Dans un Artsakh désormais disparu, le premier long-métrage d’Emily Mkrtichian, Il était une fois, il n’était pas une fois, rend un hommage vibrant à la résilience de quatre femmes dont les aspirations ont été brutalement anéanties par la guerre. Tourné dans cette république autoproclamée, née en 1991 des cendres de décennies de discrimination soviétique et d’affrontements arméniens-azerbaïdjanais, le film dévoile une région où la paix a toujours été une illusion précaire pour sa population majoritairement arménienne.
Au cœur de ce contexte incertain, les parcours personnels de Sose, Siranush et Gayane prennent une dimension poignante. Championne de judo, Sose rêvait de représenter son pays aux Jeux Olympiques. Siranush militait pour intégrer le conseil municipal. Gayane, quant à elle, animait un groupe de soutien dédié aux femmes. Le passé belliqueux de la région n’est pas qu’un lointain souvenir : Sveta, active dans le déminage, désamorce encore des engins enfouis dans le paysage verdoyant. Chacune, malgré la diversité de ses engagements, œuvrait pour le bien de sa communauté, symbolisant la force des liens culturels tissés sur place.
La caméra d’Emily Mkrtichian capture avec une intensité rare ces vies entremêlées, jusqu’à ce que le conflit éclate en 2020. À l’approche de l’armée azerbaïdjanaise, le quotidien de ces femmes est brutalement interrompu par le hurlement des sirènes et le fracas des explosions. Gayane et sa famille sont contraints à l’exil, devenant réfugiés en Arménie. Sose, elle, voit sa carrière sportive brisée net ; la jeune femme pétillante qui enseignait le judo aux enfants se retrouve désormais à former des femmes au maniement des armes. Le fardeau de ces responsabilités pèse lourdement sur leurs épaules, scellant le tragique abandon de leurs rêves pour Gayane et l’ensemble de leur communauté.
Il était une fois, il n’était pas une fois est présenté à la Bertha DocHouse de Londres à partir du 7 novembre.