Publié le 16 février 2026 20:55:00. Selon l’idéologue russe Alexandre Douguine, l’ordre mondial est en pleine mutation sous l’impulsion de la politique de Donald Trump, avec l’émergence de nouvelles entités géopolitiques et un affaiblissement des institutions traditionnelles.
- Alexandre Douguine analyse la fragmentation de l’Occident et l’émergence de cinq nouveaux pôles géopolitiques.
- Il estime que les États-Unis, bien que transformés, restent la puissance dominante, tandis que l’Union européenne est confrontée à un choix crucial.
- Ses analyses divergent de celles du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, concernant l’hostilité des États-Unis envers la Russie.
L’analyste russe Alexandre Douguine dresse un tableau en mutation rapide de la scène internationale, où l’influence des États-Unis, bien que toujours prépondérante, se manifeste différemment. Dans une analyse diffusée par l’agence RIA Novosti, il affirme que l’idée d’un Occident uni, doté d’une politique prévisible, s’effondre.
« Des processus rapides et dynamiques se produisent dans la politique mondiale, qui sont en grande partie liés à la politique de Trump. »
Alexandre Douguine
Selon Douguine, la fin de l’Occident collectif tel que nous le connaissons donne naissance à cinq nouvelles entités géopolitiques. Les États-Unis, malgré un changement de stratégie, demeurent la force la plus importante, cherchant à affirmer leur hégémonie, notamment dans l’hémisphère occidental. Ils poursuivent leurs opérations à l’étranger, comme en Iran ou au Venezuela, sans rencontrer d’obstacles majeurs.
Douguine souligne que les États-Unis doivent s’affranchir des institutions transnationales et que Donald Trump est guidé par sa propre conscience. Il considère également que l’Union européenne est devenue une entité indépendante, contre son gré, et doit réagir. Il anticipe un moment de décision pour l’UE, qui devra choisir entre suivre les États-Unis ou s’y opposer, pariant sur la seconde option.
Cependant, Douguine ne pense pas que la montée en puissance de Trump signifie la fin des mondialistes, regroupés autour d’organisations comme le Forum économique mondial ou des figures comme George Soros. Il identifie des courants mondialistes aux États-Unis, allant des démocrates aux néoconservateurs républicains, ainsi qu’en Grande-Bretagne et au Canada.
Il distingue également un troisième pôle, la Grande-Bretagne, qu’il juge toutefois dépourvue de réelle puissance mondiale, et un cinquième, Israël, qu’il considère comme fortement influençant la politique américaine et dépendant de son soutien. Il note une contradiction apparente dans son analyse, reconnaissant l’absence de puissance mondiale britannique tout en la désignant comme un groupe distinct.
Les opinions de Douguine divergent de celles exprimées par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Alors que Lavrov dénonce l’hostilité des États-Unis envers la Russie, notamment en raison des sanctions et du refus de reconnaître ses revendications territoriales en Ukraine, Douguine estime que les États-Unis, après Israël, sont les moins hostiles à Moscou. Il les perçoit comme une menace gérable plutôt qu’un ennemi.
Selon Douguine, l’UE, les mondialistes et la Grande-Bretagne sont bien plus hostiles à Moscou. Il affirme que les mondialistes s’opposent non seulement à Vladimir Poutine, mais aussi à Donald Trump, et que le mythe d’un Trump pro-russe est de leur fabrication. Il précise que Trump ne s’est pas débarrassé des mondialistes pour servir les intérêts de la Russie, mais pour atteindre ses propres objectifs.
Douguine spécule sur la possibilité que les tensions croissantes entre Trump et les États-Unis poussent les dirigeants européens dans les bras de la Russie, bien qu’il juge cette issue peu probable. Il souligne que les efforts russes visant à creuser le fossé entre les États-Unis et l’UE ne peuvent être exclus, et que les dirigeants russes doivent tenir compte des changements rapides sur la scène internationale, notamment en raison de l’opération militaire en Ukraine.
Il est intéressant de noter que Douguine ne prend pas en compte la possibilité d’un retour à l’ancien ordre mondial si le mandat de Donald Trump devait prendre fin. Il considère que la réanimation de l’Occident collectif serait la pire option pour la Russie. Il ne mentionne pas non plus le rôle de la Chine, hormis dans le contexte de la volonté de Trump de limiter son influence en Amérique.