Home International Un Colombien libéré d’El Rodeo exige un dialogue direct avec Caracas

Un Colombien libéré d’El Rodeo exige un dialogue direct avec Caracas

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Publié le 21 février 2026 à 21h41. Manuel Tique, un humanitaire colombien, a récemment été libéré après plus d’un an de détention au Venezuela, où il était accusé de terrorisme. Son témoignage révèle les conditions carcérales inhumaines et l’attente anxieuse de ses compatriotes toujours emprisonnés.

  • Manuel Tique, 33 ans, a été arrêté en septembre 2024 alors qu’il travaillait pour le Conseil danois pour les réfugiés (CDR) près de la frontière colombienne.
  • Il décrit une détention marquée par le surpeuplement, le manque d’hygiène et des accusations infondées de terrorisme.
  • Sa libération s’inscrit dans un contexte de pressions diplomatiques et économiques sur le gouvernement vénézuélien, qui a libéré plus de 300 prisonniers politiques depuis janvier.

Après seize mois passés dans la prison d’El Rodeo I, Manuel Tique a retrouvé sa famille à Bogota, mais son esprit reste préoccupé par le sort des autres prisonniers colombiens toujours détenus au Venezuela. Il raconte à El País avoir appris la chute de Nicolas Maduro avec un décalage d’une semaine, grâce à un trou servant de latrine dans sa cellule.

« C’était un enlèvement. Ils n’ont jamais tamponné mon passeport », a-t-il déclaré aux médias espagnols. Il pensait initialement qu’il s’agissait d’un simple problème d’immigration. La réalité s’est avérée bien plus sombre : une cellule de 4 mètres sur 2 mètres, infestée de cafards et imprégnée d’une odeur d’excréments, où il a passé les 22 premiers jours sans pouvoir quitter sa cellule, recevant sa nourriture par une petite ouverture.

Quelques mois plus tard, le ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, l’a publiquement accusé de financer et d’être associé à des groupes terroristes. M. Tique affirme n’avoir jamais eu l’occasion de visionner cette apparition télévisée.

Libérations progressives

Selon les organisations civiles citées par El País, plus de 300 prisonniers politiques ont été libérés par les autorités vénézuéliennes depuis le 8 janvier, sous la pression de facteurs militaires et économiques suite à la chute de Maduro. Parmi eux figuraient des ressortissants espagnols, italiens, néerlandais et américains, mais un seul Colombien : Manuel Tique.

« Nous avons vu des personnes de toutes nationalités partir, sauf nous. C’était gratifiant de voir nos compatriotes libérés, mais aussi frustrant de constater que beaucoup d’entre nous restaient encore là », a-t-il confié.

Sa libération a été soudaine. « Je pensais qu’ils allaient me réprimander. Je suis même sorti en tongs, sans chaussures », se souvient-il. Après El Rodeo, il a été emmené dans une installation de la Dgcim (Direction Générale du Contre-Renseignement Militaire), où il affirme avoir été contraint de signer une déclaration affirmant que ses droits n’avaient pas été violés.

Plusieurs ONG, dont Amnesty International et l’Organisation mondiale contre la torture, ont dénoncé les conditions « cruelles, inhumaines et dégradantes » de la prison d’El Rodeo I, qui, dans certains cas, « pourraient constituer de la torture ». Manuel Tique corrobore ces allégations, racontant qu’un jour, lors d’une manifestation pacifique, la police anti-émeute a tiré du gaz poivré directement dans sa cellule. « J’avais du mal à respirer. Mais je pense que mon attitude discrète m’a sauvé de l’isolement disciplinaire », a-t-il expliqué.

Pour lutter contre l’ennui, les prisonniers ont fabriqué des jeux de société, comme des échecs et un jeu de dames, en sculptant des pièces dans du savon.

Manuel Tique a retrouvé sa famille à Bogota après être arrivé à Cúcuta la semaine dernière. Il exprime néanmoins un sentiment mitigé : « Je ne dors pas en pensant à ceux qui sont encore enfermés. Je sais ce qu’ils vivent. Ma famille dit que c’est un miracle que je sois sorti. »

L’Assemblée nationale colombienne a récemment adopté une loi d’amnistie qui pourrait bénéficier à certains prisonniers politiques colombiens, mais chaque cas devra être examiné par les tribunaux.

M. Tique a remercié le Conseil danois pour les réfugiés pour son soutien psychologique et social après sa libération, mais a précisé qu’il n’avait reçu aucune communication officielle du gouvernement colombien. Il lance un appel au président Gustavo Petro : « Je demande au président Gustavo Petro de prendre position et d’établir un dialogue direct avec Delcy Rodríguez. Il ne peut pas y avoir un seul Colombien kidnappé. C’est une injustice. »

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