Publié le 22 février 2026 à 19h40. Un étrange phénomène attire l’attention en Antarctique : une coulée rouge vif jaillit d’un glacier, un spectacle aussi fascinant que mystérieux qui intrigue les scientifiques depuis plus d’un siècle.
Cette « chute de sang », comme on l’appelle, se produit dans le glacier Taylor, situé dans les vallées sèches de McMurdo, en Antarctique oriental. Découvert en 1911 par le géologue australien Thomas Griffith Taylor lors d’une expédition, ce phénomène a longtemps déconcerté les chercheurs.
L’origine de cette coloration particulière n’est pas due à du sang, mais à l’oxydation du fer présent dans des eaux sous-glaciaires extrêmement salines. Lorsque cette eau entre en contact avec l’air, le fer rouille, donnant à la coulée sa teinte rougeâtre caractéristique. Des études récentes menées par des équipes de l’Université d’Alaska à Fairbanks et du Colorado College, et publiées dans le Journal of Glaciology, ont permis de mieux comprendre ce processus.
Sous le glacier Taylor se trouve un lac emprisonné sous environ 400 mètres (1 300 pieds) de glace depuis des millions d’années. Cette étendue d’eau, isolée du soleil, est riche en fer dissous. Ce n’est pas un cas isolé : d’autres sites dans le monde présentent des eaux aux teintes rouges similaires, comme le Rio Tinto en Espagne, ou le champ hydrothermal de Dallol en Éthiopie.
Mais l’intérêt scientifique autour du glacier Taylor ne se limite pas à son esthétique particulière. Le lac sous-glaciaire abrite un écosystème unique, composé de micro-organismes capables de survivre dans des conditions extrêmes, sans lumière ni oxygène. Ces organismes tirent leur énergie de composés de fer et de soufre, offrant ainsi des indices précieux sur les limites de la vie sur Terre.
L’étude de cet écosystème a fait du glacier un véritable laboratoire naturel pour les scientifiques. Ils cherchent à comprendre comment les processus biologiques peuvent se maintenir sans photosynthèse ni échange direct avec l’atmosphère. Ce phénomène suscite également l’intérêt des astrobiologistes, car des environnements sous-glaciaires similaires pourraient exister sur d’autres corps célestes, notamment sur les lunes glacées du système solaire comme Europe (satellite de Jupiter) et Encelade (satellite de Saturne). Les conditions observées en Antarctique pourraient ainsi servir de modèle pour analyser ces hypothèses.
glacier Taylor
