Publié le 19 février 2026 à 09h25. Le président américain Donald Trump lance officiellement un nouveau « conseil de paix » dont l’objectif affiché est de résoudre les conflits internationaux, une initiative qui suscite à la fois l’adhésion de certains alliés et de vives critiques quant à son potentiel impact sur le rôle des Nations unies.
- Plus de vingt pays, dont Israël, l’Arabie saoudite et la Turquie, ont rejoint le conseil de Trump.
- Les principales puissances occidentales, ainsi que le Brésil, l’Inde et la Chine, ont choisi de ne pas y participer.
- Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution reconnaissant le conseil de Trump, lui permettant de coordonner la reconstruction de Gaza.
Donald Trump présidera ce jeudi la première réunion de ce « conseil de paix », une initiative annoncée en septembre dernier lors de la présentation de son plan pour mettre fin à la guerre israélienne contre Gaza. L’idée, selon l’administration américaine, est de doter le président américain d’un outil supplémentaire pour intervenir dans les conflits à travers le monde, une fonction traditionnellement dévolue aux Nations unies.
La structure du conseil prévoit un mandat de trois ans pour ses membres. Cependant, un financement d’un milliard de dollars (environ 925 millions d’euros) permettrait à un pays d’obtenir un siège permanent. La Maison Blanche a dévoilé en janvier la composition du conseil exécutif fondateur, comprenant le secrétaire d’État américain Marco Rubio, l’envoyé spécial de Trump Steve Witkoff, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair et Jared Kushner, le gendre du président américain.
Le groupe de pays ayant rejoint l’initiative comprend également l’Égypte, le Qatar, Bahreïn, la Jordanie, le Koweït, le Maroc et les Émirats arabes unis. D’autres nations, comme l’Albanie, l’Argentine, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Bulgarie, le Cambodge, le Salvador, la Hongrie, l’Indonésie, le Kazakhstan, le Kosovo, la Mongolie, le Pakistan, le Paraguay, l’Ouzbékistan et le Vietnam, figurent également parmi les membres fondateurs.
À l’inverse, les principaux alliés occidentaux des États-Unis – la Grande-Bretagne, l’Union européenne, la France, l’Allemagne, la Norvège et la Suède – ont décliné l’invitation. Le Canada a également vu son invitation retirée après des désaccords avec le Premier ministre Mark Carney lors du forum de Davos. Le Brésil et le Mexique ont justifié leur refus par l’absence de représentation palestinienne au sein du conseil. Le Vatican a quant à lui estimé que la gestion des crises relevait de la responsabilité des Nations unies. La Chine et la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, n’ont pas non plus adhéré à l’initiative.
En novembre dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution américaine reconnaissant le conseil de Trump, le considérant comme une administration provisoire chargée de « définir le cadre général et de coordonner le financement de la reconstruction de Gaza » dans le cadre du plan de Trump, en attendant une réforme satisfaisante de l’Autorité palestinienne. Cette résolution autorise également le déploiement d’une force internationale de stabilisation temporaire à Gaza, dont le mandat est limité jusqu’à la fin de l’année 2027. Le conseil de Trump devra rendre compte de ses progrès tous les six mois au Conseil de sécurité.
La Chine et la Russie se sont abstenues lors du vote, exprimant leurs préoccupations quant au manque de clarté concernant le rôle futur des Nations unies à Gaza. Au-delà de la situation à Gaza, les pouvoirs juridiques et les outils de mise en œuvre du conseil de paix restent flous, ainsi que les modalités de coopération avec les Nations unies et les autres organisations internationales.
La charte du conseil prévoit que son président, en l’occurrence Donald Trump, disposera de pouvoirs exécutifs étendus, incluant le droit de veto sur les décisions et la possibilité de révoquer des membres, sous réserve de certaines restrictions. Cette concentration de pouvoir a suscité des inquiétudes quant à la transparence et à l’impartialité du conseil.
Les détracteurs du conseil soulignent également l’inclusion de Tony Blair, compte tenu de son rôle controversé dans la guerre en Irak et de l’héritage de l’impérialisme britannique au Moyen-Orient. L’adhésion de pays dont les bilans en matière de droits de l’homme sont critiqués par les organisations internationales, comme la Biélorussie et le Salvador, a également été dénoncée. L’inclusion d’Israël dans un conseil chargé de superviser l’administration intérimaire de Gaza est particulièrement contestée, compte tenu des destructions massives et des pertes humaines causées par l’offensive israélienne, qui a fait des dizaines de milliers de morts, provoqué une crise humanitaire et entraîné des accusations de crimes de guerre et de génocide.
Israël justifie ses actions comme de la légitime défense suite à l’attaque du Mouvement de résistance islamique palestinien (Hamas) en 2023, qui a fait 1 200 morts et entraîné la prise d’otages.
La réunion de jeudi devrait réunir la quasi-totalité des pays ayant rejoint le conseil. Plus de vingt autres nations devraient participer en tant qu’observateurs, notamment le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et la Thaïlande. La Grande-Bretagne et l’Union européenne seront également présentes, ainsi que des États membres tels que l’Autriche, la Croatie, Chypre, la République tchèque, la Finlande, l’Allemagne, la Grèce, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie et la Slovaquie. La Norvège, la Suisse, le Mexique et le Sultanat d’Oman participeront également en tant qu’observateurs. Les discussions devraient porter sur la reconstruction de Gaza, les efforts d’aide humanitaire et le déploiement de la force de stabilisation.
(Reportage de Menna Alaa El-Din, Alexander Cornwell, Steve Holland et Michelle Nicholls – Préparé par Hatem Ali, Hassan Ammar et Sherine Abdel Aziz pour l’Arab Bulletin – Edité par Duaa Muhammad)