Home International Un câble entre la Chine et le Chili déclenche la colère des États-Unis

Un câble entre la Chine et le Chili déclenche la colère des États-Unis

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Publié le 26 février 2026 à 10h00. Les États-Unis ont révoqué les visas de trois hauts responsables chiliens, dont le ministre des Transports et des Télécommunications, en représailles à leur implication dans l’évaluation d’un projet de câble sous-marin à fibre optique reliant le Chili à Hong Kong, suscitant une vive protestation de Santiago et des tensions avec Pékin.

Le ministre chilien des Transports et des Télécommunications, Juan Carlos Muñoz, a été informé le vendredi 22 février par courriel de la révocation de son visa américain, ainsi que de celui de sa famille immédiate. Cette mesure s’applique également au sous-secrétaire aux Télécommunications, Claudio Araya, et au chef de cabinet de ce dernier, Guillermo Petersen.

Selon une déclaration du Département d’État américain, relayée par l’ambassadeur américain au Chili, Brandon Judd, ces responsables sont accusés d’avoir « dirigé, autorisé, financé, apporté un soutien substantiel et/ou mené des activités qui ont compromis les infrastructures de télécommunications critiques et érodé la sécurité régionale dans notre hémisphère ». Judd a défendu cette décision comme un droit souverain des États-Unis.

Au cœur de cette crise diplomatique se trouve le projet « Chile China Express », qui prévoit la construction d’un câble sous-marin à fibre optique reliant la région de Valparaíso, à environ 130 kilomètres de Santiago, à Hong Kong. Ce projet, encore au stade de l’évaluation au Chili, permettrait d’éviter les zones d’influence américaine.

Le président chilien, Gabriel Boric, a fermement réagi à ces sanctions, affirmant que son pays ne se laisserait « miner en aucune circonstance » par des menaces de quelque nature que ce soit. Le Chili a officiellement protesté auprès des États-Unis contre cette décision.

La Chine a également dénoncé ces sanctions, son ambassade à Santiago accusant les États-Unis de violer la souveraineté du pays sud-américain.

Selon Guido Larson, professeur à la Faculté de gouvernement de l’Université du développement (UDD) de Santiago, cette action s’inscrit dans une logique de puissance.

« Il est vrai qu’au niveau rhétorique, l’accusation selon laquelle la souveraineté est un mécanisme de communication politique a été abordée, mais il me semble que c’est la façon de travailler que possède toute grande puissance, ce qui implique d’utiliser les sources de son pouvoir pour garantir ses propres intérêts. »

Guido Larson, professeur à l’Université du développement (UDD)

L’expert estime que cette mesure est un « affront à l’État chilien », car elle met également en garde le président élu, José Antonio Kast, le plaçant face à un dilemme difficile. S’aligner sur la Chine risquerait de provoquer la colère de Washington, tandis que soutenir les États-Unis entraînerait des représailles de Pékin.

L’influence croissante de la Chine en Amérique latine, notamment en tant que principal partenaire commercial de plusieurs pays d’Amérique du Sud, est perçue comme une menace par l’administration américaine. En avril 2025, les États-Unis avaient déjà révoqué le visa de l’ancien président costaricien, Oscar Arias, et de son frère Rodrigo Arias, président du Congrès, établissant ainsi un précédent. Ces décisions s’inscrivent dans une stratégie visant à maintenir l’Amérique latine dans la sphère d’influence américaine.

Selon Larson, le Chili pourrait théoriquement poursuivre le projet de câble chinois, au risque d’aliéner les États-Unis. Cependant, le président Boric a indiqué que cette décision ne serait pas prise pendant son mandat, et José Antonio Kast a annoncé qu’elle nécessiterait une étude approfondie.

Les sanctions sont sélectives et offrent au Chili la possibilité de s’adapter à un contexte de concurrence sino-américaine. L’Amérique latine suscitera probablement un intérêt croissant de la part des États-Unis, mais la réaction de la Chine reste à observer.

Juan Carlos Muñoz.
Juan Carlos Muñoz, ministre chilien des Transports et des Télécommunications, est le plus haut fonctionnaire sanctionné par les États-Unis.Image : Sergei Grits/AP Photo/photo alliance

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