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Un nombre croissant d’agents de santé pratiquent des mutilations génitales féminines en Asie du Sud-Est

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Publié le 2025-10-09 16:59:00. Les mutilations génitales féminines (MGF) gagnent du terrain au sein du secteur de la santé en Asie du Sud et du Sud-Est, malgré leur condamnation internationale comme violation des droits humains. Des professionnels de la santé ont discuté des stratégies pour éradiquer cette pratique lors du Congrès mondial de gynécologie et d’obstétrique au Cap.

  • La « médicalisation » des MGF, impliquant des professionnels de santé qualifiés, est une tendance croissante dans huit pays d’Asie du Sud et du Sud-Est.
  • Cette pratique, visant à « réguler les désirs sexuels », est ancrée dans des croyances culturelles et religieuses, sans aucune justification médicale reconnue.
  • Les organisations de santé mondiales et professionnelles appellent à des lois claires, à la responsabilisation et à un changement culturel pour mettre fin aux MGF médicalisées.

Une préoccupation majeure émerge en Asie du Sud et du Sud-Est : le nombre croissant de professionnels de la santé pratiquant les mutilations génitales féminines (MGF). Cette tendance alarmante, mise en lumière lors du récent Congrès mondial de gynécologie et d’obstétrique (FIGO) au Cap, contredit les conventions internationales qui reconnaissent les MGF comme une grave violation des droits humains, dépourvue de toute justification médicale. Le phénomène de « médicalisation » est particulièrement observé au Brunei, en Inde, en Indonésie, en Malaisie, au Pakistan, à Singapour, au Sri Lanka et en Thaïlande, comme le révèle un nouveau rapport présenté à la FIGO.

Dans la région, environ 80 millions de femmes et de filles ont déjà subi des MGF ou des mutilations génitales féminines et excisions (MGF/E). Ces procédures, qui impliquent l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes féminins ou d’autres blessures infligées pour des raisons non médicales, continuent de sévir. Parmi les pays étudiés, seule l’Indonésie a explicitement interdit la pratique, y compris par les professionnels de la santé, une loi mise en place en 2024. Paradoxalement, près de la moitié des interventions en Indonésie sont désormais réalisées par des sages-femmes qualifiées, souvent dans le cadre de forfaits maternité.

En Malaisie, les médecins sont les principaux auteurs des MGF, et une étude de 2020 a révélé que 85,4 % des médecins interrogés estimaient que les MGF devaient perdurer. À Singapour, près de la moitié des femmes interrogées dans la même étude ont été excisées par des médecins. Au Sri Lanka, la pratique gagne du terrain chez les médecins exerçant en cliniques privées, les services étant même promus sur les réseaux sociaux, selon un rapport de 2025. Au Brunei, les MGF sont proposées dans les hôpitaux publics, suggérant un soutien implicite du gouvernement.

En Thaïlande, une augmentation du nombre de filles subissant des MGF/E dans les établissements de santé est constatée, certains médecins déclarant effectuer 10 à 20 interventions par mois. Ces chiffres alarmants soulignent la nécessité d’une action concertée pour lutter contre cette pratique néfaste.

« Réguler les désirs sexuels » : une justification fallacieuse

Les motivations derrière l’excision des organes génitaux des femmes et des filles sont profondément enracinées dans des croyances culturelles et religieuses, souvent liées à l’idée erronée de prévenir la promiscuité. Ces pratiques, fréquemment appliquées sur des bébés et des jeunes filles avant la puberté, infligent une douleur intense due à la richesse en fibres nerveuses et en vaisseaux sanguins de la zone génitale. En Gambie, 70 % des filles ont subi des MGF avant l’âge de neuf ans, tandis qu’en Malaisie, la pratique vise principalement les nourrissons et les enfants d’âge préscolaire.

« Si l’on doit recourir à une procédure dangereuse pour réguler les désirs sexuels d’une personne, il y a quelque chose de très grave. »

Dr Hannah Nazri, Réseau asiatique pour mettre fin aux MGF/E

Le Dr Hannah Nazri, du Réseau asiatique pour mettre fin aux MGF/E, souligne l’absurdité de cette justification : « Si les gens veulent empêcher leurs filles de se livrer à la promiscuité, alors ils devraient les éduquer. » Elle rappelle que le consentement parental à une procédure causant un préjudice permanent n’est pas acceptable. De plus, elle insiste sur le fait que la sexualité humaine est un processus complexe impliquant le cerveau autant que le corps, et que le dommage aux organes génitaux ne supprime en aucun cas le désir sexuel.

