des normes sociales à travers le prisme du genre horrifique.
- Le film revisite Cendrillon en plaçant l’accent sur la souffrance de la demi-sœur, Elvira, qui aspire à un conte de fées mais est prête à des sacrifices extrêmes pour y parvenir.
- Inspiré par David Cronenberg, le réalisateur utilise les transformations corporelles comme métaphores des angoisses intérieures et des pressions sociétales.
- Présenté au Festival du film de Sundance, le long-métrage s’affranchit d’une transposition moderne pour ancrer son propos dans une temporalité plus universelle, tout en résonnant avec des problématiques contemporaines.
Le récit prend une tournure sombre où Elvira, interprétée comme la « mauvaise » de l’histoire, est prête à supporter tortures et mutilations pour conquérir son prince charmant et supplanter sa belle-sœur, Agnès. L’idée sous-jacente est que si la « chaussure » — la norme imposée — ne convient pas, le corps lui-même doit être altéré, une métaphore saisissante de la pression à se conformer à des standards physiques souvent inaccessibles.
Emilie Bluehfeldt explique avoir été particulièrement influencée par David Cronenberg, dont l’œuvre explore comment les altérations physiques deviennent des symboles des failles, des dilemmes et des peurs profondes des personnages, servant parfois de commentaire social sur l’influence de la société sur l’individu. Plutôt que de proposer une adaptation contemporaine de Cendrillon, la réalisatrice a choisi de situer son récit dans un « Il était une fois » indéfini. Ce choix vise à souligner que les thèmes abordés, bien que résonnant avec des enjeux actuels, sont intrinsèquement intemporels, ancrés dans des traditions culturelles qui continuent de façonner notre perception de la beauté et de l’identité.
Mattia Caruso, dans une critique pour Point Blank, souligne le potentiel du genre horrifique pour redonner vie à la puissance originelle des mythes et contes de fées, avec leur charge émotionnelle et leur caractère parfois effrayant. Il considère qu’Emilie Bluehfeldt a saisi cette opportunité avec sa demi-sœur mal aimée, créant une œuvre qui, tout en revisitant un classique, s’inscrit résolument dans notre époque. Le film dépeint un parcours de transformations extrêmes : rhinoplastie avant même la puberté, cils cousus directement sur les paupières, et ingestion de parasites dans le but de perdre du poids. La demi-sœur, par sa non-conformité, transforme ce qui pourrait être vu comme une faiblesse en sa principale force. Elle donne naissance à un personnage d’une complexité déroutante, victime d’un monde où celui qui refuse de se plier aux normes n’a pas sa place, et où la frontière entre le bien et le mal s’estompe.
« Le chemin d’Elvira met en évidence l’agonie de se conformer à des normes physiques inaccessibles. J’ai été inspiré par l’approche de David Cronenberg au genre : les transformations corporelles deviennent des métaphores des défauts, des dilemmes et des peurs intérieures de ses personnages, ou même un commentaire politique sur la façon dont la société influence l’individu. Il aurait été facile d’écrire un Cendrillon contemporain, mais depuis le début, je voulais placer cette histoire dans l’indéfinie « Il était une fois ». Ce choix souligne comment les thèmes et les raisons du film, tout en faisant écho aux problèmes actuels, sont vraiment intemporels, enracinés dans les traditions culturelles qui continuent de façonner notre regard sur la beauté et l’identité. »
Emilie Bluehfeldt
« Peut-être qu’il n’y a pas de meilleur genre que l’horreur, aujourd’hui, pour revenir au mythe, à la légende et au conte de fées toute leur force d’origine, toutes leurs charges féroces, effrayantes et exhortées. Le norvégien Emilie Bluehfeldt semble l’avoir bien compris qui, en temps d’action en direct, prévalant mais inoffensif, avec la vilaine demi-sœur — présentée au Sundance Film Festival — donne vie à une œuvre auparavant des « classiques » qui se laissent construire une histoire résolument enracinée à notre époque. Entre la rhinoplastie ante laiteram, les cils cousus directement sur les paupières et les parasites ingérés pour perdre du poids, la laide demi-sœur rend donc sa non-durabilité sa force principale, donnant à la vie, en même temps, à un caractère avec une complexité désagréable, victime d’un monde dans lequel non-complice n’a pas un droit et la distinction entre le bien et le mal. L’ambition, le sens de (pas) appartenant et la relation de plus en plus problématique entre la réalité et le désir, la rédemption et l’auto-allaitement. »
Mattia Caruso, Point Blank