Publié le 24.09.2023 11:00. Donald Trump a conditionné l’aide financière américaine à l’Argentine au succès électoral du président Javier Milei, menaçant de retirer son soutien si l’opposition parvenait à s’imposer lors des élections législatives cruciales à venir.
- Donald Trump a averti que les États-Unis cesseraient leur aide financière si le président argentin Javier Milei perdait les élections législatives.
- Cette menace intervient alors que l’Argentine bénéficie d’un programme d’aide de 20 milliards de dollars (17 milliards d’euros) de la part des États-Unis.
- Le président argentin Javier Milei est perçu comme un allié de Donald Trump, partageant une philosophie politique similaire.
Donald Trump a clairement signifié que l’assistance financière américaine serait revue à la baisse si l’Argentine venait à élire un président de gauche. S’exprimant depuis la Maison Blanche avant un déjeuner avec son homologue argentin, l’ancien président américain a évoqué un adversaire qualifié d’« extrême gauche », dont la philosophie aurait déjà conduit l’Argentine dans une situation difficile. « Nous n’allons pas perdre notre temps à aider Buenos Aires si Milei ne gagne pas », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il ne permettrait pas que « l’argent des contribuables [américains] soit dilapidé » par une administration qui ne partagerait pas leurs valeurs.
Cette déclaration intervient alors que le président Javier Milei, confronté à des élections législatives qui s’annoncent comme un référendum sur sa politique, cherche à consolider son soutien. Le président américain a souligné que le programme d’aide de 20 milliards de dollars était destiné à soutenir « nos voisins » et une « grande philosophie » dans un « grand pays », plutôt qu’à influencer les résultats électoraux. Scott Bessent, Secrétaire américain au Trésor, s’est montré optimiste quant à la capacité de la coalition de Milei à « bien performer » et à poursuivre ses réformes.
Lors de son déjeuner, Donald Trump a qualifié Javier Milei de « MAGA jusqu’au bout », une référence à son propre slogan de campagne « Make America Great Again », adapté ici pour signifier « Rendre sa grandeur à l’Argentine ». Cette proximité idéologique a été mise en avant par Javier Milei lui-même, qui a exprimé son honneur d’être aux côtés de Trump, saluant son « grand leadership ».
La rencontre entre les deux dirigeants n’a pas manqué de susciter des réactions en Argentine. Cristina Fernández de Kirchner, ancienne présidente et figure de proue de l’opposition péroniste, a réagi sur les réseaux sociaux, soulignant que les accords américano-argentins dépendaient des résultats électoraux et incitant les électeurs argentins à « savoir quoi faire ». L’ancienne présidente, bien qu’assignée à résidence pour une peine liée à la corruption, demeure une personnalité influente du péronisme, mouvement populiste majeur de l’histoire politique argentine.
Javier Milei, économiste de formation, est arrivé au pouvoir fin 2023 avec la promesse de réformes radicales et de réduction drastique des dépenses publiques. Sa politique d’austérité a toutefois été difficile à mettre en œuvre, et le manque de reprise économique alimente l’impatience de la population argentine. La défaite de son parti lors des élections locales du mois dernier a créé une crise de confiance, exacerbée par la hausse du chômage, la contraction économique et les scandales de corruption.
Face à cette situation, les investisseurs ont fui les obligations argentines et déprécié le peso. Le Trésor argentin a dû puiser dans ses réserves de dollars pour tenter de stabiliser la monnaie, dans le cadre d’un accord récent avec le Fonds Monétaire International (FMI) portant sur 20 milliards de dollars. L’aide américaine, qui s’ajoute à ces prêts du FMI (un accord de 20 milliards et un précédent de 40 milliards), soulève des questions quant à la capacité de l’Argentine à honorer ses engagements. Brad Setser, ancien responsable du Trésor, s’est montré préoccupé par le fait que l’Argentine doive rembourser si rapidement les 20 milliards de dollars américains, alors qu’elle vient de recevoir une avance du FMI.