Publié le 20 décembre 2023. Face à un appel au boycott des produits du groupe Agrofert, une consommatrice a été observée scrutant méticuleusement les étiquettes de produits au supermarché Lidl, recourant même à l’intelligence artificielle pour s’assurer de ne pas financer indirectement Andrej Babiš.
- Une cliente de Lidl a passé près d’une heure à faire ses courses pour éviter d’acheter des produits appartenant au groupe Agrofert.
- Elle utilisait son smartphone pour vérifier l’origine des marques et s’est appuyée sur une intelligence artificielle pour identifier les produits liés à Andrej Babiš.
- Les marques propres à Lidl, comme Pikok et Pilos, peuvent dissimuler des liens avec Agrofert, a souligné la consommatrice.
Le groupe Agrofert, fondé en 1993 par l’actuel président du mouvement ANO, Andrej Babiš, continue de susciter la méfiance de certains consommateurs. Bien que transféré dans des fonds fiduciaires en 2017 dans le cadre de réformes sur les conflits d’intérêts, le nom du magnat reste indissociable de cet empire industriel.
Parmi les marques alimentaires les plus connues sous l’égide d’Agrofert figurent Vodňanské kuře (poulet), Kostelecké uzeniny (charcuterie) et Penam (boulangerie). Mais la liste s’allonge avec Olma (produits laitiers), Krahulík (charcuterie), Papei!, Kmotr, Tatra (produits laitiers), Česká vejce (œufs) et ProFrost (pâtisseries surgelées). L’influence d’Agrofert s’étend bien au-delà du secteur alimentaire, englobant des centaines d’autres entités dans la chimie, l’agriculture, l’énergie et la logistique en République tchèque.
Des minutes précieuses devant les rayons
Lors d’une visite habituelle dans un supermarché Lidl, notre équipe a été témoin d’une scène singulière. Une cliente s’attardait longuement devant un rayon de charcuterie et de fromages emballés, le nez plongé dans son téléphone portable. Après avoir déplacé son chariot pour ne pas gêner le passage, elle a repris sa quête, remettant discrètement plusieurs produits sur l’étalage tout en continuant ses recherches sur son appareil.
L’objet de son attention ? Une discussion avec une intelligence artificielle portant sur l’appartenance de diverses marques au groupe Agrofert. L’IA semblait identifier les produits liés à l’entreprise de M. Babiš, guidant ainsi les décisions d’achat de la consommatrice.
« Je n’ai rien acheté avant les élections, mais maintenant j’essaie encore plus. Je ne le soutiendrai pas avec une seule couronne. »
Une consommatrice anonyme
Interrogée sur ses motivations, la cliente a avoué sa démarche. Elle a expliqué que chaque session de courses pouvait s’étirer jusqu’à une heure, le temps nécessaire pour vérifier l’origine de chaque produit inconnu avant de le glisser dans son panier. Son objectif : ne soutenir financièrement « sous aucun prétexte » Andrej Babiš.
Pikok et Pilos : quand les marques distributeurs jouent à cache-cache
La consommatrice s’est également montrée sceptique quant à la provenance de certaines marques propres à Lidl, telles que Pikok (charcuterie) et Pilos (produits laitiers). Elle a même interrogé une vendeuse à ce sujet, qui lui a assuré que ces marques appartenaient à Lidl et n’avaient « certainement pas leur place chez Agrofert ».
Cette réponse n’a pas suffi à la convaincre. Elle a cité des exemples concrets : du lait de marque Pilos dont le producteur s’est avéré être Olma (groupe Agrofert), et des salamis de marque Pikok associés à Krahulík (également filiale d’Agrofert). La vendeuse, mise face à ces faits, n’a pu que constater la justesse des informations de sa cliente.
Pour corroborer ses dires, l’association Spolek FÉR potravina a confirmé que la société Krahulík – MASOZÁVOD Krahulčí était bien un fournisseur du produit Herkules Pikok.
Finalement, la cliente a quitté le rayon charcuterie les mains vides. Non par manque d’appétit, mais par incertitude quant à la véritable origine des produits, et surtout, pour s’assurer qu’elle ne contribuait pas, même indirectement, au succès du groupe Agrofert.