La médicalisation n’atténue pas les dangers

Loin de réduire les méfaits, le recours aux professionnels de la santé semble parfois exacerber les risques. Certaines études indiquent que les praticiens formés sont plus enclins à réaliser des formes d’intervention plus sévères, utilisant leurs connaissances anatomiques et l’anesthésie, ce qui peut entraîner des coupures plus profondes et étendues que celles pratiquées par des exciseurs traditionnels.

« La médicalisation des MGF/E ne rend pas cette pratique sûre. Au contraire, elle risque de l’intégrer dans les systèmes de santé, de porter atteinte à l’éthique médicale et d’exposer les femmes et les filles à des dommages physiques et psychologiques à long terme. »

Safiya Riyaz, ARROW (Centre de ressources et de recherche pour les femmes de l’Asie-Pacifique)

Safiya Riyaz d’ARROW affirme : « La médicalisation des MGF/E a peut-être pour but de réduire les méfaits, mais elle ne rend pas la pratique sûre. » Elle ajoute que l’augmentation de la médicalisation en Asie place les professionnels de la santé dans une position unique pour protéger les femmes et les filles. Pour ce faire, ils ont besoin d’un soutien législatif clair, d’un cadre de responsabilité et d’un changement culturel profond.

Le rôle crucial des organismes professionnels

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) lance un appel pressant aux professionnels de la santé pour qu’ils s’abstiennent de pratiquer les MGF. L’OMS a développé une stratégie mondiale visant à aider le secteur de la santé à éradiquer la médicalisation de cette pratique, qui est malheureusement encore répandue dans 94 pays.

« Changer les valeurs, les croyances et les comportements, pour amener davantage d’agents de santé à s’opposer aux MGF médicales et à comprendre pourquoi ils ne devraient pas les pratiquer. »

Dr Christina Pallito, responsable de l’OMS sur les pratiques néfastes

Anna af Ugglas, directrice générale de la Confédération internationale des sages-femmes (ICM), qui compte plus d’un million de membres, considère les MGF comme une « pratique culturelle néfaste qui ne devrait jamais être pratiquée ». Elle plaide pour un alignement plus étroit entre les professionnels de la santé afin de mettre fin aux MGF/E. Tout en préconisant une approche combinant sanctions et récompenses pour décourager la pratique, elle insiste sur le fait qu’« il doit y avoir des conséquences en cas de préjudice ».

Le professeur Hassan Shehata, président du Collège royal des obstétriciens et gynécologues (RCOG), a souligné que 44 000 femmes et filles meurent chaque année des suites de MGF, soit une toutes les 12 minutes. Le RCOG, avec des membres dans le monde entier, considère clairement les MGF/E comme une violation des droits humains et dispose de lignes directrices précises pour ses membres. Le RCOG a mené des initiatives importantes en Afrique, notamment des formations axées sur trois points : le plaidoyer, l’éducation soulignant l’absence de justification médicale, religieuse ou sociale des MGF, et la compréhension des implications complexes des MGF (santé mentale, sexuelle, physiologique, obstétrique et gynécologique).

Le Dr Nazri estime que l’éducation des professionnels de la santé est plus efficace que les interdictions : « Beaucoup d’agents de santé ne sont pas conscients que les MGF constituent une violation des droits humains. La loi est muette à ce sujet en Malaisie, et souvent, les jeunes médecins ne veulent pas s’opposer à leurs aînés. Un cadre juridique serait donc utile et permettrait également aux médecins d’éduquer leurs patients. » Julie Thekkudan, d’Equality Now, déplore la faible sensibilisation aux méfaits des MGF/E et appelle à des « campagnes de sensibilisation nationales », incluant la communauté médicale. Elle note que cette procédure n’est pas enseignée dans les facultés de médecine et que les professionnels de santé l’apprennent souvent auprès de leurs aînés ou de praticiennes traditionnelles.

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