Publié le 14 février 2026 à 15h54. Un nouveau programme informatique, ERNIE, développé aux Pays-Bas, est capable de détecter des épidémies potentielles en analysant les conversations entre patients et médecins généralistes, parfois même avant leur confirmation officielle par les autorités sanitaires.
- ERNIE analyse plus de 440 000 consultations médicales anonymisées pour identifier des schémas inhabituels de symptômes.
- Le programme a déjà démontré sa capacité à détecter précocement des foyers de COVID-19, de RS chez les jeunes enfants et à identifier une épidémie simulée du virus du Nil occidental.
- Les chercheurs espèrent étendre l’utilisation d’ERNIE à la détection précoce d’autres maladies, comme le cancer.
ERNIE, acronyme du nom du programme, a été conçu par l’épidémiologiste médical et microbiologiste Matthijs Berends, en collaboration avec le data scientist Gijs Danoe et le médecin généraliste Maarten Homburg. Leur objectif était de développer un outil capable de repérer rapidement des anomalies dans les données de santé, signalant ainsi des risques épidémiques émergents. L’étude, basée sur des données de consultations entre 2015 et 2023 dans le nord des Pays-Bas, a permis de valider l’efficacité du programme.
Le fonctionnement d’ERNIE repose sur l’analyse des plaintes exprimées par les patients lors de leurs consultations. Le programme ne traite que des informations anonymisées, excluant les noms et les données personnelles. En se concentrant sur les symptômes signalés, ERNIE peut identifier des pics inhabituels de certaines affections, indiquant potentiellement le début d’une épidémie.
« ERNIE peut détecter les virus dès la phase initiale de l’épidémie, plus tôt que les modèles du RIVM (Institut national de la santé publique et de l’environnement), par exemple. C’est exactement pourquoi nous avons commencé à enquêter sur cette question. Si l’on peut identifier une épidémie plus tôt, il est également possible de prendre des mesures plus tôt pour en limiter les conséquences. »
Matthijs Berends, épidémiologiste médical et microbiologiste
Les premiers résultats sont encourageants. ERNIE a notamment détecté une augmentation des symptômes compatibles avec le COVID-19 avant même l’identification du premier cas confirmé aux Pays-Bas, le 27 février 2020. Il a également signalé une vague inhabituelle de RS (virus respiratoire syncytial) chez les jeunes enfants pendant l’été 2021 et a correctement identifié une épidémie fictive du virus du Nil occidental lors d’un exercice de simulation. Un point important souligné par les chercheurs : le programme ne génère pas de fausses alertes en l’absence d’épidémie réelle.
Pour l’instant, ERNIE est alimenté par les données de dizaines de médecins généralistes du nord des Pays-Bas, via le réseau de recherche AHON. L’équipe de Matthijs Berends ambitionne d’étendre son utilisation à l’ensemble du territoire néerlandais, en analysant chaque semaine les données anonymisées des cabinets médicaux. Ils envisagent également d’explorer le potentiel d’ERNIE dans la détection précoce d’autres maladies, telles que le cancer, en exploitant sa capacité à reconnaître des schémas anormaux dans les conversations médicales.
« ERNIE est très doué pour reconnaître les schémas anormaux dans les conversations. Cela peut également être possible en cas de cancer ou d’autres maladies, par exemple. C’est une étape que nous allons maintenant approfondir. »
Matthijs Berends, épidémiologiste médical et microbiologiste