Publié le 27.10.2025, 06h00. Depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021, l’Afghanistan est entré dans une nouvelle ère, marquée par des défis croissants pour sa population. Deux cinéastes ont parcouru le pays pour recueillir les témoignages de ceux qui luttent au quotidien pour l’éducation, les droits des femmes et la survie dans ce contexte difficile.
Le chaos qui a marqué le retrait des troupes internationales fin août 2021 semble loin, mais ses conséquences pèsent encore lourdement sur le quotidien des Afghans. Le pays est désormais dirigé par un régime islamiste radical, dont le gouvernement n’est reconnu que par la Russie. Le documentaire « La vie sous les talibans » éclaire les réalités vécues par la population locale.
Parmi les figures du film, Hakim, ancien libraire, voit son activité péricliter. La fermeture des universités et la flambée du prix du papier ont mis à mal son atelier autrefois florissant. Il tente désormais de vendre ses presses, symboles d’une époque révolue.
Hakim (au centre, avec sa batte) avait obtenu son autorisation de sortie durant le tournage. Cet ancien libraire a depuis fui au Brésil. Sur la photo, il joue encore au cricket avec des amis.
Sir Marchyk / Expresso / Srf
« Comme beaucoup d’intellectuels, Hakim a aujourd’hui quitté le pays », confie Wietold Repetowicz, l’un des deux réalisateurs. Cet expert polonais en sécurité, co-auteur du documentaire, indique avoir été sollicité par de nombreuses personnes souhaitant émigrer. « Malheureusement, nous ne pouvons pas les aider concrètement, mais nous espérons que leurs histoires, racontées dans notre film, pourront leur apporter un soutien. »
Un avenir incertain mais porteur d’espoir
À l’inverse, Nematullah, ancien entraîneur de l’équipe nationale afghane de taekwondo, a choisi de rester. Il est convaincu d’une amélioration future. Le taekwondo, discipline très populaire en Afghanistan, était auparavant également ouvert aux femmes. Depuis le retour au pouvoir des talibans, elles en sont cependant exclues.
Nematullah continue de dispenser des cours dans la clandestinité, dans des lieux tenus secrets, vivant avec la crainte constante d’être découvert. « Nous ignorons ce que demain nous réserve, mais les arts martiaux seront certainement utiles », assure-t-il, témoignant d’une résilience face à l’adversité.
Des Afghanes s’entraînent au taekwondo dans la clandestinité, malgré l’interdiction officielle.
Sir Marchyk / Expresso / Srf
D’anciens soldats de l’armée afghane partagent également leurs parcours, certains s’apprêtant à rejoindre l’Iran. Pour les femmes, le changement de pouvoir représente une véritable tragédie, explique Wietold Repetowicz. Il nuance toutefois son propos en soulignant que pour une grande partie de la population, l’oppression n’est pas nouvelle, les libertés ayant toujours été restreintes.
Un dialogue impossible ?
Wietold Repetowicz, qui a couvert le Moyen-Orient et étudié le fondamentalisme islamique, affirme : « J’ai eu affaire à de nombreux musulmans, mais ici, ce sont des fanatiques. Il est impossible d’avoir une discussion sur la religion avec eux. » Il précise que l’équipe de tournage n’a rencontré que peu d’obstacles, les protagonistes souhaitant donner une image positive d’eux-mêmes.
Talib Sultan Baba dans le documentaire « La vie sous les talibans ».
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Parmi les personnages du film, Sultan Baba, un talib convaincu que le nouveau régime est le seul à pouvoir instaurer une Afghanistan plus juste. Cet ancien moudjahidine, engagé contre l’invasion soviétique dans les années 1980, a vu les factions se déchirer après la prise de pouvoir en 1992, avant que les talibans n’imposent leur autorité en 1996, puis de nouveau depuis 2021.
« Je ne pense pas qu’il serait judicieux que le reste du monde reconnaisse les talibans comme un gouvernement légitime », estime Repetowicz. « Ils devraient d’abord revoir leur vision du monde, notamment leur conception des femmes, et entamer un processus de réforme. » L’avenir dira si une telle évolution est possible.