Publié le 8 février 2026 14h17. Le patron du Washington Post, Will Lewis, a quitté ses fonctions dans un contexte de crise sociale et de profondes remises en question au sein du journal, après des licenciements massifs et des accusations liées à son passé.
- Will Lewis a démissionné de son poste de PDG et d’éditeur du Washington Post.
- Son départ fait suite au licenciement de 300 journalistes, entraînant une réduction de 80 % de la couverture internationale.
- Les tensions entre Lewis et la rédaction, ainsi que son implication dans le scandale des écoutes téléphoniques au Royaume-Uni, ont contribué à cette situation.
La nouvelle de la démission de Will Lewis a été accueillie avec satisfaction par de nombreux journalistes du Washington Post, qui le considéraient comme une figure controversée. Les raisons exactes de son départ restent floues : a-t-il été contraint de démissionner par Jeff Bezos, propriétaire du journal depuis 2013, ou a-t-il pris cette décision de lui-même ? Quoi qu’il en soit, l’atmosphère de crise qui règne au sein du journal ne fait que s’accentuer.
Dans un bref message adressé à l’ensemble du personnel, Will Lewis a remercié Jeff Bezos pour son soutien et a souligné les « décisions difficiles » qui avaient été prises pour assurer l’avenir du Post.
« Pendant mon mandat, des décisions difficiles ont été prises pour assurer l’avenir durable du Post, afin que le journal puisse continuer à publier des informations impartiales et de haute qualité à des millions de lecteurs chaque jour pendant de nombreuses années. »
Will Lewis, ancien PDG et éditeur du Washington Post
Jeff D’Onofrio, ancien PDG de Tumblr et directeur financier du Washington Post depuis juin 2025, assurera l’intérim au poste de PDG et d’éditeur. Jeff Bezos a quant à lui insisté sur l’importance de se concentrer sur ce qui intéresse les lecteurs, en s’appuyant sur les données d’audience.
L’arrivée de Will Lewis en janvier 2024 avait déjà été marquée par des tensions avec la rédaction. Son passé au sein de l’empire médiatique de Rupert Murdoch, et plus particulièrement son rôle dans la gestion du scandale des écoutes téléphoniques au Royaume-Uni, avait suscité de vives critiques. En tant que rédacteur en chef du Daily Telegraph à partir de 2006 et directeur de News International à partir de 2010, il avait été impliqué dans des pratiques d’écoute illégale de personnalités publiques et de citoyens britanniques.
Ce scandale a continué de le poursuivre aux États-Unis, où il a dirigé le Wall Street Journal jusqu’en 2020 avant d’être nommé par Jeff Bezos au Washington Post fin 2023. Il s’était notamment heurté à la rédactrice en chef Sally Buzbee, qu’il souhaitait écarter, et avait proposé de créer une équipe dédiée aux réseaux sociaux, suscitant de nouvelles inquiétudes. Malgré plusieurs vagues de licenciements au cours des deux dernières années, le Washington Post reste en difficulté financière, mettant en péril la réputation de ce journal fondé en 1877.
La semaine dernière, les relations déjà tendues entre Will Lewis et la rédaction se sont encore détériorées. Lors d’une réunion en visioconférence, Matt Murray, le rédacteur en chef, a annoncé le licenciement d’un tiers du personnel, tandis que Will Lewis était absent. Il a cependant été aperçu le lendemain lors d’événements précédant le Super Bowl à San Francisco. Ces licenciements massifs ont notamment entraîné la fermeture de la rédaction sportive du Post.
La Washington Post Guild, le syndicat représentant de nombreux journalistes du journal, a exprimé sa satisfaction face au départ de Will Lewis, le qualifiant d’« héritage de destruction » d’une grande institution journalistique américaine. Le syndicat appelle Jeff Bezos à annuler les licenciements ou à vendre le journal à un acquéreur disposé à investir dans son avenir.
« Le départ de Will Lewis arrive trop tard. Son héritage est la tentative de détruire une grande institution journalistique américaine. Mais il n’est pas trop tard pour sauver le Post. Jeff Bezos doit immédiatement annuler ces licenciements ou vendre le journal à quelqu’un disposé à investir dans son avenir. »
Washington Post Guild, communiqué de presse
En attendant, deux campagnes de financement participatif ont été lancées pour soutenir les journalistes licenciés. La première, initiée par le syndicat, a déjà collecté plus de 500 000 dollars (soit 84 % de l’objectif de 600 000 dollars) pour apporter une aide financière temporaire. Une autre collecte est destinée aux employés internationaux (interprètes, chauffeurs) non syndiqués et a permis de récolter 152 000 dollars sur les 160 000 dollars demandés. Sur les réseaux sociaux, le slogan emblématique du Washington Post, « La démocratie meurt dans les ténèbres », a été détourné en « La démocratie meurt dans l’oligarchie », en référence à la fortune de Jeff Bezos.