Publié le 2025-11-08 14:29:00. Les étudiants vietnamiens sont de plus en plus ciblés par des escroqueries sophistiquées qui exploitent leurs espoirs et leurs vulnérabilités. De larges sommes d’argent sont dérobées, et des cas inquiétants de disparitions et de coercition, parfois dans des zones frontalières, font craindre une nouvelle forme de traite humaine.
- Une escroquerie par échange international a coûté près de 7 milliards de dongs (environ 260 000 euros) à la famille d’un étudiant en médecine.
- Deux étudiants en aviation ont été retrouvés désorientés près de la frontière cambodgienne après avoir été dépossédés de leurs biens.
- Des faux programmes de bourses et d’emplois séduisants sont utilisés pour usurper des données personnelles et détourner des fonds.
Les universités vietnamiennes tirent la sonnette d’alarme face à une recrudescence des arnaques ciblant la jeunesse. Un récent incident a particulièrement marqué les esprits : une famille d’étudiant en sixième année à l’Université médicale Pham Ngoc Thach de Hô Chi Minh-Ville a vu près de 7 milliards de dongs (environ 260 000 euros) s’envoler en quelques jours seulement. Le stratagème ? Une fausse sélection pour un programme d’échange international en Allemagne, nécessitant la preuve d’une importante capacité financière. La famille, confiante, a multiplié les virements. La supercherie n’a été révélée que lorsque l’argent a disparu du compte de l’étudiant, qui s’est volatilisé, abandonnant ses études et son internat.
Cette affaire a révélé la vulnérabilité des jeunes, souvent concentrés sur leurs études, face à des techniques de fraude de plus en plus élaborées en ligne. Mais les escroqueries ne se limitent plus aux seuls transferts d’argent. Des cas plus graves ont éclaté au grand jour, impliquant des étudiants attirés loin de leur domicile, avec le risque d’être entraînés dans des circuits illégaux à l’étranger. Du 17 au 20 septembre, deux nouveaux étudiants de l’Académie de l’aviation du Vietnam ont perdu contact avec leurs familles. Ils ont été retrouvés dans une zone frontalière avec le Cambodge, en état de confusion et contraints par des inconnus. Heureusement, une intervention rapide des autorités, de l’établissement et des familles a permis de les ramener sains et saufs.
Plus tôt, en février, un étudiant de troisième année de la même académie avait été escroqué de 500 millions de dongs (environ 18 500 euros) dans le cadre d’un prétendu « Programme d’échange de bourses Australie 2025 ». Les fraudeurs avaient méticuleusement falsifié tous les documents officiels, y compris les sceaux, utilisant un langage administratif standard pour inspirer une confiance totale à la victime.
Face à ces agissements, l’Académie de l’aviation du Vietnam a émis un avertissement urgent à l’ensemble de ses étudiants et à leurs familles, leur conseillant fermement de se méfier de tout « programme international » non vérifié. Les informations officielles concernant les bourses, les études à l’étranger et les offres d’emploi ne doivent être consultées que sur les canaux officiels de l’académie. Pour renforcer la protection de ses étudiants, l’établissement a par ailleurs mis en place un système d’alerte précoce et un soutien en ligne.
Manipulation des émotions et appâtage financier
Lors d’un récent séminaire sur « La détection et la lutte contre les fausses nouvelles à l’ère de l’IA » à l’Université des transports de Hô Chi Minh-Ville, le capitaine Huynh Do Tan Thinh, du département de police criminelle, a souligné la dangerosité des escroqueries sophistiquées qui visent les jeunes, et plus particulièrement les étudiants.
« Les escrocs démarrent souvent par des messages touchants, du type : ‘Je viens d’emménager en ville et je me sens tellement seul, pouvons-nous nous rencontrer ?’. Par des conversations en apparence anodines, ils gagnent progressivement la confiance de la victime, lui envoient des photos, des vidéos, puis lui proposent de transférer de l’argent, d’acheter des cartes-cadeaux, d’investir ou de participer à des programmes de bourses et d’emploi attrayants. »
Capitaine Huynh Do Tan Thinh
Ces stratagèmes exploitent des ressorts psychologiques et sociaux fondamentaux : le besoin d’affection, de reconnaissance, ou l’envie d’améliorer sa condition. Une fois la confiance établie, les criminels manipulent aisément les émotions pour piéger leurs victimes dans des transactions financières frauduleuses.
Outre les fausses bourses, ces réseaux proposent également des offres d’emplois « faciles et bien rémunérés » dans le but de recruter des victimes. Ces dernières se voient souvent transmettre des liens malveillants, des jeux ou des messages susceptibles de prendre le contrôle de leur téléphone et de leurs données personnelles, permettant ainsi de cibler d’autres contacts dans leur répertoire.
Face à cette vague de fraude généralisée, de nombreux établissements d’enseignement supérieur à Hô Chi Minh-Ville, tels que l’Université de médecine et de pharmacie, l’Académie de l’aviation du Vietnam, l’Université internationale (VNU-HCM), l’Université des sciences naturelles, et l’Université des transports, ont simultanément diffusé des alertes concernant les fausses bourses et les programmes internationaux frauduleux.
Les escrocs n’hésitent pas à se faire passer pour des représentations diplomatiques, des organisations internationales, ou à falsifier des documents universitaires. Par courriels ou SMS, ils invitent les destinataires à participer à des « programmes de bourses d’études à l’étranger » ou à des « échanges internationaux », les incitant à payer des frais, à fournir des informations personnelles ou des relevés bancaires, avant de détourner les fonds.
Monsieur Nguyen Duc Chien, secrétaire de l’Union de la jeunesse de l’Université des transports de Hô Chi Minh-Ville, a rapporté un cas de falsification de documents de bourse d’une qualité professionnelle, reproduisant fidèlement les logos et le langage administratif, ce qui a trompé de nombreux étudiants. « Dès que nous avons eu connaissance de cette situation, l’université a immédiatement contacté les autorités pour enquête et a diffusé un avertissement urgent. Toutes les annonces officielles sont désormais publiées exclusivement sur le site web de l’université et via nos canaux internes », a précisé Monsieur Chien.
Le capitaine Huynh Do Than Thinh recommande aux étudiants de privilégier les sources d’information officielles et d’éviter les réseaux sociaux, en particulier les plateformes de vidéos courtes, où les fausses informations prolifèrent. Une exposition excessive à ces contenus peut encourager une pensée rapide mais superficielle, rendant les individus plus sensibles à la manipulation émotionnelle et altérant leur capacité d’analyse.
Le capitaine Thinh a par ailleurs rappelé qu’il n’existe pas d’« effacement total » dans le cyberespace. La suppression d’une publication ou d’une photo ne fait que la retirer des pages personnelles, mais les données persistent dans les systèmes des plateformes. Les autorités, notamment les unités de cybercriminalité, sont capables de récupérer intégralement ces informations.
« Les utilisateurs pensent souvent que supprimer un message met fin au problème. Mais une fois qu’une information a circulé, plus elle est ancienne, plus elle devient difficile à contrôler et plus le risque de conséquences graves augmente », a conclu le capitaine Thinh.