Les États-Unis frappent fort dans le secteur énergétique russe. Washington a annoncé une série de sanctions visant les géants pétroliers Rosneft et Lukoil, ainsi que 34 de leurs filiales. Cette décision, après des mois d’hésitation, marque un tournant dans la politique américaine vis-à-vis de la Russie.
« Wladimir ne tient tout simplement pas ses promesses », a déclaré le président américain Donald Trump, justifiant ainsi la sévérité de ces mesures. Rosneft, deuxième producteur mondial de pétrole derrière Saudi Aramco, et Lukoil se retrouvent ainsi sous le feu des sanctions américaines. Bien que les États-Unis n’importent pas directement de brut russe, ces sanctions visent principalement les actifs des entreprises russes à l’étranger et, surtout, toute société étrangère qui choisirait de faire affaire avec elles. Les implications précises pour les filiales allemandes de Rosneft, déjà placées sous tutelle suite à l’invasion de l’Ukraine, restaient à clarifier au moment de l’annonce.
Ces sanctions sont qualifiées d’« énormes » par Donald Trump. « Nous espérons qu’ils ne resteront pas longtemps. Nous espérons que la guerre sera réglée », a-t-il précisé lors d’une rencontre à la Maison Blanche avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. Cette décision intervient alors que le président américain a annulé une rencontre prévue avec le dirigeant russe Vladimir Poutine, dénonçant l’inefficacité des discussions passées : « Après chaque conversation avec Vladimir, j’ai une bonne impression de la conversation, mais elle ne mène à rien ». Trump entend désormais pousser à des négociations de paix avec l’Ukraine.
« Cela compliquera encore davantage les exportations de pétrole des entreprises russes », a commenté Amrita Sen, analyste chez Energy Aspects, rappelant les sanctions britanniques similaires prononcées la semaine précédente contre Rosneft et Lukoil. L’objectif est clair : contraindre les acheteurs comme la Chine et l’Inde à réduire leurs importations de pétrole russe, ce que Donald Trump a explicitement exigé.
Contexte
La Grande-Bretagne avait déjà pris des mesures, autorisant les banques et entreprises à continuer leurs activités avec les filiales de Rosneft placées sous « tutelle » en Allemagne, telles que la raffinerie PCK de Schwedt, MiRo et Bayernoil, ainsi qu’avec les sociétés de vente Rosneft Deutschland GmbH et RN Refining & Marketing GmbH. Ces structures sont sous contrôle allemand jusqu’en mars de l’année prochaine, une mesure devant être renouvelée tous les six mois. Les États-Unis, pour leur part, n’avaient pas encore spécifiquement nommé les filiales allemandes ni prévu d’exceptions.
Ce qui change
Washington interdit désormais à toutes les entreprises et banques mondiales de coopérer avec Lukoil et Rosneft. Toute violation entraînerait des sanctions, notamment l’exclusion du marché financier américain. Ces sanctions dites « secondaires » inquiètent particulièrement les entreprises cotées aux États-Unis et celles pour lesquelles le marché américain est crucial, y compris les grandes firmes indiennes et chinoises.
Le département du Trésor américain, via son Office of Foreign Assets Control (OFAC), a émis une interdiction d’acheter du pétrole, de fournir des services variés (allant des réparations à l’accostage, en passant par la fourniture de lignes téléphoniques), ainsi que d’assurer le financement et le commerce en dollars américains avec ces entreprises.
Il est à noter que le prédécesseur de Trump, Joe Biden, avait auparavant imposé des sanctions uniquement à Gazprom Neft et Surgutneftegas, épargnant Rosneft et Lukoil par crainte d’une flambée des prix mondiaux de l’énergie. La décision de Trump intervient alors que le prix du pétrole Brent avait déjà augmenté de plus de 5 % jeudi après-midi. Les actions de Rosneft et Lukoil, déjà peu échangées en Occident, ont chuté de 3 % et 4,2 % respectivement à la Bourse de Moscou.
Prochaines étapes
L’Inde se montrerait prête à réduire ses achats de pétrole russe, selon le journal Mint de New Delhi, en échange d’une réduction des droits de douane américains sur ses exportations. L’Inde, deuxième client pétrolier de la Russie après la Chine, achète le brut russe à des prix préférentiels. Actuellement, un bon tiers de ses importations de pétrole brut provient de Russie. En septembre, les importations chinoises de pétrole russe ont augmenté de 4,3 % par rapport au mois précédent, atteignant 17,5 % du total des importations chinoises. Parallèlement, des pénuries d’essence et de diesel sont signalées dans plusieurs régions russes suite aux attaques de drones ukrainiens contre les installations pétrolières et gazières du pays.
Impact sur la Russie
Un porte-parole du Kremlin a qualifié les sanctions d’« illégales et infondées », affirmant que l’économie russe était « immunisée ». Cependant, les conséquences des sanctions précédentes, telles que l’augmentation de la dette nationale et le ralentissement de la croissance économique, sont de plus en plus visibles. Ces nouvelles mesures américaines menacent de réduire considérablement les revenus pétroliers et les taxes associées pour la Russie.
Suite à une attaque de drones ukrainiens sur la raffinerie d’Orenbourg mardi, les compagnies pétrolières internationales Chevron et Shell ont été contraintes de réduire leur production au Kazakhstan voisin. Ces entreprises transportaient auparavant du brut vers Orenbourg pour y être traité. L’activité de Chevron dans ce cas est cependant exemptée des nouvelles sanctions américaines.