Home Sciences et technologies Un fossile vivant vieux de 30 millions d’années trouvé à 1 000 mètres de profondeur dans les profondeurs marines

Un fossile vivant vieux de 30 millions d’années trouvé à 1 000 mètres de profondeur dans les profondeurs marines

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Publié le 2025-10-10 02:17:00. Des scientifiques explorent les profondeurs abyssales où vit le calmar vampire, une créature ancienne et résiliente. Les recherches récentes dévoilent une nouvelle espèce et éclairent son évolution remarquable face aux conditions extrêmes.

  • Le calmar vampire (*Vampyroteuthis infernalis*) est un organisme millénaire survivant dans des zones océaniques pauvres en oxygène et sous une pression colossale.
  • Il se distingue par un métabolisme lent, un corps mou et une capacité de bioluminescence, lui permettant de prospérer dans l’obscurité totale.
  • Une nouvelle espèce, *Vampyroteuthis pseudoinfernalis*, a été identifiée en 2024, élargissant notre compréhension de la diversité des céphalopodes des grands fonds.

Adaptation et vie dans un monde sans lumière

Les profondeurs marines, un univers froid, sombre et sous une pression écrasante, loin de la lumière du soleil, abritent des formes de vie étonnantes, défiant les limites de l’existence. Dans ces environnements extrêmes, où les températures frôlent le gel et où la pression peut être mille fois supérieure à celle de la surface, le calmar vampire, ou *Vampyroteuthis infernalis*, capte l’attention des chercheurs.

Son nom, évoquant l’enfer, pourrait laisser penser à un prédateur redoutable. Pourtant, son apparence et son comportement sont tout autres. Contrairement à ses cousins agiles des eaux de surface, le calmar vampire privilégie une stratégie de survie économe en énergie, douce et efficace. Il vit aux profondeurs comprises entre 600 et 1 200 mètres, dans ce que l’on appelle la « zone d’oxygène minimum ». Cet habitat, mortel pour la plupart des autres organismes, lui offre une protection naturelle. Son corps souple, ses grands yeux et les membranes qui relient ses bras lui confèrent une silhouette distinctive, telle une cape, qui le camoufle dans l’obscurité abyssale.

Sa capacité à émettre de la lumière grâce à des photophores disséminés sur son corps lui sert à tromper les prédateurs, à communiquer ou à se dissimuler. Plutôt que de cracher de l’encre, il projette un nuage de mucus lumineux pour brouiller les pistes.

Sur le plan géographique, cette espèce se rencontre dans les océans Atlantique, Pacifique et Indien, incluant les eaux du Japon, des Philippines, de la Californie et du Mexique. Des études ont montré que le calmar vampire préfère les zones où la température est basse et le taux d’oxygène inférieur à 3 %. Fait notable, une étude de 2023 a révélé que ses déplacements étaient liés aux variations du climat marin. Face à l’augmentation des températures et à la diminution de l’oxygène, ces créatures migrent vers des couches plus profondes. Les scientifiques considèrent ainsi le calmar vampire comme un indicateur biologique précieux des changements climatiques dans les abysses.

Le calmar vampire (Vampyroteuthis infernalis) roule son corps dans une position défensive à des profondeurs d'environ 900 mètres. Cette stratégie permet à ces anciennes créatures des grands fonds de survivre dans des environnements à haute pression et à faible teneur en oxygène.
Le calmar vampire (Vampyroteuthis infernalis) adopte une posture défensive à environ 900 mètres de profondeur, une adaptation clé à la pression et au faible taux d’oxygène de son habitat. Source : Institut de recherche de l’Aquarium de la Baie de Monterey (MBARI)

Découvertes récentes et diversité

L’intérêt scientifique pour le calmar vampire s’est intensifié avec la découverte, à la mi-2024, d’une nouvelle espèce apparentée : *Vampyroteuthis pseudoinfernalis*. Annoncée par des chercheurs de l’Institut d’océanologie de la mer de Chine méridionale de l’Académie chinoise des sciences, cette découverte, réalisée dans la mer de Chine méridionale à des profondeurs similaires, élargit notre connaissance de la diversité au sein de ce groupe.

Cette nouvelle espèce suggère une aire de répartition plus étendue que ce que l’on pensait pour les proches parents du calmar vampire classique, incluant potentiellement la mer de Chine méridionale et le nord-ouest de l’océan Indien. Ce constat ouvre la voie à une réévaluation de la diversité génétique au sein de la famille des *Vampyromorphidae*, jusqu’alors considérée comme relativement homogène.

Un spécimen de calmar vampire découvert dans la mer de Chine méridionale. Des recherches ultérieures ont identifié cette découverte comme une nouvelle espèce, Vampyroteuthis pseudoinfernalis.
Un spécimen de *Vampyroteuthis pseudoinfernalis*, découvert dans la mer de Chine méridionale entre 800 et 1 000 mètres de profondeur, contribue à une meilleure compréhension de la faune abyssale. Source : Institut d’océanologie de la mer de Chine méridionale, Académie chinoise des sciences / Xinhua News

Régime alimentaire, reproduction et évolution

Malgré son appellation, le calmar vampire n’est pas un prédateur sanguinaire. Il se nourrit de particules fines dérivant dans la colonne d’eau, un mélange de restes de plancton, de débris organiques et de micro-organismes morts, surnommé « neige marine ». Pour collecter cette nourriture, il utilise deux longs filaments sensoriels. Une fois les particules captées, elles sont acheminées vers sa bouche à l’aide d’un manchon muqueux. Cette méthode d’alimentation est particulièrement économe en énergie.

Sa reproduction diffère également de celle de la plupart des céphalopodes. Les femelles peuvent conserver le sperme du mâle pendant des mois, attendant le moment le plus opportun pour la fécondation et la ponte. Les jeunes calmars vampires, une fois éclos, sont livrés à eux-mêmes. Malgré cette stratégie apparemment simple, elle s’est avérée efficace dans les environnements extrêmes. L’espérance de vie de cette espèce peut atteindre huit ans, une longévité remarquable pour un calmar.

Les recherches paléontologiques récentes apportent un éclairage nouveau sur l’évolution du calmar vampire. La découverte en février 2024, au Luxembourg, de fossiles de *Simoniteuthis michaelyi*, une espèce ancienne d’environ 180 millions d’années appartenant à la même lignée évolutive, révèle que les ancêtres du calmar vampire étaient des prédateurs actifs. Les fossiles montrent des restes de proies dans leurs bras. Au fil des millions d’années, cette lignée s’est transformée, passant de chasseurs rapides à des créatures passives des grands fonds, optimisant leur efficacité énergétique.

Ces transformations illustrent une leçon fondamentale : l’évolution ne conduit pas nécessairement à la dominance par la force ou la vitesse, mais plutôt à une adaptation remarquable aux conditions les plus difficiles. Dans un environnement marqué par le stress, l’obscurité et le manque d’oxygène, le calmar vampire incarne la capacité de la vie à persévérer.

Le calmar vampire (Vampyroteuthis infernalis) nageant en mer à environ 900 mètres de profondeur, révélant les membranes de ses bras formant une cape protectrice.
Le calmar vampire (*Vampyroteuthis infernalis*) en déplacement dans les profondeurs océaniques. Source : Institut de recherche de l’Aquarium de la Baie de Monterey (MBARI)

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